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Les rideaux tirés, la lumière
abaissée sans pour autant être éteinte, l’attente
commença. Thomas se concentra sur les sons extérieurs afin de
déterminer s’il y avait ou non des intrus. Avec beaucoup de silence
et de concentration, il espérait savoir, en cas d’intrusion, le
nombre d’adversaires. Pourtant de temps à autres, il reportait
son regard sur son amie. A la différence du jeune homme, Anne ne cachait
pas une certaine nervosité. A la culpabilité d’avoir mêlé
son ami à son histoire, Anne devait en plus supporter le choc d’avoir
trouvé trois cadavres horriblement mutilés. Et elle devait enfin
assumer le fait d’être une cible vivante.
Pourtant, au fond d’elle, Anne restait calme et déterminée.
Non seulement sa profession lui imposait un tel comportement, mais en plus sa
nature farouche lui donnait le courage nécessaire pour ne pas s’effondrer
en larmes.
Thomas, en l’observant, savait ce que Anne ressentait. Lui aussi, il avait
passé des moments aussi terribles. Il ressentait un mélange d’admiration
et de pitié.
Il admirait Anne car, en connaisseur, il appréciait son comportement.
Il avait passé ses dernières années au sein d’un
monde violent et impitoyable. S’il avait fait son entrée dans ce
monde avant ce Soir tragique, il n’aurait pas survécu une journée.
Mais après ce Soir Terrible, le monde qu’était Thomas avait
basculé. L’homme intègre et doux n’avait pas changé.
Mais il s’était découvert déterminé à
aller jusqu’au bout. Il s’était découvert, par le
biais de la vengeance, un nouveau continent caché jusque là en
lui. Et cette terre vierge le fascinait. Lui plaisait énormément.
Il l’avait explorée en grande partie. Il n’était pas
sûr d’avoir tout vu (qui peut le dire d’ailleurs ?) mais cette
terre lui avait tant apporté... Elle l’avait poussé à
découvrir toujours plus de choses. Et parfois, cette terre l’avait
sauvé d’une mort certaine après l’ avoir poussé
vers sa fin. Mais toujours cette terre le fascinait. Pour rien au monde, il
ne renoncerait à cette nouvelle terre.
Rien, sauf...
Thomas, conscient qu’il se perdait dans ses pensées, reprit le
contrôle de son attention. Je ne doit pas penser à cela. pas à
lui. Pas maintenant en tout cas. Il y a trop a faire pour le moment...Mais...
D’un regard, Thomas confirma à Anne le son qu’elle avait
cru percevoir au dehors. Anne se tendit un peu plus, et elle vérifia
une ultime fois que son arme était en position de tir.
Thomas, lui, se concentra encore plus... Le bruit était léger,
très léger. mais maintenant qu’il faisait nuit, le moindre
son portait loin. Deux minutes suffirent à Thomas pour dresser une carte
mentale des intrus. Ils sont sept... Non, il y en a huit. Trois sont à
la porte d’entrée. Il y en a deux autres à la fenêtre
du salon. Et trois encore dans le jardin. Ils sont derrière chacun des
grands arbres...
Thomas se détendit alors. Il se leva. Anne tenta de protester en silence
mais Thomas, en ravivant la lumière, lui fit rapidement comprendre qu’il
n’y avait aucun danger.
“ Ce sont tes collègues, Anne. Nous ne risquons plus rien.
- Tu... Tu en es sûr ?
- Pratiquement. Ils se sont déployés selon un schéma qui
me fait dire que ce sont des militaires, pas des tueurs. Tu veux bien ouvrir
le rideau du salon ? Inutile de laisser tes amis me ruiner les tentures. Elle
me coûtent assez cher comme cela...”
Thomas rangea son arme dans le tiroir, et il le referma. Après avoir
repris le CZ des mains d’Anne, il se dirigea vers la porte d’entrée
qu’il déverrouilla.
Aussitôt, et comme il s’y attendait, Thomas fut projeté en
arrière sous le coup d’une violente poussée de la porte.
Sous le coup de la surprise, Anne ne put s’empêcher de pousser un
cri d’ effroi. Elle vit deux hommes vêtus de tissu noir plaquer
son ami au sol, le mettant en joue de leur SigSauher réglementaire.
“ Ne bouge pas salopard !!”
Le troisième homme, toujours debout, pointa son arme en direction de
la jeune femme. Rassuré sur son identité, il baissa son arme et
il entra, murmurant dans son micro casque aux hommes restés à
l’extérieur que tout était sous contrôle. Une fois
entré, il enleva sa cagoule et dès lors, Anne le reconnut...
“ Colonel ! C’est bien vous...
- Anne... Rassurez vous, vous êtes en sécurité maintenant.
- Vous m’avez vite retrouvée... Thomas avait raison.
- Bien sur que j’avais raison... Dites colonel, vous pouvez dire à
vos deux molosses de bien vouloir se relever ? Je commence à étouffer,
moi...
- Qui êtes vous ?
- C’est un ami, colonel... C’est la personne que je suis allée
voir cet après-midi...
- Relevez-vous...Qui êtes vous ?
- Thomas Quentin. Je suis le propriétaire de cette maison.
- Très bien. Je vous remercie de votre aide, mais nous allons partir
maintenant. Anne, vous venez ?
- Je vous suis. J’en ai juste pour une seconde colonel...Thomas, je dois
y aller, maintenant. J’espère te revoir rapidement. Fais très
attention à toi.
- A toi aussi, Anne. Dis moi quand tu seras en mesure de rentrer, je viendrai
te chercher.”
Anne gratifia alors Thomas d’un vigoureux baiser sur la bouche. Elle aimait
bien la saveur qui en filtrait. Chaude, humide et délicieusement attirante.
“ Quel dommage que tu ne veuille pas des femmes...”
Et avant que Thomas ne puisse répliquer, Anne partit, encadrée
par ses deux collègues.
Le colonel s’apprétait à la suivre et à partir mais
Thomas s’adressa alors à lui...
“ Excusez-moi colonel...
- Oui monsieur ?
- Pourriez vous m‘accorder une petite minute ? J’ai quelque chose
à vous demander.
- Désolé monsieur, mais je ne peux rester. Au rev...
- J’insiste, colonel...”
Thomas, ressortant le CZ qu’il avait dissimulé dans son dos, sous
son sweat, juste avant que les deux gendarmes ne l’ait plaqué au
sol, en pointa le canon vers le colonel.
“ Je veux juste vous parler une petite minute.
- ...
- ...
- Livier ?
- Oui ?
- Attendez moi une minute.
- Bien colonel.”
A l’invitation de Thomas, le colonel pénétra plus en avant
dans le salon, se mettant hors de vue de ses subalternes, mais toujours à
portée de voix.
“ Que me voulez vous ?”
Thomas baissa son arme. Il la retourna et la tendit, canon pointé vers
lui, au colonel.
“ Je veux juste vous parler, je vous l’ai déjà dit...”
Prudent, le colonel s’avança et, d’un geste brusque, il s’empara
de l’arme de Thomas.
“ Comme vous le voyez, je ne vous veux aucun mal. Je veux juste que vous
m’écoutiez un instant.
- Vous vous expliquerez devant le juge. Menace à agent, vous allez manger
sévère.
- Si vous faites cela, Anne Beaulieu est morte.
- Des menaces ?
- Un constat. Anne est une bonne amie à moi, et je ne veux pas qu’il
lui arrive du mal. Je ne sais pas ou vous allez la cacher mais vous devez savoir
une chose. S’ils se lancent à sa poursuite, quelque soit l’endroit,
quelque soit la protection mise en place, ils la tueront. C’est une simple
question de temps. et vous le savez très bien.
- Ne vous en faites pas pour ça. Nos services sont parfaitement capables
de la protéger le temps nécessaire.
- Comme la petite secrétaire pakistanaise ? Et sa mère ? Et sa
sœur ?”
Thomas n’eut pas besoin d’en rajouter. L’argument avait fait
mouche.
“ Je ne doute pas un instant que vous ayez fait votre travail de renseignement
correctement. Vous savez donc qui je suis. Du moins en gros. Vous devez savoir
que je possède quelque chose qui peut vous donner ce dont vous allez
cruellement manquer bientôt.
- De quoi allons nous manquer ?
- De temps.
- De temps ?
- Oui, de temps. Je sais que vous êtes capable de faire votre travail
correctement. Vous réussirez à démanteler le trafic de
ce nouveau genre de Crack, je n’ en doute pas une seconde. Mais quand
réussirez vous à le faire ? Avant ou après la mort d’Anne
?
- Et que me proposez-vous ?
- De mettre mes sociétés à votre service. En toute discrétion,
bien entendu. Je possède du personnel en nombre venus tout droit des
prisons. Ils se sont rangés et ils veulent le faire savoir. Ils sont
tout à fait capable de nous ramener des informations plus rapidement
que vous ne l’imaginez.
- Je sais que vous employez des repris de justice, j’ai vu votre émission...
Mais je ne crois pas que mes supérieurs voudront d’une telle aide.
- Simple question de présentation, croyez-moi... Si vous m’ammenez
à eux, je me fait fort de les convaincre.
- De la même façon que vous m’avez attiré dans votre
salon ?
- Je ne crois pas que ce soit nécessaire d’aller jusque là...
Réfléchissez bien, colonel. Je peux vous apporter une aide précieuse
et la réussite rapide d’une telle opération ne pourra qu’être
bénéfique pour vous et vos hommes. Le préfet et les politiques
locaux s’en réjouiront et de mon coté, je sauve une amie.
Qu’est-ce qui pourrait vous pousser à refuser mon aide ?
-...
- Alors c’est entendu... Vous connaissez mon nom et mon adresse. Je vous
recevrai dans mon bureau demain en fin de journée pour mettre au point
les détails.
- Qui vous dit que je vais accepter de parler de vous ?
- Mon flair, tout simplement. Et aussi le fait qu’ avec ou sans vous,
je lancerai mes hommes dans l’opération. Mais les informations
que j’obtiendrai avant vous, je ne vous les communiquerai pas. En revanche,
vos supérieurs, une fois l’affaire terminée, recevront un
petit rapport sur les dessous de cette histoire et en cas de casse, je ne donne
pas cher de votre grade, vous pouvez me croire.
- Vous me menacez ?
- Je ne menace personne, colonel. Mais je tiens toujours les promesses que je
fais.
- Et si je vous embarque pour menace à agent ?
- Vous pouvez toujours essayer... Mais l’arme que vous avez en main est
déclarée. J’ai le permis dans ce bureau et je vous rappelle
que vous avez fait irruption sans invitation dans une habitation privée.
Mon amie témoignera qu’elle n’était pas en danger
et au final, un non-lieu sera prononcé. Du temps perdu et un beau gâchis
de papier... Je peux vous apporter une aide très précieuse, colonel.
Ne gâchez pas cette chance. Ne serait-ce que pour les trois femmes qui
se sont fait déjà massacrées.
-... Je ne vous promet rien, monsieur Quentin.
- A demain alors.
- C’est ça... Au fait, je garde cette arme en attendant de voir
votre permis. Demain, cela vous va ?
- Aucun problème. A demain.”
Furieux d’être ainsi mis devant le fait accompli, le colonel regagna
le véhicule de gendarmerie qui se trouvait tout près de là.
Avisant les deux hommes qui l’avaient accompagné, et pensant à
l’arme qu’il avait en mains...
“ Livier, Bernot...
- Oui colonel ?
- Huit jours de trou. Ça vous apprendra a sécuriser convenablement
une zone et à fouiller un suspect totalement. Et si vous dites un mot,
j’en rajoute huit de mieux...”