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D’un pas ferme, décidé, et destiné à rassurer sa garde rapprochée ainsi que ses conseillers, le président, une fois sorti de l’infirmerie, regagna son bureau. Le médecin avait diagnostiqué trois côtes fracturées, mais aucun organe vital n’avait subi le moindre dommage, l’écographie l’avait pleinement démontré. Nanti d’une boîte d’antidouleurs et la poitrine serrée dans un bandage, le président retournait vers son bureau, afin de mettre au point les divers points presse qu’il faudrait tenir face au pays et face au monde dans les heures à venir. L’équipe de communication avait rempli son travail, et la nouvelle de la survie du président avait été donnée quelques minutes seulement après la rafale. Un léger flottement avait suivi sur la raison de la survie (l’image montrant nettement du sang jaillir de la poitrine) mais un jeune énarque avait réussi à bluffer les journalistes en annonçant au pied levé (et en totale impro) en annonçant que le président, au courant d’une tentative d’assassinat, portait un gilet pare-balle rempli de faux sang afin de tromper le tireur quand au succès de sa mission. Un bluff magistral, reconnu le président une fois mis au courant. Il se promit alors intérieurement de garder le jeunot sous sa coupe afin de profiter de son intelligence...et d’éviter qu’il la mette au service de l’opposition ou pire encore, de ses amis de la majorité...
Tout au long du couloir, trois conseillers présidentiels et son garde du corps l’accompagnaient, inondant le président de dépêches parvenues de l’étranger et s’enquérant de son état de santé...


“ Inutile de s’encombrer l’esprit avec ça. Adressez leur à tous la version que le gamin a raconté. On va rendre cette histoire encore plus officielle encore. Pas question que l’on sache que j’ai été culbuté par du plastoc ! Et assurez vous que cela reste secret ! Si cet idiot de l’Intérieur n’est pas capable de tenir sa langue ou ses hommes, je m’en chargerai personnellement, rejeton d’un vieil ami ou pas...
- C’est compris, monsieur le président. Nous avons également averti votre épouse. Elle va rentrer du Chili le plus vite possible afin que les photos de votre...réconcilliation sur le lit d’hôpital soient diffusées le plus vite possible.
- Elle sera là quand ?
- Pas avant demain soir, ça fera juste pour les journaux du lundi mais c’est encore possible.
- Si elle est en retard, je ne considérerai pas cela comme une grande perte de temps...Michel, que donnent les premières recherches ?
- Nous avons inspecté la toiture du stade monsieur. Il n’y avais rien à première vue mais nos services ont trouvé ou chercher en regardant les images d’une caméra latérale. On a finalement vu d’où les coups de feu sont partis.
- Et ?
- L’homme qui a fait ça est un grand professionnel, monsieur. Il a placé une mitrailleuse sous la toiture et a utilisé un système de télévision interne afin d’effectuer la visée et le tir. On a commencé les recherches mais il a pu se trouver n’importe où dans un rayon de...un à quatre kilomètres d’après les premières estimations. Il est probablement parti une fois le tir déclenché car je le vois mal essayer de venir récupérer son matériel. Son plan lui assurait la réussite mais également la perte de ses instruments.
- Bon. Messieurs, je vous laisse régler ces détails. Michel, suivez moi dans mon bureau, nous allons nous y installer pour les prochaines heures de l’enquête.
- Bien Monsieur.”


Les conseillers s’étant éparpillés dans divers bureaux, le président et son garde pénétrèrent dans le bureau. Allumant la lumière, le président se dirigea vers son fauteuil. Il stoppa sa marche quand il s’aperçut que ce dernier se mit à pivoter sur lui-même. Michel, voyant cela, se mit en position et sortit son arme de service.


“ Ne bougez pas !” Lança t-il vers l’homme qui venait d’apparaître dans le fauteuil maintenant retourné.
“Restez derrière moi, monsieur le président ! Et toi avance toi doucement les mains sur la tête ! Allez !
- Monsieur Laudec, vous voulez bien calmer votre toutou ??? Lança doucement Thomas...
- Je ne plaisante pas connard ! Obéis ou je te plombe la tronche !
- Tsss tsss quel langage... Monsieur le président, vais-je être obligé de tuer votre employé pour le calmer?”


Claude Laudec, président de la République Française, fit alors une chose que Michel ne cru pas possible...


“Baissez votre arme.
- Hein ?
- Bordel de merde Michel, baissez votre arme ! Je vous l’ordonne !
- Vous me demandez de...
- Vous allez vous taire et m’obéir à la fin ? Baissez votre arme et rangez là !
- Comme vous voulez...”


D’un geste peu sûr, le garde rengaina.


“ J’ai vite compris que c’est à vous que je dois d’avoir la poitrine en feu...Seul un cinglé comme vous peut avoir l’esprit aussi tordu pour tendre un piège pareil.
- Réputation, quand tu nous tiens... Bon, parlons peu, mais parlons bien. Vous avez évidemment compris que je ne veux pas vous tuer. Du moins pour l’instant.
- Que voulez vous alors ?
- Dans trois minutes, je vais quitter ce palais par la grande porte. Personne dans les couloirs ne tentera de m’arrêter, ni même de me tirer dessus. Je reprendrai ma voiture et en partant, je brancherai ma radio. Dans les trois heures, je veux y entendre que vous renoncez à une de vos mesures phares, à savoir la reprise de tirs nucléaires, dans le Pacifique ou ailleurs. La salve de ce soir n’était qu’un avertissement. Le seul et unique. Tout manquement à ce que je viens de dire vous condamnera immédiatement à mort.
- Vous êtes vraiment cinglé... Vous croyez vraiment que je vais renoncer à moderniser notre force de dissuasion ? Vous savez ce à quoi nous nous exposons si nous ne remplaçons pas nos missiles et nos têtes défaillantes ? Vous croyez que les autres nations nucléaires vont stopper leurs essais pour ne pas nous distancer ?
- Gardez vos arguments pour vos prochaines interviews télévisées. Vous savez parfaitement que les seuls pays susceptibles d’user de ces engins sont largement hors de portée de notre territoire. Mon...employeur actuel ne veut pas que notre pays participe à cette nouvelle course à l’armement. Vous allez donc renoncer à dépenser des milliards inutilement en faisant ce que je vous dit.
- Je préfère encore que vous me tuiez maintenant... Jamais je ne laisserai mon pays sans protection.
- Mon employeur avait prévu cela aussi. Tenez, je vous donne ceci. Sur ce disque, se trouve une copie de divers documents très intéressants. Vous les lirez après mon départ. J’ai encore à faire beaucoup de route, vous savez...Et je déteste conduire de nuit.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Les originaux sont en lieu sûr. S’il m’arrive quelque chose ici ou plus loin, ils seront communiqués à tout ce que la planète compte d’agences de presse. Le contenu de ce disque devrait vous inciter à changer d’avis et à accepter ma...suggestion. Sinon, non seulement vous mourrez, mais en plus votre mémoire sera irrémédiablement salie par le contenu de cette rondelle de plastique. Et vous pouvez être également certain que votre successeur sera lui plus sage. J’ai déja pris des mesures pour... Bonne soirée monsieur le président.”


Se levant, Thomas tira de sa poche un disque compact qu’il posa bien en évidence sur le bureau. Michel, voyant Thomas bouger, fit le geste de reprendre son arme mais avant même qu’il ne le réalise, le canon d’un puissant magnum fut pointé droit sur sa tête. Thomas ne plaisantait pas en parlant de tuer le garde. Michel le comprit en voyant les yeux du mercenaire. Ils étaient intensément fixés sur le visage du garde. Sur son visage. Le réflexe de survie prit alors le pas sur son devoir et Michel laissa retomber sa main, vide de toute arme. Thomas se détendit, cela se vit sur son visage. Il rangea alors son arme et se dirigea vers la sortie. Étant depuis près de vingt ans dans le métier, Michel avait comprit qu’il n’avait aucune chance face à Thomas dans un duel. Son instinct lui disait également de ne pas tenter un coup en douce, par derrière. Le président avait raison sur un point. Il fallait le laisser partir.


“ Vous avez trois heures monsieur le président. Ne l’oubliez pas, ou sinon...”


Sur ce, Thomas sortit du bureau. A cette heure tardive, il n’y avait que peu de monde d’ordinaire dans le palais mais évidemment les derniers événements avaient renforcé la sécurité. Le président, Thomas le vit rapidement, avait donné des ordres afin qu’il puisse sortir sans encombres du bâtiment. Bon, ma mission est finie et le contrat rempli, se dit Thomas. Il connaissait suffisamment les hommes comme Laudec pour savoir qu’il accepterait ses exigences...


“Monsieur le président...
- Quoi encore Michel ?
- Vous semblez connaître cet individu...
- De qui vous voulez parler ?
- Mais de ce type qui vous a menacé, monsieur...
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, Michel. Il n’y avait personne d’autre que nous dans ce bureau.
- Mais...
- Écoutez moi, bougre d’andouille ! Quand je vous dit qu’il n’y avait personne ici, c’est qu’il n’y avait personne ! Si vous voulez garder votre place et votre vie, vous avez tout intéret à bien vous foutre ça dans le crâne !
- Je vois, monsieur...
- Non, vous ne voyez rien, Michel. et si vous voulez continuer à dormir tranquillement la nuit, priez Dieu de ne jamais rien voir de tout le restant de votre vie ! Cet homme qui n’existe pas est suffisamment fort et entraîné pour que je fasse ce qu’il m’a dit de faire. Je n’ai même pas besoin du contenu de ce foutu disque pour m’en convaincre. Je n’ai pas le choix et je le sais parfaitement ! Et pire que tout, lui aussi il le sait ! Mais jamais je n’aurai pensé que lui le ferait. Il me déçoit beaucoup, Michel. Vous n’imaginez pas à quel point...”


Michel, à ces mots, compris qu’effectivement, le président connaissait bien l’homme qui venait de (ne pas) sortir du bureau. Connaissant également un peu le fonctionnement de la maison il s’abstint de tout nouveau commentaire. Mais déjà en lui germait un plan pour... Non, il est encore trop tôt pour lui en parler. Le Président vient de se faire tirer dessus, de se faire menacer de mort par un homme que visiblement il connaît bien, très bien même. Inutile de gâcher encore plus sa soirée et son existence. Il ne veut pas en parler ? D’accord, c’est son droit, mais moi mon travail consiste à le protéger. De tout, de tous. Et je le ferai. Qu’il le veuille ou non...


“Bon vous allez bouger oui ou merde ? Je vous ai demandé d’aller me chercher ces bons à rien de la sécurité. J’ai ma petite idée sur le moyen qu’il a utilisé pour venir ici. Je vais céder à son chantage mais cette raclure ne pourra pas réitérer son exploit de ce soir, je vous le garantit... et tant que vous y êtes, réveillez moi le général D’Aymont et faites le venir ici. J’ai deux ou trois questions à lui poser...
- A quel sujet, monsieur ?
- Michel, faites donc ce que je vous dit de faire sans poser de questions vous voulez ? Ça ne vous regarde pas. Faites le c’est tout. Et si cet abruti n’est pas là dans l’heure, je vous autorise à aller le chercher par la peau du cul !”


Michel, habitué au caractère emporté et au langage fleuri du président, obtempéra sans plus attendre...