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Bien que se trouvant à deux bons kilomètres,Thomas pouvait entendre
et voir la panique qui régnait maintenant dans la tribune présidentielle.
Le “spectacle” était tel que le réalisateur n’avait
pas coupé la retransmission et les conséquences de ses tirs multiples
s’étalaient sur le petit écran. Thomas fixa la scène
un moment puis il commença à se préparer pour partir. Ranger
le matériel, ne pas oublier l’antenne, reprendre la valise vide
et répéter une dernière fois le petit speech à sortir
au réceptionniste afin qu’il ne soit pas étonné de
voir un client partir quelques minutes après son arrivée. Ayant
tout remballé, il sortit de la chambre et se dirigea vers la réception.
Le hall de l’hôtel était évidemment plein à
craquer des clients qui se pressaient devant la télé du bar qui
avait été branchée pour le match. Thomas observa un court
instant le public. Tous fixaient l’écran, personne ne faisait attention
à lui. Il songea que cette séquence de vie illustrait parfaitement
son époque. Les événements n’existaient que via la
télé. Le réel ne devenait regardable qu’au travers
du filtre du petit écran alors que la vraie vie offrait un spectacle
encore plus attrayant pour peu que l’on se détache de l’hypnose
bleue.
Eh messieurs dames, je suis l’homme qui vient de vous offrir cette tranche
d’imprévu. J’ai tiré sur le président et je
suis là, juste derrière vous. Mais personne ne me voit ni m’entend.
Je n’existe pas car mon image n’est pas retransmise via un appareil
quelconque. Ma voix n’est pas enregistrée, donc elle est inaudible
pour vous. Vous savez que maintenant ma tête pourrait vous apporter gloire
et fortune ?? Mais vous n’aurez rien de tout ça, car vous êtes
tous tournés dans la mauvaise direction. C’est ce qui arrive quand
on tourne le dos à la vie... Mais de toute façon, je ne vois pas
pourquoi je m’évertuerai à vous dire qui je suis, vous ne
me croirez pas... Je suis ici avec vous et le lieu du crime est trop loin pour
que je puisse en revenir en aussi peu de temps...Impossible que ce soit moi.
Trop loin...Enfin, pour le moment car maintenant que la police va récupérer
mon joujou, elle finira par en déduire la technique que j’ai utilisée.
Thomas, après ces quelques instants d’ironie silencieuse, se détourna
de la scène et alla régler sa chambre..
“ Je voudrais ma note s’il vous plaît...
- Euh oui certainement monsieur. Vous ne restez pas parmi nous ?”
Voila un bon professionnel, songea Thomas. L’homme pour qui il a peut
être voté vient de se faire tirer dessus et malgré tout,
il ne reste pas collé au poste...
“ Non, de l’imprévu m’est tombé dessus. Je dois
repartir pour finir un travail et ce doit être fait ce soir, donc je ne
resterai pas cette nuit, mais je vais vous régler la chambre quand même...
- C’est quand même terrible ce qu’il vient de se passer, vous
ne trouvez pas ?
- Oui, j’ai tout vu dans ma chambre. J’espère que cette affaire
sera réglée rapidement...
- Quand même...On n’est plus en sécurité nulle part...
Moi, ici, j’ai été volé trois fois depuis le début
de l’année.
- Ah oui ?
- Oui. Évidemment, je me laisse faire. Je n’ai pas envie de me
retrouver avec une lame dans la gorge pour sauver la recette du bar. Je ne suis
pas payé pour me faire tuer et puis de toute façon, l’hôtel
est assuré alors...
- C’est une bonne chose, ça.
- Oui...Voici votre reçu, bonne soirée, monsieur...
- Au revoir.”
Content d’en avoir fini avec les banalités destinées à
ne pas éveiller de soupçon, Thomas gagna la voiture qu’il
avait garée dans le parking de l’hôtel. Remisant sa fausse
valise et la mallette dans le coffre, il quitta le parking souterrain en direction
du sud, le centre de Paris. Il allait devoir maintenant jouer serré.
Mises en émoi par son acte, les forces de police allaient vite boucler
la région. Surveiller ports, aéroports, péages et installer
des barrages afin de fouiller un maximum de véhicules ou engins susceptibles
d’abriter un tireur encore non identifié. Oh, ce n’était
pas le fait d’avoir à franchir un mur policier qui inquiétait
Thomas. En fait, il ne devrai partir qu’après avoir terminé
son Contrat, et pour cela, il devait se rendre dans l’endroit probablement
le plus surveillé de France. Le bureau du Président, afin d’y
jouer la dernière partie de son redoutable spectacle...
Bon, à franchement parler, ce n’est pas la partie la plus difficile
de son plan. Le bureau a beau être protégé, la surveillance
se relâche toujours quand son occupant principal n’est pas là,
surtout quand ce “pas là” renvoie à une civière
sur laquelle le Président se trouve actuellement. En plus, les renseignements
en sa possession lui permettaient de pénétrer sans difficulté
dans ce lieu. Le palais de l’Elysée était une forteresse
creusée de galeries diverses à usages variés et il les
connaissaient presque toutes. Un grand merci au bâtisseur qui avait laissé
ses plans complets et bien annotés à son fils qui les transmis
à son tour avant qu’un coup du sort ne les fasse tomber entre les
mains des “amis” de Thomas...
Non, le plus dur serait la sortie. Thomas redoutait toujours ce moment, quand
on approche de la fin, que tout se déroule bien jusqu’à
ce que un imprévu ne fasse tout échouer, et pour Thomas, précipiter
sa fin. Il avait tellement de choses à faire encore. Trop de gens comptaient
sur lui pour les sortit de l’inextricable pétrin dans lequel tous
étaient piégés. Thomas, en les quittant, leur avait fait
la promesse de tous les sauver. Cela prendrait des années, il le savait,
mais il le ferait. Pour eux, pour lui, pour tous.
Laissant de coté ce mauvais souvenir, Thomas, parvenu à proximité
du faubourg Saint Honoré, gara la voiture. Il en sorti et s’engouffra
dans une petite rue adjacente. Vérifiant de tous côtés que
personne ne le voyait (peu probable : la télé devait rediffuser
pour la énième fois le tir que Thomas avait décoché
sur la présidentielle poitrine...), Thomas se mit à genoux, et
il souleva la lourde plaque d’égout. Il la dégagea à
moitié, puis il emprunta l’escalier afin de rejoindre le collecteur
de la rue. Enfoncé sous la surface, il fit glisser la plaque afin de
refermer le passage derrière lui. Évidemment, il avait fait un
bruit du tonnerre mais le voisinage, en toute logique, ne devrai pas en tenir
compte, victime de l’hypnose...
Thomas suivit le collecteur jusqu’au collecteur principal, Là il
marcha une dizaine de mètres et il s’arrêta là ou
de vieux tuyaux de plomb plongeaient dans le liquide nauséabond. Glissant
sa main derrière les tubes, il sentit un creux. Tordant quelque peu ses
doigts, il pressa un contact au centre de ce creux et un déclic se fit
entendre. Retirant sa main, Thomas se décala de trois mètres sur
la droite et vit que le mur de briques offrait désormais une brisure.
Il mit sa main dans l’embrasure, tira et les vieux gonds gémirent
en offrant le passage tant désiré menant droit au bureau du Président.
Thomas entra dans l’étroit passage. Il referma la lourde porte
de briques et quand il entendit à nouveau le déclic, signe de
la parfaite fermeture de la porte, il se retourna et s’avança dans
le boyau qui allait le mener droit à la destination voulue...
Une infernale douleur à la poitrine. C’est ce que le président
ressenti quand il émergea de son coma. Il avait l’impression qu’on
lui avait enfoncé une poutre enflammée dans la poitrine et que
quelqu’un s’amusait à la remuer dans la plaie. Mais bientôt,
la douleur s’estompa. Le président comprit alors que l’on
venait de lui injecter un puissant antidouleur. Il comprit également,
en ouvrant les yeux, que malgré le choc reçu, il était
toujours en vie. Le regard qu’il jeta sur les personnes entourant le brancard
le rassura. Le médecin était à genoux à coté
de lui et il entendit une partie de la conversation qu’il menait avec
son garde du corps...
“...Vous en êtes sûr ? Ce n’est pas croyable !
- Mais voyez vous même ! Aucune plaie d’entrée. Il y a juste
ces gros hématomes et un liquide qui ressemble à du sang. Mais
ce n’en est pas.
- Vous ne vous trompez pas ?
- Bordel, mais regardez le ! S’il avait vraiment reçu une salve
de mitrailleuse, ses organes seraient éparpillés partout dans
la tribune ! Non, on lui a tiré dessus, c’est vrai, mais les cartouches
étaient creuses, probablement en plastique. Et le liquide était
à l’intérieur des fausses balles. Je ne sais pas qui a fait
ça ni pourquoi, mais il est clair qu’il ne voulait pas le tuer
sinon, il ne serait plus en vie, je peux vous le garantir.
- Il en a pour combien de temps avant d’émerger ?
- Avec ce qu’il a dans le sang maintenant, il sera sur pieds dans deux
bonnes heures, pas avant. Je ne pouvais pas le laisser souffrir comme ça.
Vous aller le transporter à l’Elysée et là-bas, je
pourrai voir s’il a d’autres fractures autres que ses côtes.”
Vivant...Balles en plastique...Faux sang...Vivant...
Bordel de merde, Il l’a fait...
“Michel...
-Ne parlez pas monsieur le président. Nous allons vous transporter à
l’infirmerie de la présidence. Vous y serez plus en sécurité
là-bas.”
Assommé par les barbituriques, le président ne put parler d’avantage
et il replongea dans un sommeil cette fois ci sans douleur.
“ Bon vous allez faire comme la procédure l’exige. Trois
équipes de motards à l’avant et à l’arrière
de l’ambulance. je resterai à l’intérieur de celle
ci avec le président et vous, Monsieur, vous vous installerez à
l’avant avec le chauffeur. Et envoyez-moi les responsables de la com’.
Il va falloir avertir le pays que le grand patron est toujours vivant malgré
un chargeur dans le buffet. Qu’ils me trouvent la bonne façon d’annoncer
ça au pays. Pour l’instant, dites simplement que le président
est vivant malgré ce lâche attentat qui ne sapera pas les fondations
démocratiques de notre beau pays, et toutes les conneries du même
tonneau, compris ?”
Sans faire un seul bruit cette fois là, le mur pivota sur lui-même.
Parvenu au second étage du bâtiment en passant par trois couloirs
dérobés différends, Thomas était parvenu au but.
Le bureau du président. D’une décoration murale très
riche (trop au goût de Thomas), le bureau se distinguait surtout par son
ameublement de style empire qui avait la faveur du locataire actuel. Tant mieux,
se dit Thomas. Le large fauteuil devant lequel il se tenait allait bien lui
servir. S’asseyant dessus, il le pivota de façon à tourner
le dos à la porte d’entrée principale. Relevant les jambes,
il devint invisible pour toute personne entrant par cette porte, ainsi que le
président le ferait dès lors qu’il serait en état
de le faire, disons, dans trois heures maintenant. Bon il ne pouvait pas savoir
précisément quand sa cible ferait son apparition mais le tumulte
qui accompagnerait le retour du président le renseignerait bien assez
tôt. Plus qu’à attendre son retour? Alors attendons...