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Le soir venu, Thomas quitta son bureau. Il prit le tram et, changeant par la suite de bus deux fois, il arriva au petit appartement loué des mois auparavant au nom de Belo. La porte refermée, Thomas ferma les volets. Thomas consulta sa montre. Le cadran numérique n’indiquait pas l’heure, mais analysait les émissions radios émanant de la pièce. Aucune mesure supérieure aux normes sur aucune des fréquences. Thomas se détendit alors. La pièce ou il se trouvait ne comportait ni micro, ni caméra en état de transmission. Par sûreté, il consulterait régulièrement son petit détecteur d’espions numériques. Détendu, il mit de l’eau à chauffer pour son repas et en attendant, il s’allongea sur le lit.
La journée avait été fertile en rebondissements et en nouvelles
informations. Trop même. Thomas savait qu’il allait devoir passer
un bon moment à trier tout cela. De la justesse de ses déductions
allait dépendre la suite des événements.
Point positif, le repérage préliminaire a été fructueux.
Quatre serveurs dans des pièces aveugles et bien protégées.
Un seul contenait les informations recherchées, et bien entendu Thomas
ignorait encore lequel.
Pas un soucis, se dit Thomas. Les informations en question sont trop précieuses
pour être confiées à un seul serveur. En cas de pépin,
personne ne peut tabler sur la chance pour que les données principales
soient sauvegardées. Il existe forcément une copie. Probablement
dans un autre serveur, vu qu’un micro simple n’est pas assez protégé
contre les intrusions.
L’intrusion maintenant. Thomas ne put s’empêcher de sourire
en y songeant. Sans le savoir, le patron avait donné à Thomas
une des nombreuses clé qui lui manquaient encore. Il était parti
sur une base de Tour d’Ivoire. Un système très difficile
à pénétrer.
Or la Tour n’était qu’une illusion...
Évidemment, le patron s’était bien gardé d’en
dire plus mais la logique élémentaire donnait à Thomas
la solution. Un seul système liait les serveurs entre eux et le reste
des micro-ordinateurs.
Pas un lien USB, non, trop évident...mais un lien obligé. Le seul
système possible qui permette de lier en grand secret des machines entres
elles.
Pas mal pensé, se dit Thomas. Ce système n’est pas encore
fourni au grand public. Je me demandais pourquoi mais maintenant, la réponse
me parait évidente : se garder un système fiable et sécurisé
en réserve, pouvant se substituer aux liaisons téléphoniques
classiques... Normal que l’on y pense pas en premier lieu... Cela explique
également pourquoi le petit opérateur de base ne peut pas ouvrir
sa propre machine...
Le point suivant en revanche effaça le sourire de Thomas. Il avait obtenu
ses infos facilement. Thomas, en bon infiltrateur, se devait de voir si cela
n’avait pas justement été trop simple...
Et là, le problème que posait Michel était d’un tout
autre calibre...
Pourquoi, comment, dans quel but Michel se trouvait-il dans les bureaux de Kalex
en même temps que Thomas... La réponse à cette question
était d’un intérêt vital.
Plus que tout, Thomas devait absolument savoir si sa couverture était
intacte ou si Belo n’était plus qu’un poids mort pouvant
entraîner sa perte...
Voyons les choses calmement... La dernière fois que j’ai vu Michel,
cela a duré trois minutes, quatre au plus. J’avais certes mon vrai
visage. Mais la je suis déguisé. Ma peau est plus sombre, mes
cheveux sont coiffés différemment, même mes yeux sont différents.
D’un autre coté, j’ignore si Michel est un grand physionomiste.
Je ne peux changer ni ma taille, ni ma corpulence, du moins pour ce travail
là... Quand à mon identité actuelle, comme les huit autres,
elle a été créée quand ma mission a débuté,
il y a vingt mois maintenant. Je n’ai en fait que repris le nom d’un
gosse mort à la naissance tout en ayant supprimé toute notion
de décès aux yeux de l’administration. Un grand classique,
mais qui marche toujours. Évidemment, j’ai choisi des noms de personnes
n’ayant plus ni père ou mère ou fratrie proche pour éviter
les soucis au cas où...
Non, le point important, c’est de savoir ce que Michel fait là...
Officiellement, il est ici pour contrer une intrusion d’un pirate informatique.
D’après ce qu’il m’a dit, il parle d’une intrusion
extérieure, via le net.
Mais il n’y a pas de liaison entre les deux... Il le sait et si comme
je le crois il me soupçonne... Non cette histoire n’a aucun sens.
Michel insiste sur une agression extérieure et le patron ne moufte pas...
Ils sont de mèche c’est évident, et mon identité
actuelle n’est qu’un leurre. Il faut dire qu’une infiltration
de ce genre, ce n’est possible que quand la cible ne se doute de rien.
Et là ce n’étais pas le cas depuis le début. Ils
attendent que je passe à l’action pour me piéger. Bon calmons
nous et analysons la situation. Elle est merdique, disons-le franchement. Je
suis au beau milieu de la cible et ils attendent que je bouge pour agir. Ok.
Donc je vais bouger de façon inattendue. Ça, c’est mon seul
avantage sur eux. Hors de question pour moi de tout laisser en plan comme ça,
ma réputation est en jeu. Et puis j’ai un travail à terminer.
Mais pourquoi diable m’ont-ils fait comprendre que j’étais
piégé ? Jamais ils n’auraient dû agir comme ça,
en toute logique. Soit ils veulent me pousser à la faute, soit...
Mais comment Michel a t-il su que je viendrai là ? Mon contrat a été
conclu il y a trois semaines. Mon commanditaire est peu fiable, il peut avoir
craché le morceau... Sauf que de toute façon Michel ne connaît
pas mon vrai nom. A moins que le Président ne soit derrière tout
ça... C’est plausible. Possible même. Il m’en veut
terriblement. Une opération visant à me neutraliser. Se débarrasser
de moi même... Non, pas avec tout ce que je suis capable de diffuser.
Il ne prendrait pas ce risque. Mais détruire mon travail, ça,
il le peut... Mais comment Darel aurait-il su que le Président et moi
sommes en conflit ? C’est impossible. Par contre, le contraire est possible...
Laudec veut se venger et me neutraliser. Il cherche un bon pigeon pour jouer
l’appat, et trouve Darel qui a la corde autour du cou. J’imagine
très bien leur conversation... Je sauve ta boîte si tu m’aides
à coincer un dingue de la mitrailleuse qui m’a logé un plein
chargeur dans la poitrine...
Pas très flatteur pour moi mais là, je l’ai bien cherché.
Je n’ai pas été assez prudent et me voilà dans une
sale histoire.
Mais un truc ne colle pas... Michel...
Malgré le fait qu’il sait qui je suis, il s’est montré
à moi. Pourquoi ?
Il n’était pas obligé de le faire. Loin de là...
Le fait que je sache qu’il est là met son plan par terre au contraire.
Pourquoi l’as t-il fait ??? Laudec est trop rusé renard pour faire
une bourde pareille...
A moins que Michel n’ait pas obéi aux ordres présidentiels...
Oui c’est possible... C’est un garde du corps. Un bon même...
Mais c’est juste un garde du corps, il n’y a aucun doute possible,
j’ai bien étudié cette personne quand je suis allé
faire mon show au Stade...
Et puis non ça ne colle pas ! Laudec n’est pas du genre à
prendre le risque que je sache que son Michel est dans les parages... Oui c’est
sans doute ça... Michel est là... De sa propre initiative !
Ça explique l’aspect “bulldozer chez un fleuriste”
de son plan. Bon garde, mais piètre stratège...
Mais alors dans ce cas, comment pourrait-il me connaître ? Le président
ne peut le lui avoir dit, vu le secret qui entoure ma personne et mon...ancien
service.
La j’avoue que je suis dans le brouillard...
Bon, reprenons l’analyse... Je suis dans l’entreprise. Michel attend
une attaque de l’extérieur. Enfin à ce qu’il dit.
Il est convaincu que je vais soit passer par la porte de nuit et prendre les
données sur le serveur, soit passer par le réseau secret. Deux
belles souricières en tout cas... Une belle position d’échec
contre moi, mais la partie est loin d’être finie... Une chose est
sûre en tout cas, il est hors de question pour moi d’utiliser le
téléphone de cette maison. En toute logique, la ligne est sur
écoute. Et si je sors téléphoner, je me ferai suivre c’est
certain. Il reste mon portable, mais ils peuvent capter la fréquence
et cet appareil n’est pas équipé d’un brouilleur.
J’ai bien fait de planquer ici mon petit matériel... Je l’emporterai
dès demain. Dans trois jours au pire, je pense que mon travail sera fini...
Thomas se leva alors de son lit pour retourner dans la cuisine se préparer
à manger. S’il ne se trompait pas dans ses déductions, il
allait y avoir une belle surprise pour tout le monde : le Fantôme allait
faire parler de lui...