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Rapidement mais pas en silence, une dizaine de véhicules de police, de gendarmerie et des services spéciaux convergèrent vers les bâtiments beige et gris sale du bloc que formaient la petite mosquée de la rue Lénine et son immeuble contigu. Wolfgang, de façon assez efficace, avait donné à chaque corps des instructions précises. La police établirait un cordon de protection autour de la zone sensible, tandis que les gendarmes formeraient un second rideau de défense. L’intrusion des bâtiments incriminés serait effectué par les forces spéciales de la gendarmerie. Pour finir, une section de C.R.S. se tiendrait à proximité de l’ensemble afin de mater la population si cette dernière venait à se montrer hostile à l’opération.


Bléno, le préfet, responsable de l’opération en tant que représentant de l’exécutif, était pleinement conscient du caractère sensible de l’opération. Ce n’était pas tous les jours que la police entrait en force dans un lieu sacré, et pour autre chose que pour en expulser des sans-papiers ou des sans-abris sans-célébrités médiatiques à leurs côtés. Il avait, dans un petit laïus fait quelques minutes avant que le convoi ne s’ébranle, rappelé ses instructions aux policiers présents. Tout son discours tenait en quelques mots : soyez rapides, soyez efficaces, soyez prudents et soyez calmes si jamais le public venait à se révolter.


Les véhicules, arrivés à destination, se placèrent conformément au protocole. Quatre véhicules de CRS bloquèrent les accès à la rue dans le périmètre de la mosquée. Les cars et les fourgons se placèrent juste derrière et les hommes en sortirent. D’un dernier fourgon, plus petit et plus discret que les autres, les hommes désignés pour s’introduire dans les bâtiments en sortirent, tous armés de puissants fusils, tous recouverts d’épais gilets pare-balle, et tous dûment masqués afin que nul ne puisse les reconnaître.
Et enfin, encore derrière, Thomas, qui avait discrètement suivi le cortège, se gara et resta bien à l’écart de l’ensemble. Mehdi était désormais en sécurité dans sa cellule, et il voulait voir de ses yeux l’assault qui allait maintenant être donné.


Thomas était venu surtout pour voir si son calcul était exact. Il pressentait que Hassan, qui n’avait pas trouvé Mehdi ( et pour cause... ) avait donné l’alerte et que tout le personnel avait été évacué. Vu le temps dont ils disposaient, ils ne pouvaient avoir embarqué tout leur matériel. Seuls la drogue et les documents importants avaient du déjà disparaître. Le reste serait soit détruit, soit... Eh bien détruit. Pour Thomas, c’était la seule alternative logique.
Arrivé à la porte de la mosquée, le premier groupe de six policiers, après avoir inutilement frappé à la porte, enfonça cette dernière et se répandirent à l’intérieur. Thomas, bien sûr, ne les voyait pas, mais ils les imaginait très bien progressant dans les locaux vides, surveillant chaque recoin, inspectant de façon rapide mais efficace chaque pièce avant de progresser plus en avant. Thomas les visualisait bien entrer dans la salle de prière, passer dans la pièce du fond pour arriver à la trappe qui conduisant au sous-sol, l’endroit ou selon Mehdi, le laboratoire se trouvait.
A ce moment, Thomas enclencha discrètement le petit récepteur radio qu’il portait à sa ceinture. Réglée de façon tout à fait illégale sur les fréquences de la police, l’appareil allait lui livrer, via son oreillette, la suite des événements.


“ ...en formation.
- Contrôle à fouineurs. Quelle est la situation ?
- Ici fouineurs. Tout le bâtiment est sécurisé. Nous sommes à la trappe. Nous allons l’ouvrir.
- Soyez prudents, fouineurs. Il est possible que la porte soit piégée.
- Négatif, Contrôle. Nous avons vérifié. La voie est libre. En avant, formation deux à deux, trois pas d’écart.”


Le groupe d’intervention s’engagea alors dans l’escalier qui conduisait au sous-sol. C’était pour eux le moment le plus critique. Dans l’étroit boyau descendant, ils constitueraient une cible de choix si jamais un tireur isolé venait à se trouver à l’extrémité.
Parvenus au niveau du sol, les hommes se déployèrent rapidement afin de couvrir la plus grande surface possible. La pièce, bien éclairée, comportait une série de plan de travail installé là bien après la construction du bâtiment : les joints de ciment de couleur plus clair, sur le sol, en étaient la preuve. Chaque plan comportait une ou plusieurs arrivées de gaz. instinctivement, les hommes inspirèrent afin de déterminer si la pièce ne dégageait pas une odeur suspecte et potentiellement dangereuse.
A ce moment, Thomas prit son récepteur en main et changea la fréquence. L’écoute du groupe des fouineurs ne lui apporterait rien de plus, il en était certain. Il se fixa alors sur la fréquence du second groupe qui, dans le même temps, investissait le bâtiment contigu. Il avait fait intérieurement le pari que le plus intéressant s’y passerait.


“ Police ! Ne bougez pas !”


Oula ça commence fort, se dit Thomas en entendant ce qui se passait au siège de la Main Tendue... L’écoute suivante allait apprendre à Thomas que la situation était plus complexe encore qu’il ne le pensait jusque là...


“ Les mains en l’air ! Vite !
- Allons messieurs...Que se passe t-il ? (La voix ne disait rien à Thomas. Hassan ? Un autre ? Le type en blanc ?)
- T’es sourd ou quoi la tronche de pastèque ? Lève tes mains ou on te plombes la gueule !
- Messieurs ! Je vous prie de modérer vos propos ! ( Tiens il y en a deux...)
- Allons, allons, restons calmes... Faisons ce qu’ils demande, messieurs. Nous allons nous expliquer ensuite...
- C’est ça les macaques ! Vous allez sortir bien tranquillement vos papiers et garder ensuite vos bras en l’air !
- Monsieur ! Vous ignorez à qui vous avez à faire ! (Une nouvelle fois la première voix...)
- Je me fiche de savoir qui t’es, ducon ! Tu vas obéir et fermer ta gueule !
- Comme vous voudrez...”


Doucement, calmement, gardant un bras en l’air tandis que de l’autre il fouillait sa poche intérieure, l’homme de la première voix en extirpa un document qu’il tendit au policier grande-gueule. Ce dernier jeta un oeil sur le passeport pakistanais et il sentit immédiatement ses testicules rentrer de façon précipitée à l’intérieur de son ventre.
Non pas que le mot “passeport” l’ait impressionné, ni même la mention “Pakistan” , non, c’est la mention “diplomatique” qui avait signifié au policier la fin probable de sa carrière...


“ Mon nom est Sharif Nasserian. Attaché culturel à l’ambassade du Pakistan et je crois qu’avec ce que vous venez de me dire, vous êtes dans un, comment vous dites déja...Un beau merdier...”