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Le trajet entre Vénissieux et la préfecture s’était effectué sans aucun problème. Thomas, suivi à quelques mètres en arrière de Mehdi, avaient regagné le véhicule que Thomas avait garé quelques rues plus loin afin de ne pas attirer l’attention. Pour ce faire, ils étaient passés devant l’immeuble de la mère du jeune homme. Personne ne se trouvait à l’entrée. Personne ne s’agitait en tous sens, et il n’y avait aucun cri, aucune agitation ni aucun gyrophare qui aurait signalé un malheur quelconque. Dans la voiture, Mehdi ne dit pas un mot. Thomas le regardait de temps à autres pour essayer de savoir où le jeune homme en était dans sa tête. Thomas était plutôt confiant. Lors de son appel au préfet l’informant de son arrivée prochaine, Mehdi n’avait rien dit ni rien fait qui puisse indiquer une quelconque marche arrière. Arrivés rue de Bonnel, Thomas passa devant le planton qui l’avait reconnu et laissé passé. La voiture garée, tous deux descendirent et, toujours sans un mot, ils pénétrèrent dans le bâtiment, et gagnèrent immédiatement le bureau du préfet où la même équipe qu’en début de journée attendait les deux arrivants.
Thomas, de quelques paroles, invita les super-flics à un peu de patience
encore, et ce n’est que lorsque Mehdi eu absorbé un léger
calmant ( rapport à sa gorge toujours douloureuse ), que ce dernier commença
à parler.
Que dit-il ? Tout. Tout ce qu’il savait. Les noms de complices, de comparses
et de personnes bienveillantes à leur égard. Les numéros
qu’ il connaissait pour les avoir composés souvent. Wolfgang, Marie-Anne
et le colonel prenaient de nombreuses notes en plus des enregistreurs qui fixaient
la voix de Mehdi. Thomas, à lire leurs visage, cru déceler les
informations qui étaient déjà en leur possession, les informations
douteuses qui se voyaient confirmées ou infirmées, et les nouvelles.
Une bonne demi-heure après, Mehdi demanda à reposer un peu sa
gorge. Marie-Anne, la plus avide d’infos, lui posa alors la dernière
question de la soirée.
“ Et le laboratoire, alors ? Où est-il ?
- Vous ne le savez pas ? Alors c’est vraiment une bonne cachette qu’ils
avaient choisi...
- Nous estimons qu’il se trouve dans une des zones de réception
des appels du portable du chef-chimiste, mais nous n’en savons guère
plus. Où est-il alors ? Vous le savez, puisque vous livriez les échantillons
pour les derniers tests.
- Le bâtiment de la Main Tendue se trouve juste à coté de
la mosquée. Le laboratoire se trouve dans une cave aménagée
juste en dessous. On y accède par la salle de prière.”
A ces mots, tous les stylos cessèrent de parcourir le papier. Et tous
regardèrent Mehdi pour s’assurer qu’ils avaient bien entendu,
et que ce dernier ne se foutait pas de leur gueule.
Thomas, de son coté, se put se retenir de pousser un sifflement admiratif.
“ Pas mal... C’est une superbe idée là, vraiment...
- Oui en effet, acquiesça Wolfgang. C’est la planque idéale.
- Je suppose que les chimistes entraient et sortaient avec les fidèles.
Mêlés à une telle foule, on passe inaperçus ! Et
même en cas de doute, aucune force de police n’aurai osé
pénétrer sans en être sûr une salle de prière...
- Pas sans déclencher une émeute, non en effet, reconnut Marie-Anne.
- Mais alors, demanda le préfet, à quoi rimaient les appels téléphoniques
?
- Je crois le deviner, monsieur le préfet. Mehdi, tu es au courant que
les services secrets avaient un agent infiltré à l’ambassade,
non ?
- Oui bien sûr ! Mais ce n’est pas ce que j’ai entendu dire.
On m’a dit que la fille bouffait à deux râteliers à
la fois. Et que c’est parce qu’elle n’était pas fiable
que Hassan était allé la voir pour la faire taire après.
- Quoi ?
- Monsieur Sully, je crains que votre combine n’ait été
déjouée dès le début, poursuivi Thomas. Je crois
comprendre le pourquoi de ces appels. Le numéro vous a été
fourni sciemment. Les trafiquants voulaient que vous surpreniez certaines de
leurs conversations. C’est la raison pour laquelle vous avez eu si facilement
le numéro. Et c’est aussi la raison pour laquelle cette pauvre
fille s’est fait découpée avec sa mère et sa sœur.
Pour ne plus qu’elle parle.
- Mon Dieu...
- Les trafiquants ont agi ainsi pour que vous cherchiez comme un fou un laboratoire
en tenant compte des lieux de réception des appels. Je me trompe ou pas
une fois vous vous êtes dits que le lieu d’origine pouvait avoir
une importance si grande ?
-...
- Je crois que je prendrai ça pour un “oui”... C’est
une bonne idée. Et je suppose, Mehdi, que tu prenais les échantillons
avant de sortir de la mosquée le vendredi, que tu les gardaient chez
toi et que tu les remettais à l’immeuble d’à coté
le dimanche. Histoire de brouiller les pistes encore plus... Qui pourrait imaginer
que l’on utiliserait un livreur pour faire vingt mètres ???
- C’est exact. Pendant ces deux jours, je les cachais dans le réservoir
des toilettes. Les cubes ne se dissolvent pas dans l’eau, c’était
la planque idéale.
- Il y a quand même des choses qui ne collent pas ! Lança alors
le colonel. Pourquoi ont ils utilisé le portable pour dire qu’ils
allaient tuer Mehdi ? C’était très risqué de faire
cela !
- Je sais. Je ne saurai vous le dire. Je crois qu’ils pensaient que nous
ignorions l’identité exacte de leur livreur. Ils savaient que nous
avions des suspects mais ils ont du penser que vous seriez incapable de tous
les protéger efficacement. Et ils avaient en partie raison car ils ont
pu liquider l’ami de ce jeune garçon.
- Nous ne savions même pas qu’il était mêlé
à cette histoire, déplora le colonel. Je pense que votre raisonnement
est correct. En tout cas, le fait que Mehdi ait survécu, c’est
un sacré coup de chance !
- Pas vraiment, souffla Mehdi.
- Comment ça ?
- Je savais qu’ils voulaient me tuer. J’ai surpris la fin de la
conversation de mon chef quand il téléphonait. Ses paroles étaient
déformées mais j’avais bien compris qu’un membre du
réseau allait mourir. Quand on envoie Hassan quelque part, c’est
toujours pour tuer quelqu’un. Et après, j’ai compris que
c’était moi. Mais ce que je n’avais pas entendu, c’est
que Youssef aussi était sur leur liste, et ça, je ne me le pardonnerai
jamais...
- Il y a beaucoup de choses pour lesquelles vous devrez vous faire pardonner,
poursuivi le préfet. mais cela n’est pas de mon ressort. Marie-Anne,
veillez à ce que ce jeune homme reçoive la protection nécessaire,
ainsi que sa famille bien sûr. Veillez aussi à commencer les procédures
judiciaires contre notre jeune ami. La justice décidera de son sort.
Colonel, prévenez vos hommes. Nous devons prendre le laboratoire très
rapidement. Je pense que la nouvelle de la disparition de notre jeune ami sera
un signal de “sauve qui peut” pour cette racaille. Je les veux tous,
vous m’entendez ? Wolfgang, je vous charge de coordonner les opérations.
Quand à vous monsieur Quentin...
- Oui ?
- Je vous remercie infiniment de votre aide. Comme le colonel me l’a fait
comprendre, vous nous avez fait gagner un temps précieux en effet.
- La chance y est aussi pour quelque chose, vous savez. Si je n’avais
pas embauché la bonne personne, l’opération aurait prit
plus de temps, même pour moi. Et au final, je pense que nous aurions échoué.
- Mais cela n’a pas été le cas. Votre efficacité
et votre zèle sera connu en haut lieu, croyez-moi !
- Je n’en doute pas une seconde... Par contre, je vais vous demander un
petit service encore.
- Oui, quoi ?
- Le petit Mehdi. je voudrais rester un peu avec lui en tête à
tête. J’ai encore des choses à lui demander.
- Si la police ne voit pas d’inconvénient...
- Cela n’est guère réglementaire... Mais vu l’aide
que vous nous avez apporté, je vous laisserai le voir. Vous serez fouillé
avant, bien entendu...
- Bien entendu...”