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“ Le reste, ce n’est que littérature...”


Thomas, sur ces mots, retourna son regard vers Maximilien Darel, qui, depuis trois minutes maintenant, se tenait à genoux sur le sol de son bureau, les larmes aux yeux. Sur ce dernier, l’écran affichait en lettres de feu le carnage que le Mixer, redoutable virus informatique, faisait au sein du réseau informatique d’Invetris, détruisant de façon irrémédiable et irréversible les précieux fichiers de la société qui, Thomas le savait, ne s’en relèverait pas.


“ Pitié... Arrêtez cela, je vous en prie....
- Et pourquoi donc, monsieur Darel ? Vous m’avez trompé. Et ce depuis le départ. Je comprend votre désir de vouloir sauver votre œuvre, mais notre accord était très clair. Si vous me trahissiez, vous subissiez le sort que vous réserviez à vos rivaux. Je ne fais qu’appliquer notre accord, c’est tout. Et je ne vous parle même pas de l’argent que je ne toucherai pas pour mon travail d’infiltration... Au final, je suis autant perdant que vous dans cette affaire alors...
- Vous...Vous êtes immonde... Comment pouvez-vous ne pas voir tous mes employés ? Tous ces gens qui demain apprendront qu’ils n’ont plus de travail à cause de vous ???
- A cause de vous, monsieur Darel. N’inversez pas les responsabilités, je vous prie. De toute façon, au vu de votre bilan, Invetris n’avait plus que quelques mois à vivre, sinon moins. Au pire, je n’ai fait qu’accélerer les choses. Et croyez-moi, j’ai fait des choses bien plus condamnables dans ma vie que cela...
- Je vous supplie encore... Arrêtez-ça... Laissez moi une dernière chance... Arrêtez ce virus, je vous en prie...”


Darel, désormais, pleurait à chaudes larmes. Dire que Thomas n’était pas touché serait mentir. Toutefois, ses priorité faisait qu’il n’avait pas le choix. Il devait achever la mise à mort d’Invetris. Thomas ne répondit rien. Il se contenta de reprendre le disque infecté qu’il avait glissé une heure avant dans un des ordinateurs d’Invetris, profitant de l’effraction qu’il avait commise ce soir là, alors que Darel était resté seul pour finir un rapport désormais réduit à l’état de bruit parasite, comme bientôt tout le reste des données d’Invetris.


“ Je vais vous laissez maintenant, monsieur Darel. Mixer n’a plus besoin de son support désormais. Au fait, inutile d’espérer relancer vos systèmes d’exploitations. Je me suis également occupé de vos armoires de sauvegardes...”


A ces mots, les yeux de Darel s’emplirent d’encore plus de désespoir. Thomas, vraiment, ne lui laissait aucune chance.


“Noooonnnn.... Je vous en prie... Que vais-je devenir ???”


Thomas, qui avait commencé à s’éloigner, se retourna.


“ Ce que vous choisirez d’être. Vous avez voulu croire les mauvaises personnes, alors assumez. Je ne vous ferai pas l’affront de vous souhaiter une bonne soirée, monsieur Darel, mais j’espère que la chose vous sera profitable. Il vous reste suffisamment de temps devant vous pour vous en remettre. Vos employés aussi. Consolez-vous en vous disant que beaucoup d’autres n’auront jamais cette chance.”


Thomas, cette fois, s’en fut définitivement. Il retourna dans l’allée sombre par laquelle il était venu et il récupéra la discrète moto qui l’attendait bien à sa place. Après avoir enfilé son casque, il démarra l’engin, gagna rapidement le périphérique montpelliérain, et il partit vers le nord.

Plus au nord, d’ailleurs, à Paris, le bureau du président Laudec était la scène d’une sérieuse discussion. Le président et le général d’Aymont, d’un coté du bureau, et Michel Hebrar, de l’autre, faisaient le point sur les précédents événements...


“ On peut dire qu’il n’a pas perdu de temps... La nouvelle est confirmée ?
- Oui monsieur le président. Darel nous a appelé peu après son départ. Il était désespéré. Et furieux contre nous aussi, évidemment...
- Une évaluation des dégâts, déjà ?
- Ce sera vite fait, monsieur. Nous attendons encore quelques précisions, mais il semble que Thomas n’ait pas fait dans le détail. Les fichiers sont tous détruits, les serveurs infectés et les disques de sauvegardes ont été altérés au gaz acide. Données irrécupérables. Invetris est pour dire mort et enterré...
- Ce qui sera aussi mon cas si nous ne donnons pas le change. Votre plan était audacieux, général, mais je dois dire qu’il a été exécuté de main de maître...
- Merci monsieur le président. Maintenant, nous avons une meilleure idée des méthodes actuelles de Thomas. Il nous faudra d’autres opérations de ce genre, pour compléter nos données, mais pas nécessairement de cette ampleur.
- Je l’espère bien...
- Quand à vous, mon cher Michel, je suis certain que vous comprenez la raison qui nous pousse à vous muter..
- Tout a fait, mon général.
- Pour Thomas, votre promotion à la préfecture de Saint-Pierre et Miquelon aura tout de la sanction exemplaire que nous vous infligeons pour avoir agi de votre propre chef et en toute illégalité dans une affaire relevant des opérations de police nationale. Si tout va bien, dans un an au pire Thomas ne sera plus qu’un mauvais souvenir et vous pourrez revenir à ce moment là...
- Je saurai me montrer patient, monsieur...
- Nous y comptons bien... Vous pouvez vous retirer maintenant, Michel. Préparez vos bagages et passez une bonne nuit...
- Merci, monsieur. Au revoir, monsieur.”


Et Michel partit.


“ D’aymont, vous croyez vraiment qu’il va gober ça ?
- Qui ? Thomas ou Michel ?
- Les deux, en fait... Pauvre Michel... J’ai mal au cœur pour ce que l’on va lui faire... Il ne mérite vraiment pas cela... Autant pour Darel cela ne me fait rien, autant j’ai de la peine pour Michel...
- Je regrette comme vous ce qui se prépare pour lui, monsieur, mais pour reprendre ce que vous avez dit, Thomas n’est pas idiot au point de tomber dans un piège de ce genre aussi facilement. Michel n’était là que pour brouiller encore un peu plus les pistes mais le fait que Thomas se soit comporté ainsi me fait plus penser au fait qu’il a compris notre manège et qu’il a accepté de jouer son rôle. Mais il n’est pas dupe, monsieur. Il a compris notre manœuvre et tout ce qu’il a fait, c’est pour nous dire qu’il accepte le défi que nous lui lançons. La partie est engagée. Nous avons perdu deux pions ce soir mais leur sacrifice nécessaire nous permettra plus tard de mettre Thomas échec et mat.
- Que Dieu vous entende, général.... Et qu’il nous protège, si nous échouons...”

 

Fin de l’épisode