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Et le dimanche vint. Thomas constata
avec dépit que le soleil ne se montrerait pas de la journée. L’entrevue
de la veille avec le préfet Bléno avait tenu les promesses que
Thomas s’était imaginées. Le colonel Pastitru avait tenu
sa parole en rapportant l’offre de Thomas et cette dernière avait
été acceptée. Thomas y voyait le signe que l’affaire
était suivie en haut-lieu et que des résultats rapides étaient
attendus. Thomas pensa également que le président pouvait avoir
été mis au courant et qu’il avait sauté sur l’occasion
pour ordonner d’accepter son aide afin de pouvoir lui pourrir l’existence
encore un peu plus.
Mais là, Thomas acceptait de courir ce risque. Anne était une
amie et elle en valait la peine.
Aussi dès la fin de l’entrevue préfectorale, Thomas avait-il
convoqué l’ensemble du personnel de permanence ce jour de ses deux
sociétés ainsi que quelques autres, les plus susceptibles de pouvoir
lui apporter son aide dans cette affaire délicate. Devant son bureau,
se trouvaient vingt-deux hommes. Tous employés. Tous sortis plus ou moins
récemment de prison. Tous ayant un lien direct ou non avec le monde de
la drogue, le monde des barbouzes et le monde musulman. Aucun des vingt-deux
hommes ne savaient encore la raison pour laquelle ils avaient été
convoqués la veille, et les rumeurs sur la mauvaise santé financière
des deux sociétés leur faisaient craindre l’annonce d’une
charrette de licenciés prochaine, et qu’ils en faisaient partie.
Thomas commença d’ailleurs par dissiper cette crainte...
“ Bon messieurs, si je vous ai convoqués ce matin, c’est
pour vous entretenir d’une affaire particulière.”
Assis sur le coin de son bureau, Thomas, constatant les traits inquiets de ses
employés, enchaîna.
“ Je veux tout de suite vous détromper sur un point que j’imagine
inquiétant pour vous. Je ne compte licencier personne d’Intrusions
comme d’Investigations. Ce n’est pas pour cela que vous êtes
ici.”
Thomas, avec plaisir, constata qu’il avait prononcé la bonne phrase
car beaucoup de visages se décrispèrent. Certains restèrent
inchangés, se demandant toujours pourquoi ils avaient été
convoqués.
“ Le hasard de l’existence a fait que je me trouvé mêlé
à une sale histoire. Sans rentrer dans les détails, je vous informe
que pour avoir protégé une amie à moi, je suis désormais
la cible d’un réseau de trafiquants internationaux. Il s’agit
de trafiquants de drogue.”
Thomas observa à ce moment que quelques visages s’obscurcirent.
Il nota les noms mentalement.
“ Je suis, je pense, de taille à faire face à ce problème.
D’autant plus que la police est au courant mais si je vous ai demandé
de venir ce matin, c’est pour vous faire une offre. Un travail de recherches
et d’informations. Je me suis mis d’accord avec les autorités
afin de leur proposer mon aide, avec votre appui.”
Un nouveau coup d’oeil circulaire renseigna Thomas sur la tendance. Inquiétude
plus ou moins prononcée, et de la curiosité. Quelques visages
dirent à Thomas que la suite de l’histoire se ferait sans eux.
“ Si vous êtes ici ce matin, c’est que de tout mon personnel,
j’estime que vous êtes les plus à même d’aider
les forces de l’ordre de par vos origines, vos croyances, et vos crimes
passés.”
Thomas constata à ce moment-là que les hommes se dévisagèrent
chacun à leur tour, histoire de déterminer quels étaient
les points communs. Thomas savait qu’ils avaient vite compris, mais au
cas où, il précisa sa pensée.
“ Selon les autorités, la ville à affaire à des trafiquants
orientaux. De lourds soupçons pèsent sur un réseau pakistanais
qui profiterait de la frange intégriste du monde musulman pour importer
leur poison dans ce pays, en vue d’une série de tests de consommations.
Le... produit testé est tout ce qu’il y a de redoutable. Un produit
facile à importer et à cacher, pratiquement indétectable
par les moyens classiques, peu cher mais très addictif. Nous avons l’occasion
de contrer l’offensive car le réseau n’est pas encore solidement
implanté, et pour cela, il me faut votre aide.”
Personne ne prit la parole. Thomas poursuivit donc.
“ Je ne forcerai personne. Ce travail est dangereux. Très dangereux.
Et je veux que ceux qui ont d’ors et déjà choisis de ne
pas y participer sachent que je ne leur en voudrai pas de ne pas me suivre.
Si vous voulez d’autres précisions, je suis ici pour répondre
à vos questions. S’il n’y a aucune question, alors je demanderai
à ceux qui voudront participer à cette opération de revenir
ici à une heure, quelque soit son emploi du temps défini. Quand
aux autres, vous voudrez bien rejoindre vos postes et vos missions déjà
définies. Vu le danger extrême, je ne vous en voudrai pas de ne
pas venir, je vous l’ai dit. Il n’y a pas de honte à suivre
ce que son cœur lui dicte. Et j’entends que pour tous ici ce soit
également le cas. Des questions ?”
Entre eux, les vingt-deux employés se dévisagèrent. Quelques
phrases murmurées en arabe parvinrent aux oreilles de Thomas qui, peu
formé à cette langue, n’ en saisit que quelques bribes.
Mais des questions, au final, il n’y en eu aucune. Thomas les congédia
alors, pariant mentalement sur le nombre de personnes qui reviendraient dans
son bureau trois heures plus tard. Tous sortirent et une fois tout le monde
dehors, Claire, qui venait d’arriver, entra.
“ Claire ? Mais qu’est-ce que tu fais la ?
- Je viens travailler, tiens !
- Je suis désolé, Claire, mais cette fois, j’ai peur que
tu ne me soit d’aucune utilité. Rentre et laisse moi régler
cette histoire, tu veux bien ?
- Dans tes rêves, mon cher patron... Tu as un gros problème, alors
je viens t’épauler. Ça sert à ça, les employés
et les amis non ?
- En tant qu’employée, ce n’est pas ton jour de permanence.
et en tant qu’amie...Eh bien les amis selon moi servent plus à
attirer les problèmes qu’autre chose...
- C’est sympa de me dire ça...
- Et je le pense vraiment... Anne m’a fourré dans un beau merdier.
Je vais m’en sortir mais je ne veux pas courir le moindre risque inutile.
Claire, je t’ordonne de ne pas te mêler de cette histoire. Tu m’as
bien compris ?
- C’est le patron ou l’ami qui me parle, là ?
- Ce sont les deux. Cette histoire est trop dangereuse et, je te présente
par avance toutes mes excuses pour ce que je vais te dire, mais ton fauteuil
est un handicap trop grand à surmonter.
- Je...
- Non, Claire, n’insiste pas je t’en prie. Je pense que ceux qui
vont accepter de venir cet après-midi suffiront à réunir
tous les renseignements sur le terrain. Et pour le coté informatique,
je me débrouille suffisamment pour pouvoir me passer de tes services
pour ce cas.
- Je n’arrive pas à le croire... Tu ne me fais pas confiance ?
Je suis capable de me défendre, même clouée sur cette saloperie
de chaise, tu sais. J’ai...
- Te défendre ? Ah ! Et avec quoi ? Tu vas aveugler tes agresseurs avec
des autocollants “ je vais pas vite mais je suis devant vous !”
? Claire, sois lucide je te prie. Vendredi dernier, je me suis retrouvé
face à un Desert Eagle avec un Python déchargé. J’ai
réussi mon coup de bluff mais si tu avais été avec nous,
tu te serais pris une balle en pleine tête, tu peux me croire ! Claire,
je vais délibérément être méchant avec toi,
mais crois moi, c’est pour ton bien. Pour cette fois, tu es un poids mort.
Et je n’ai ni l’envie, ni l’intention de m’encombrer
d’une personne inutile comme toi.
- ...
- Ça te suffit, comme raisons ?
- Thomas, tu es vraiment un sale con parfois...
- Bien. La question est réglée. Maintenant, tu peux rentrer chez
toi. J’ai encore des préparatifs à terminer.”
Sans un mot, Claire, le regard méprisant, retourna son fauteuil et s’en
retourna chez elle. La porte violemment claquée derrière elle
rassura Thomas. Elle était vraiment en colère. Et elle se mêlerait
pas de cette histoire, même si Thomas se retrouvait avec un couteau sous
la gorge.