CIBLE PRINCIPALE

 

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18/05/2002


D’un pas rapide et souple, l’homme entra dans l’hôtel. Il donna rapidement son nom au réceptionniste qui, après avoir vérifié rapidement la validation de la réservation, lui tendit le passe magnétique qui servait de clé.


“Passez une agréable soirée, monsieur.
- Je vous la souhaite meilleure que la mienne. Je crois que je vais travailler une bonne partie de la nuit.
- Vous n’allez pas regarder le match alors ? C’est la finale vous savez...
- Je ferai peut être une pause mais bon, je crois que je n’aurai pas le temps de tout voir.”


L’homme entra dans l’ascenseur, et monta au dernier étage ou se trouvait sa chambre.
L’hôtel était bien tenu, bien propre et pourvu de tout le confort moderne, mais ce n’est pas pour cette raison que Thomas l’avait choisi, cinq mois plus tôt. Ce qui l’intéressait avant tout, c’était sa proximité du Stade de France ou allait se dérouler dans trente minutes maintenant un coup d’envoi que les chaînes de télé qui retransmettaient le match n’avaient pas vraiment prévu...
Thomas Quentin, seul dans l’ascenseur, esquissa un sourire à cette pensée.
La porte s’ouvrit et Thomas se dirigea vers sa chambre. Une fois la porte verrouillée, il posa la mallette sur le lit et la valise vide-alibi s’en fût rejoindre le coin de la chambre. Ouvrant la mallette, il en sortit un petit ordi portable, une ligne de téléphone qu’il brancha en lieu et place du vieux combiné, ainsi qu’une antenne parabolique de petit format. Il l’avait prise en plastique transparent. Ce qu’il allait faire exigeait maintenant rapidité et technicité. Inutile d’introduire un élément aléatoire comme un curieux se demandant que pouvait bien être cette étrange petite tache de couleur sur le balcon de l’hôtel. D’autres avant lui avaient été trahi par cela ou moins encore, et il le savait. Reliant le portable à l’antenne, il plaça cette dernière sur le rebord de la fenêtre, orientée exactement vers le Stade et l’Officiel qui allait être sa cible de la soirée.
Thomas brancha l’appareil et l’alluma. Une fois l’ordinateur en ordre de marche, il brancha sa connexion Internet et attendit l’heure dite.


Vingt heures dix.


Depuis de nombreuses heures, le stade vrombissait par la présence des milliers de supporters des deux équipes qui allaient se disputer la coupe de France dans 35 minutes maintenant. Les gradins étaient pleins à craquer comme à chaque occasion. Même le Mondial de football tout proche n’avait détourné le moindre adepte du beau jeu du chemin de Saint Denis. Les travées étaient remplies de chansons courtes reprises de tribunes en tribunes, toutes à l’honneur des deux finalistes.
Pourtant, parmi les 50 000 témoins potentiels, aucun ne leva les yeux vers la voûte du stade ou se trouvait depuis plus de cinq mois maintenant l’infernale artillerie que Thomas avait installé en grand secret le jour ou le Contrat avait été conclu.
Pour faire justice, même si quelqu’un avait levé les yeux, il n’aurait rien vu, si ce n’est les plaques de béton qui faisaient office de plafond. Thomas avait bien fait son travail. Une des plaques avait été remplacée par une feuille de bristol plastifié de la même teinte que les plaques voisines. Les policiers qui avaient, comme le voulait la procédure, fait circuler chiens renifleurs sur le dessus et caméras sur le dessous du rebord n’avaient rien vu. Trois jours auparavant, Thomas, qui avait visité le stade comme des centaines d’autres personnes, avait d’un discret clic d’une petite télécommande enclenché la minuterie qui, dans dix minutes maintenant, ferait surgir du plafond un fusil mitrailleur au travers du bristol, accompagné d’une caméra, d’une batterie et d’un petit émetteur afin que depuis son hôtel, Thomas puisse viser en direct et en toute sécurité, à près de deux kilomètres de distance, la poitrine du Président de la République.


Vingt heures vingt.


Le minuteur, à la seconde précise, afficha zéro. Un contact se fit et un mini treuil poussa l’arme chargée au travers du bristol qui se fissura immédiatement sans bruit audible dans une arène devenue assourdie par les cris de joie des supporters qui voyaient entrer pour de courts instants quelques joueurs venus tâter le terrain une dernière fois.
La batterie alimenta la caméra et l’émetteur. Dans sa chambre, Thomas reçu le signal désiré. Un court réglage afin d’affiner la qualité de l’image effectué, Thomas manœuvra à l’aide du clavier le canon de l’arme afin de s’assurer que les longs mois passée à l’air quasi-libre n’avaient en rien affecté les rotules de téflon qui permettaient de manœuvrer le fusil.
Thomas ne nota aucun jeu. Décidément, c’était une belle arme. Bien entretenue et surtout bien conçue. Bien qu’elle soit à l’envers, il la pilotait comme s’il l’avait eu dans ses mains.
Thomas se reconcentra alors sur sa cible. Bien évidemment, le Président était déjà là. Le protocole voulait qu’il soit entouré d’éminents membres de son gouvernement et de la fédération mais Thomas n’en avait cure. Le président et lui seul était sa cible. Il centra le viseur sur la poitrine de l’homme et posa le doigt sur le bouton commandant le tir. Puis il attendit le bon moment.


Vingt heures vingt et une.


Thomas se prépara à faire feu, quand il retira le doigt. Un intrus venait de surgir dans le champ. Une main portant un micro venait de passer devant la cible.
Bien évidemment, c’était un journaliste qui, comme de coutume, venait recueillir quelques impressions diffusées en direct à la télévision.
A la télévision...
Thomas se releva et alluma le poste de télé de sa chambre. La caméra avait beau être précise, Thomas n’avait pas joint de micro au dispositif. Inutile, vu la distance le séparant de sa cible et le brouhaha ambiant. Mais Thomas, qui avait été formé de longs mois durant à cet exercice, sentait que le son allait être de toute première importance.
Vraiment, cette interview allait être cruciale pour Thomas. Son tir allait avoir de l’effet, mais il avait vite compris que s’il tirait au bon moment de l’interview, son geste serait encore plus porteur qu’il ne pouvait déjà l’être. Posant le doigt sur le bouton, Thomas écouta...


Vingt heures.


Avec un peu de retard, la limousine présidentielle s’engouffra avec les motards de la garde dans les entrailles du stade. A l’intérieur, le Président. Accompagné de Michel, son garde personnel et de son homologue de la fédération. Les deux chefs avaient de ceci en commun que ce soir était leur première finale depuis leur entrée en fonction, et ils en plaisantaient quand la voiture stoppa.


“ Alors mon cher Ménard, prêt pour la Générale ?
- Affirmatif, monsieur le président. Le temps est splendide, on a deux grosses écuries encore en course et avec le Mondial, les joueurs ne vont pas ménager leur peine pour bien se faire voir de leurs sponsors.
- De vous à moi mon cher ami, j’ai un gros regret.
- Lequel ?
- De n’avoir pas été élu plus tôt. Vous savez que j’ai été joueur dans ma jeunesse. Tout gamin, je rêvais que je prenais la coupe que me tendait le président. Et ce soir, je l’aurai dans les mains, même si ce sera de l’autre coté de la tribune. Mais mon rêve, ça aurait été de remettre la coupe du Monde. Je suis venu au pouvoir malheureusement trois ans trop tard...
- La vie se plaît à nous jouer des tours de cochon.
- Mais bon, je dois dire que je suis bien content d’être à ma place. Au fait mon cher Ménard, savez-vous que j’ai entendu de vilaines choses à propos d’un coffre de voiture de la fédération rempli de petits flacons étranges ?
- Hélas, vos services sont bien renseignés. Nous avons encore des brebis galeuses dans nos bureaux malgré le grand ménage que nous avons fait il y a deux ans.
- Votre laïus pour la presse est presque parfait. Suivez mon conseil, mon cher ami, mettez plus d’émotion dans vos points de presse, sinon jamais le peuple ne vous croira.
- Le peuple, le peuple...Il est difficile à contenter ! Il veut des exploits, des titres et tout cela à l’eau claire... Il faut être vraiment naïf pour croire que l’on peut galoper une année entière derrière un ballon ou autre chose sans épicer un peu sa flotte... Ca a toujours existé et tout le monde le fait alors pourquoi s’en priver ?
- Je sais de quoi vous parlez... jamais je n’aurai été élu si j’avais mis dans mon programme toutes les saloperies que je vais être obligé de faire pour qu’il continue à dormir tranquille. Mais bon, soyez tranquilles pour vos subordonnés. Mes services vont plomber le dossier et rien ne filtrera dans la presse pour cette fois.
- Merci monsieur le président.
- Ne me remerciez pas, mon ami. Je ne fais cela que pour garder l’image de notre sport national intact. Et un retour d’ascenseur est toujours possible...”


Le Président se tût. Les trois hommes entraient maintenant dans la zone mixte, ou joueurs et journalistes pouvaient se côtoyer librement avant et après le match, et une oreille indiscrète pouvait toujours traîner.
Après avoir échangé les banalités d’usage, le Président et sa suite désormais conséquente allèrent s’installer sur leurs fauteuils réservés d’années en années pour leur usage personnel. En voyant les sièges, Michel, le garde du corps, eu un regain d’inquiétude. Bien évidemment, la zone avait été minutieusement fouillée et refouillée, les sièges surveillés et les abords gardés, ainsi bien sûr que le toit du stade faisant face à la tribune présidentielle. Nul tireur d’élite, aussi fort et discret soit-il, ne pourrait attenter à la vie du Président. Mais Michel, fort de son expérience, redoutait ces moments protocolaires. Comment organiser efficacement la protection du chef de l’Etat si ce dernier se présentait à des moments précis et prévisibles à des endroits définis ? Les soirées de ce genre étaient son cauchemar et Michel ne recommençait à respirer qu’une fois l’évènement terminé. Par acquis, il balaya du regard l’endroit le plus dangereux. Le toit faisant face à la tribune. Il fronça les sourcils mais il ne vit personne, comme prévu. Il avait fait retirer depuis son arrivée à son poste le tireur présent auparavant, estimant qu’il était toujours possible qu’un intrus prenne sa place au dernier moment. Personne sur le toit, donc pas à se demander si l’homme armé est bien celui qu’il prétend être.
Michel regarda sa montre et s’installa. le match n’allait plus tarder à commencer maintenant. Il ne restait plus au Président qu’à passer la traditionnelle interview d’avant match. Rien de bien inquiétant. Le journaliste était toujours le même, il posait trois questions, tout cela prenait une minute durant laquelle Michel ne quittait pas les mains du baveux du regard (on ne sait jamais...). Vraiment rien de bien inquiétant.


Vingt heures vingt-deux.


Les équipes firent leur entrée sur le terrain. Grand supporter d’un des finalistes, le Président ne voulu pas manquer le moment et, interrompant brusquement la conversation, il se leva et salua les joueurs qui commençaient à se mettre en rang pour la photo officielle de la rencontre.
Thomas, surpris par ce geste inattendu, fit pivoter le canon de l’arme vers le haut. Le moment de surprise fut vite passé et il remerciant intérieurement sa cible de lui offrir une telle occasion. Un spectacle pareil ! De plus, un coup d’oeil sur l’écran de télé lui apprenait que la scène était diffusée en direct. Décidément, sa victime faisait tout pour se faire tirer dessus...
Thomas reposa son doigt sur la commande de tir et l’enfonça. Aussitôt, à deux kilomètres de là, l’arme cracha sa rafale de cartouches. Sept, pour être précis. Sept cartouches dirigées droit sur la poitrine du premier personnage de l’Etat. Et toutes frappèrent leur cible moins d’une seconde après leur éjection du canon.


Debout pour acclamer son équipe, le Président ne vit pas le danger venir. Il senti soudainement son corps être projeté en arrière suite à un coup violent en pleine poitrine. Basculant, il se rendit compte qu’il allait trop vite pour qu’il puisse amortir sa chute avec ses bras. La douleur, violente, lui voila la vue mais il vit une gerbe d’un liquide rouge jaillir du point d’impact. S’écrasant violemment sur un spectateur assis une rangée derrière, il entendu des cris d’effroi lui parvenir mais l’abrutissement dû à la soudaine perte de contrôle de son corps, puis la douleur maintenant lancinante l’empêchèrent de se concentrer pour en saisir tout le sens. De toute façon, son cerveau maintenant en état de choc ne se fixait plus que sur un objectif : respirer, l’impact lui ayant coupé le souffle. Des fragments de pensées fusèrent pourtant dans sa conscience et il put rapidement interpréter ce qui venait de lui arriver.


“ Mon dieu, on lui a tiré dessus...
- Appelez une ambulance; vite...Un médecin...
- C’est venu d’en face, déployez vos hommes sur le secteur frontal...
- Oh mon Dieu non...
- Au secours, il est mort...
- Que s’est il passé ? Que s’est il passé ?
- Aidez le, ne le bougez pas...”


Les voix, multiples dans l’entourage de la victimes, se fondirent en un bruit sourd et le Président, perdant connaissance, n’entendit plus rien.


“Mon dieu, on m’a tué...” Fut sa dernière pensée avant le noir total.