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Bien que lourd, le sommeil de Thomas n’était pas sans rêve,
et ce dernier aurait bien aimé que cette fin de nuit là, son imagination
le laisse tranquille. Il se voyait, dans son petit délire onirique, débouchant
une bouteille de champagne tout en visant un parfait inconnu du goulot de la
bouteille, dans le but avoué que le bouchon, éjecté par
les gaz, le frappât à la tête. Un flou dans son sommeil le
transporta en un autre lieu. Il voyait cette fois-ci une immense seringue emplie
d’un liquide verdâtre tournoyer dans les airs devant lui. Cette
vision ne lui était pas agréable, et il gémit dans son
sommeil. Par la suite, il eut des visions plus éloignées, moins
précises mais toutes aussi peu agréables à son esprit.
Il se vit ainsi nu au beau milieu de la rue, entouré de passants sans
que nul ne s’offusque de son absence de tenue. Il se demandait ou il était.
Il le demandait mais personne ne lui répondait car personne ne semblait
l’entendre. Il essayait de les toucher, mais sa main ne traversait que
du vide quand il croyait tenir un poignet ou une veste ou encore une épaule.
Puis l’instant d’après il se retrouva sur un bateau de guerre.
Cette fois il portait l’uniforme des marins. Il portait un fusil dont
il pointa le canon sur la tête d’un parfait inconnu qui se trouvait
devant lui. Il tira. L’inconnu s’écroula alors sur le pont
sans un bruit. L’arme non plus n’avait pas produit le moindre son.
Il se vit alors approcher la victime, la retourner et Thomas se réveilla
en sursaut quand il reconnu son propre visage.
A coté de lui, le réveil sonnait. D’un geste, Thomas coupa
le son. 9 heures. Pourquoi avait-il mis son réveil si tôt un dimanche
? Pas de commande spéciale...Ah si ! Faire en sorte que monsieur Verrier
soit mis au courant des vues de sa chère femme sur sa petite fortune...
Thomas, assis sur le lit, repensa à son rêve, enfin, à ses
rêves. Il en faisait souvent mais comme beaucoup d’autres, il ne
s’en rappelait que très peu, et uniquement au moment proche du
réveil, l’éveil effaçant ses délires nocturnes
dans les minutes qui suivaient. Cette nuit, se dit Thomas, ça a été
plutôt calme... J’ai eu des sommeils plus agités que ça,
une conséquence de ma vie et de mes actes, bien évidemment.
S’étirant au maximum, Thomas quitta son lit. Tout en se dirigeant
vers la cuisine afin d’y boire un peu de lait, ou de tout ce qui se sera
trouvé dans le frigo, il commença à réfléchir
sur la façon d’aborder monsieur Verrier. Bien évidemment,
il ne pouvait se présenter à lui... “Bonjour monsieur, je
me présente, je m’apelle Thomas Quentin. Votre femme m’a
engagé pour abréger vos souffrances mais mon enquête préliminaire
m’a montré que vous vouliez encore vivre. J’ai donc choisi
de rejeter la demande de votre femme et pour vous protéger, je vous en
fait part afin que vous puissiez prendre toutes vos précautions.”
Bordel, c’est déjà assez tarte en le pensant, alors en le
disant...
Et puis Thomas ne pouvait se présenter de but en blanc à son ex-future victime : sa femme finirait par être mise au courant et Thomas verrait sa réputation de discrétion brisée. Il avait trimé assez depuis un an et demie pour l’établir sur le “marché’ pour ne pas vouloir la voir voler en éclat ! Trop de choses en dépendaient. trop de gens surtout en dépendaient. Monsieur Verrier était peut-être un homme qui méritait de vivre en paix ses derniers mois d’existence, mais Thomas devait impérativement garder sa réputation intacte.
Il le fallait à tout prix.
Absolument.
Reposant le carton de lait vidé, Thomas retourna dans sa chambre pour
s’habiller. Il ouvrit la fenêtre. Dehors, le soleil commençait
à être haut dans le ciel. Il n’y avait pas un nuage, et l’air
était chaud déjà. Une agréable journée de
mai commençait pour tous mais pour Thomas, elle n’était
qu’un moment sur la longue marche qu’il avait commencé un
an plus tôt, et qui ne s’achèverait qu’une fois sa
mission remplie.
Et son âme damnée.
Fin de l’épisode