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Tous trois étaient inquiets. Pour une seule et même raison, même si chacun d’eux ne connaissaient la vérité que depuis des moments différents. Cela ne changeait rien au fait que tous trois avaient passé depuis près d’une semaine de mauvaises nuits, calmées à grand renforts de somnifères plus ou moins puissants, et à l’action contrecarrée en journée par divers stimulants tout aussi variés dans leur puissance d’action.
Michel Hebrar, lui, était inquiet depuis plus de trois semaines. Son
sommeil était agité depuis ce soir sinistre ou l’Individu
qu’il avait revu quelques jours plus tôt (sous un autre visage)
avait mis à mal sa réputation de garde du corps en mitraillant
par surprise son employeur. Il était inquiet depuis que le Général,
en toute discrétion, l’avait approché afin de monter une
souricière destinée à ce Thomas Quentin, en marge de ses
activités officielles. Le président, avait dit le Général,
n’était pas au courant de l’initiative qu’il venait
de prendre, afin, en cas d’échec, qu’il puisse honnêtement
se dédouaner en cas d’enquête...ou de représailles
de la part de Thomas. Michel se rappelait à quel point il avait été
surpris de voir l’un des chefs d’armée du pays avoir peur
à ce point d’un individu isolé. Le Général
s’en était expliqué en énumérant, en gardant
sous silence certains détails couverts par le secret défense,
les “exploits” de son ancien protégé. Après
cette audition, Michel ressenti sa culpabilité s’envoler quelque
peu. Face à un tel personnage, évidemment, il ne pouvait pratiquement
rien faire d’autre que de subir. Tous deux, ils avaient mis au point le
piège destiné, selon le Général, à permettre
de défaire sa réputation de mercenaire. Il avait dit à
Michel que d’autres missions de ce genre allaient être organisées
dans le même but. Faute de pouvoir faire autre chose, Michel avait accepté
l’offre du Général de faire partie de la première
mission. Et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé garde-chiourme
d’une entreprise informatique du sud du pays...
Mis au courant quelques jours avant l’arrivée de Thomas au sein
de l’entreprise, Merlot et son héritière désignée,
Nioli, avaient eux un sommeil plus facile. L’espionnage industriel faisait
partie de leur monde, sinon de leur quotidien... Eux-mêmes pratiquaient
parfois cet art, pour le seul bien de leur maison alors quand l’envoyé
de l’Elysée leur avait annoncé ce qui allait se produire,
avec la complicité de leur plus grand rival, ils ne firent qu’augmenter
légèrement leur dose de calmant. Toujours calmes et détendus,
ils avaient convenus de faire comme si de rien n’était, afin de
laisser l’espion s’avancer le plus possible dans le piège
tendu et, le moment venu, le refermer brutalement. Le risque pris en le laissant
s’approcher aussi près des données sensibles était
compensé par la promesse implicite de l’Etat d’achever rapidement
l’agonie d’Invetris, leur grand rival hexagonal dans leur domaine.
Tous trois donc, avaient assez mal dormi cette dernière nuit. Tous étaient
venus au petit matin afin de parfaire la trappe. Cardon, le chef informaticien,
n’eut lui droit que de dresser le piège sans autre forme d’explications.
La caméra filmant le bureau de Belo fut équipée d’une
nouvelle rotule accentuant son angle de marche. Le bureau de Cardon fut enrichi
d’un poste de surveillance supplémentaire relié à
cette caméra tandis que le micro de Belo fut équipé d’une
liaison directe avec le poste de Cardon. Tout ce que Belo ferait sur sa machine,
Cardon et les trois espions le verraient aussi. Afin de parfaire le piège,
le portable qui trônait sur le bureau de l’assistant de Belo avait
lui été mis hors service. La règle donnant aux seuls “C
boys” le droit d’ouvrir et de réparer la machine en panne
serait une protection suffisante. En tout cas, ils l’espéraient.
“ Tout est prêt, Cardon ?
- Oui monsieur Hébrar. Comme vous l’avez demandé, le serveur
principal est désormais isolé. les trois autres sont également
piégés comme demandé. Mais je me permet de vous dire que
vous nous faites courir un gros risque, monsieur.
- Je le sais bien, Cardon. Mais le danger qui pèse sur nos données
est trop important pour être ignoré.
- Oh vous étiez là monsieur Merlot...
- Un bon capitaine n’abandonne jamais son navire quand le danger menace...
Ou est ce jeune idiot ?
- Vous pouvez le voir sur cet écran, monsieur. Belo est à son
bureau. Il a branché son ordinateur.
- La caméra marche bien ?
- Eh bien...C’est la qu’il y a un petit soucis monsieur... Regardez...
- ...
- Il est malin, non ?
- Je ne vois pas son écran... Il a tourné le moniteur de façon
à ce que le soleil se reflète dedans !!!
-Il a du repérer la caméra... Bon rien de grave. Que donne le
mouchard ? Sur quoi travaille t-il en ce moment ?
- Rien de répréhensible, monsieur... Il rédige un rapport.
Comme vous le lui aviez demandé... Avant que vous n’arriviez, il
a introduit un cd mais il est vierge. Il doit préparer sa sauvegarde...
- On devrait quand même intervenir, non ?
- Ne nous pressons pas, madame Nioli. Nous devons avoir des preuves avant d’agir.
Pour le moment, au pire, nous ne pourrions le charger que d’usurpation
d’identité.
- Votre venue est tout de même providentielle, monsieur Hebrar. Grâce
à vous, nous allons pouvoir dormir tranquille pendant un moment.
- L’opération n’est pas encore finie, Cassandra...
- Oui monsieur, je sais. ... Dites moi, monsieur...
- Oui Nioli ?
- Je voudrais savoir, ce gars...
- Oui ?
- Pourquoi a t-il ébloui la caméra ?
- Comment cela ?
- Eh bien je sais pertinemment que c’est pour que nous ne voyons pas son
écran, mais il pourrait penser que nous l’espionnons de l’intérieur,
non ? Alors à quoi cela lui servirait-il de nous mettre le soleil en
gros plan ?
- C’est vrai ça...
- Je vois ce que vous voulez dire, madame. Rassurez-vous, j’ai pris des
précautions. Nos machines sont équipées d’antivirus
très performants. Il y a même des modèles qui ne sont pas
en vente officiellement car utiles uniquement contre certains types de virus
rarissimes ou inutiles dans le cadre du cybespionnage. S’il essaye d’user
de l’un d’eux pour nous abuser, ils seront désinfectés
dans la minute. Alors ce ne sont pas des reflets gênants qui nous empêcherons
de voir ce qu’il fait.
- Espérons qu’ils seront efficaces...”
Les trois hommes et la femme, gardèrent ensuite le silence pendant un
bon moment. Sur l’écran du chef de la sécurité, des
lignes de textes apparaissaient. Le texte affiché était celui
que Thomas tapait en ce moment sur son clavier, à deux étages
de là. Un texte assez inintéressant, au fond... La lassitude commença
à gagner la petite équipe. Le rythme régulier de la frappe
était même parfois soporifique. Thomas était peut-être
un as de l’intrusion, il avait encore des progrès à faire
en dactylographie... Le rythme morne, régulier de la frappe, des renvois,
des retours en arrière, des corrections... Cassandra fut la première
à céder à l’ennui. Malgré la tension première
ressentie par l’importance de cette séance d’espionnage,
elle demanda la permission de retourner à ses tâches habituelles...
“ Faites donc... Nous sommes assez de trois pour surveiller ce petit moucheron...”
Nantie de la permission du grand patron, Cassandra quitta la pièce avec
un petit soulagement.
A ce moment, Thomas, sur l’écran, introduisit un second disque
dans le lecteur. Cardon jeta un œil sur son portable afin de voir de quoi
il s’agissait. Au même moment, Thomas plaça de petits écouteurs
sur ses oreilles. Sur l’écran du portable, une liste de pistes
mp3 fit son apparition.
“ Il écoute de la musique...
- Merci, ça je le vois...
- C’est quoi, comme musique ?
- Mozart. Le requiem...
- Il a du goût en tout cas...
- Il travaille toujours ?
- Il continue d’écrire oui... Tiens on dirait qu’il va un
peu plus vite...
- Ça doit être le rythme...
- Vous avez déjà écouté Mozart, Michel ?
- Pas vraiment... j’ai juste vu le film avec...Heu...
- Il aime ça en tout cas... Sa frappe est plus rapide, regardez...
- Rien d’autre de particulier ?
- Non...”
L’heure suivante s’écoula ainsi, les trois hommes, regardant
vers l’écran de surveillance, Cardon, vérifiant son portable
pour espionner le pc de Thomas, et Merlot qui se demandait si ce qu’on
lui avait dit allait effectivement se produire...
Puis le disque de Thomas s’arrêta. il se leva, se détendit
un long moment les bras et les jambes, engourdis par la longue station assise
et les trente pages de textes frappés à bon rythme.
Thomas retira le disque et le rangea dans sa boîte. Il prit ensuite sa
sacoche, rangea le disque à l’intérieur et se rassit. Il
resta immobile un petit moment. Puis il sortit le disque qu’il avait introduit
en premier et le rangea à son tour dans la sacoche.
“Cardon ???
- C’est la sauvegarde de son rapport, monsieur. Il n’y a rien gravé
d’autre.
- Vous en êtes certain ?
- Autant que ma machine peut le dire. De toute façon, il n’a même
pas connecté sa liaison Intranet.”
Les six yeux retournèrent se coller fixement à l’écran.
La pièce était désormais vide.
“Cardon, ou est-il ???
- Un instant monsieur... Mais... Je ne le trouve pas dans le couloir...Ah le
voilà... Il se dirige vers la sortie. On dirait que... Mais oui, il s’en
va !!!
- Quoi ? Si tôt ?
- Putain de merde !!!!!
- Quoi ?
- L’écran, regardez....”
Merlot et Hebrar, tous deux inquiets, regardèrent à nouveau l’écran
espion. et ce qu’ils virent...
Merlot, des deux, fut celui dont l’estomac se recroquevilla le plus, certainement...
Malgré le fait que son utilisateur avait quitté sa place, et même
le bâtiment...
Du texte continuait de s’afficher... Comme si quelqu’un continuait
de taper sur le clavier, mais, la caméra, en faisait foi... Il n’y
avait personne...
Les trois hommes, surgirent alors en courant de leur poste de sécurité
improvisé. Alors que Merlot et Cardon se dirigeaient vers le bureau de
Belo, pardon, de Quentin, Michel, lui, courrait vers le parking. Il avait vu
Thomas arriver ce matin là au volant d’une petite voiture louée.
Sur le moment, il n’y avait pas fait trop attention mais maintenant...
Quel idiot ! Mais quel idiot il était ! Comment n’avait-il pas
compris que la voiture, c’était le signal que Thomas allait passer
à l’action ce matin-là ? Il aurait dû comprendre !
Cela faisait deux matins de suite que Thomas venait ainsi !
Mais quel idiot !!! Il m’a endormi ! Il a réussi son coup je ne
sais comment et maintenant, il file !
A son arrivée sur le parking, Michel ne put que constater la disparition
de la voiture. Et de Thomas.
Dépité, Michel ne put que rebrousser chemin. Il avait aussi une
voiture mais désormais, Thomas était trop loin. Et puis les instructions
qu’il avait reçues au début de sa mission étaient
très claires : en cas de succès de Thomas, ne pas essayer de la
poursuivre, mais de se renseigner au plus vite sur sa façon de procéder.
Obéissant à ses ordres, il rebroussa chemin et s’en fut
vers le bureau de Belo. A Cardon maintenant de percer ce mystère, si
mystère il y avait...
6b
Au petit matin, le réveil de voyage de Thomas sonna à l’heure
fixée. D’un geste aussi vif que brusque, ce dernier coupa la sonnerie
énervante et tenta en vain de se remettre en condition pour dormir.
Plus forte, la nécessité d’éveil le poussa à
se lever, à prendre un longue douche chaude et à avaler en vitesse
son petit-déjeuner.
Le tout en silence...
Thomas, qui vivait seul depuis des années, appréciait ces longs
moments où pas une parole morne et convenue ne venait nuire au doux silence
de la solitude. Thomas aimait beaucoup ces moments là, le matin surtout
d’ailleurs. Après la mort de son amant et tout ce qui s’en
était suivi, il était resté près d’un an seul.
Évidemment, par la suite, le choix qu’il avait fait l’avait
privé de ces moments de calme. Il les regrettait parfois, mais la pensée
de ce qu’il avait à faire le remettait rapidement sur les rails.
Une fois habillé, Thomas monta dans le véhicule loué et
se rendit au travail. La nuit avait été courte, mais il avait
bien fallu cela pour terminer l’adaptation du Fantôme au système
informatique de Kalex. Il songea avec un peu de dépit au fait que s’il
avait pu faire appel à Claire, elle aurait mis beaucoup moins de temps
que lui pour terminer le ver et surtout l’écran de fumée
qu’il allait utiliser dans moins d’une heure maintenant. Mais comme
par légèreté il s’était mis dans un fameux
pétrin, il avait bien fallu qu’il en assume la conséquence
principale : son incapacité temporaire à contacter son amie et
employée.
Mais baste ! Claire et lui avaient préparé le maximum de matériel
afin d’éviter d’être pris au dépourvu. En plus
des progiciels sus-cités, Thomas avait également en sa possession
de redoutables vers et autres virus informatiques conçus eux pour détruire
le matériel et les données visées de façon irréversible.
Thomas, pourtant, n’allait pas utiliser les programmes de ce genre. Non,
tout ce dont il avait besoin ce jour, c’était d’un bon ver
de recherche et d’un programme masquant ses gestes. Le reste, à
ce qu’il imaginait, serait pour plus tard...
Sur le coup de huit heures, Thomas arriva au sein de Kalex. Il passa sans aucune
difficulté le poste de contrôle. Après avoir bu un dernier
café au distributeur, il s’installa à son bureau. Un coup
d’oeil discret à la caméra lui permit de remarquer le léger
changement d’angle de cette dernière. Pour Thomas, c’était
la preuve que son poste de travail était sous surveillance, c’était
clair. Mais il trouva de suite la parade, décalant légèrement
sur la droite le moniteur, afin qu’un maximum de lumière se refléta
sur ce dernier. Travailler dans ces conditions ne serait pas pratique, mais
au moins la caméra serait en partie HS, et les personnes éventuellement
indiscrètes plus tentées de se rabattre sur l’écran
espionnant les actions de son PC.
La veille au soir, Merlot lui ait demandé de rédiger le lendemain
un copieux rapport résumant les différences structurelles existant
entre les dernières études de marché et les données
réelles des ventes réalisées. Thomas avait digéré
les documents préliminaires en fin de journée et le soir venu,
il avait commencé à rédiger le rapport en question. Après
une longue séance de copier-coller de divers passages, il l’avait
ensuite gravé sur le disque qu’il introduisait maintenant dans
le premier lecteur, disque qui contenait également le programme qui allait
dès son introduction aveugler tout observateur potentiel interne à
la machine avec un rapport bidon qui s’imprimerait sur l’écran
de surveillance.
Disposant d’un peu de tranquillité et quasiment certain que personne
ne verrait ce qu’il ferait, Thomas lança le programme de recherche
qui, quelques secondes plus tard, lui annonça avoir terminer l’examen
interne de la machine. Comme il s’y attendait (il avait d’ailleur
paramétré son programme en ce sens), il existait bien une liaison
Intranet secrète entre sa machine et les serveurs. Ce lien se faisait...par
la prise électrique, comme il l’avait deviné.
L’intranet par le courant ! C’était en effet la conclusion
logique de sa réflexion. Il savait que de tels essais avaient eu lieu
à destination du grand public mais curieusement, au bout de quelques
mois, les nouvelles à ce sujet s’étaient faites plus rares,
plus pessimistes quand à une possible application pratique. Le grand
public, friand de nouveauté mais à la mémoire fragile,
en garda le souvenir quelques mois puis après la fin de toute communication
à ce sujet, l’oublia quasi-complètement, rangeant cette
possibilité au rayon des avancées techniques stériles et
inutiles.
Thomas, lui, avait devant les yeux la preuve de la réalité de
l’existence d’un tel réseau. Il n’avait pas ouvert
la tour du disque dur mais il visualisait très bien le ou les modules
codant et décodant les informations transmises par les variations du
courant électrique alimentant en même temps la machine. Tandis
que les six yeux indiscrets regardaient défiler des suites de phrases
copiées-collées, Thomas activa le programme de traçage
fourni par sa gracieuse majesté Claire, reine incontestée du piratage
des systèmes d’exploitations windosiens et des autres...
Vingt minutes après avoir commencé, Thomas leva quelque peu le
nez de l’écran. il venait de se rendre compte que personne n’était
venu le déranger. pas un coup de téléphone, pas une visite
impromptue, rien.
Il sourit.
Son relatif isolement, alors que les bureaux alentours grouillaient d’activité,
lui confirmait que ses faits et gestes étaient épiés par
la caméra (gênée pendant encore un petit moment par le soleil.
Pour la suite, la lampe halogène de son bureau la remplacerait très
bien), et aussi par un mouchard, distrait par le programme pirate du disque.
Après activation d’un ver de recherche, Thomas parvint à
dresser une carte sommaire du réseau Intranet de Kalex. Comme il s’y
attendait, les quatre serveurs centraux étaient reliés au reste
du réseau par la liaison électrique. Une des liaisons était
hors service, mais, Thomas en était certain, ce qu’il cherchait
se trouvait aussi dans l’un des trois autres. Le tout étant de
le trouver. Thomas termina alors l’encodage du ver qu’il allait
maintenant introduire dans le système.
Un fois introduit dans le système, ce dernier serait automatiquement
transmis aux serveurs via le réseau et il chercherait alors les renseignements
demandés et les ramèneraient tout aussi automatiquement vers le
poste de travail de Thomas qui n’aurait plus qu’à les graver
et les emporter. Claire avait fait de l’excellent travail... Elle avait
même pensé aux petits programmes parasites qui masqueraient les
flux de données lors du téléchargement, au cas où
quelqu’un aurait surveillé les débits entrant et sortant
de la machine...
Thomas lâcha alors le ver et le laissa faire. En attendant, il introduisit
un disque de musique classique qu’il écouta tout en faisant encore
semblant de taper le texte.
Près d’une heure après, le ver revint. Il ramenait ce qu’il
était allé chercher. Thomas examina attentivement le programme
et il entreprit alors de graver les fichiers transmis.
Comme il s’y attendait, Thomas avait sur disque les preuves recherchées.
Les codes sources de Ménalis. Et comme il s’y attendait depuis
qu’il savait que Michel était de la partie, les données
indiquaient de façon claire et nette que ces codes avaient été
élaborés AVANT qu’ Invetris n’en entende parler...
Il y avait donc bien eu espionnage entre les deux sociétés, mais
c’est Invetris qui avait volé le programme, et non Kalex.
“ Ce qui confirme mes soupçons, songea Thomas. Darel m’a
menti. Il a volé Ménalis mais pour je ne sais quelle raison, il
n’a pu se procurer les corrections, et il a compté sur moi pour
les lui apporter...”
Il songea alors un peu tristement que son travail, cette fois, ne serait pas
rétribué à sa juste valeur. Mais cela arrivait parfois.
Et si Thomas n’étais pas payé, il aurait toujours la satisfaction
un peu sadique de pouvoir utiliser le boomerang...
Les derniers fichiers gravés, Thomas se leva et s’étira.
Il rangea le disque des preuves et il fit le mouvement de retirer le disque-piège
qui tournait toujours. Mais il se ravisa. Il avait songé à la
façon de tirer sa révérence et d’imaginer le staff
directorial voir qu’il avait été blousé de façon
magistrale formait, pour Thomas, un “au revoir” des plus élégants
et vicieux... Aussi, avant de retirer le disque, copia t-il une partie de son
contenu piégé sur le Pc et il laissa le programme-masque tourner
à partir de cette base, remportant le disque qui lui contenait en plus
des données trop sensibles pour être laissé à leur
disposition.
Laissant le programme tourner, Thomas sortit du bureau, sacoche à la
main. Il s’en fût à sa voiture, la démarra et parti.
Un dernier coup d’oeil au rétroviseur lui permit de voir Michel,
rougi d’avoir couru, assister sans rien pouvoir faire à son départ.