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Le colonel, gêné par la faible luminosité, demanda à ce que l’on allumât les lumières. Un planton exécuta sa demande et le bureau du préfet se retrouva baigné d’une forte lumière. Tous accueillirent le surplus de photons avec satisfaction.


“Bon, qu’avons nous de neuf ?”


Le préfet, qui venait de faire cette demande, avait trois autres hommes, ainsi qu’une femme, de l’autre coté de son bureau, face à lui. Il y avait le Colonel Pastitru, chef de la section locale des Forces Spéciales de la Gendarmerie. A coté de lui, se tenait Marie-Anne Aphros. Cette femme d’une quarantaine d’années était la chef de la section antidrogue de la police nationale. Sur sa gauche encore, se tenait Wolfgang Sully, le délégué aux stupéfiants du Deuxième Bureau, le très secret et très connu service de contre-espionnage français.
Et à sa gauche encore, faisant un peu tache dans cette ligne de superflics, Thomas Quentin.
Wolfgang, dont les services avaient pour rôle de surveiller les communications, prit la parole.


“ Nous avons eu une communication sur le numéro de portable que notre agent nous avait indiqué avant de disparaître si tragiquement. En voici une transcription.
- Avez vous pu déterminer la destination de cet appel ?
- Oui et non... Le numéro joint était semblable aux autres, mais cette fois la zone de réception était encore différente. L’appel a cette fois abouti sur un relais dans la zone de Francheville.
- Un portable voyageur ? Pas mal... Laissez-moi deviner, le numéro est celui d’un portable sans abonnement ?” Se risqua Thomas.
“ Exact. L’origine est toujours la même mais le destinataire change toujours de lieu de réception.
- Excusez cette remarque ironique, mais étant nouveau sur ce dossier, je n’ai pas eu accès à tout encore...
- Et comptez sur nous pour que cela continue, monsieur Quentin. Vous n’êtes ici qu’en tant qu’aide extérieure. Vous n’aurez accès qu’à certaines informations. Vous comprendrez qu’en tant que civil, certains détails ne doivent pas vous être divulgués, poursuivit Marie-Anne.
- Bien entendu, madame. J’ignorais juste que la police était désormais un corps militaire...
- Quand vous en aurez fini avec votre guéguerre, on pourra continuer, peut-être ?
- Désolé...
- Désolée...
- Je préfère ça... En tant que préfet, je vous rappelle qu’une bonne coordination est nécessaire à la réussite de l’opération “Coup de balai”. L’échec n’est pas admissible. Et comme vous avez la langue bien pendue, monsieur Quentin, peut-être aurez vous de nouvelles informations à nous communiquer ?
- Je serai en mesure de le faire dans les heures prochaines. J’ai placé certains membres de mon personnel à des points précis. Voici d’ailleurs leurs identités et leurs photos. Au moment de l’assaut, il serait bon qu’aucun d’entre eux ne soit pris pour cible par vos forces de maintien de l’ordre.
- Bien evidemment...Je vais communiquer ces informations aux chefs sur le terrain.
- Merci, colonel. Trois d’entre eux se rendent désormais régulièrement à la mosquée de la rue Lénine, puisque c’est là que se trouve selon moi les personnels d’action de nos trafiquants. Les cinq autres vont remuer les indics et faire jouer leurs anciennes amitiés pour savoir ou peut bien se trouver le laboratoire d’expérimentation. Vous avez peut-être des sites suspects déjà non ?
- Malheureusement, non...Nous prenons pour base les lieux de réceptions des appels déjà émis mais ils sont nombreux et répartis sur toute la région lyonnaise.
- Et les filatures de notre homme en blanc, cela a t-il donné quelque chose ?
- Rien de concluant. Il se rend parfois dans les zones de réceptions mais les visites que nous faisons après nous ont prouvé que le laboratoire ne se trouvait pas là, monsieur le préfet. Nous savons comment ils communiquent, mais la localisation de leur laboratoire nous est toujours inconnue, malgré toutes nos recherches...”


Un homme en blanc ? Thomas se souvint alors de l’homme qui l’avait filé, lui et Anne. Se pourrait-il que ce soit le même ? Possible. Mais si cet homme est effectivement le même, pourquoi un responsable se chargerait-il d’une opération de filature lui même ? Manque de personnel ?


“ Et les derniers messages ? Que nous disent-ils ?
- Apparemment, les choses sont sur le point de s’accélerer. La direction s’impatiente de voir la mise au point se terminer, car ils vont envoyer un nouveau chimiste. Malheureusement, nous ignorons de qui il s’agit et d’où il va venir. Mais ils sont sur le point de réussir car ils commencent à planifier la liquidation de leurs complices mineurs et de leurs agents de liaisons.
- Hummmm... C’est intéressant, ça....
- Quoi ?
- Il ne sait pas à quoi ressemble leur nouveau chimiste...Et il veut liquider son protégé actuel... Je ne sais pas pour vous, mais je crois voir le moyen de savoir ou se trouve le laboratoire.
- Vous savez monsieur Quentin, nous y avons déjà pensé... Mais nous ne savons pas d’où viennent leurs précédents chimistes, ni comment ils arrivent. Le remplacer par un homme à nous est quasiment impossible dans ce cas-là, indiqua le colonel.
- C’est parce que vous n’utilisez pas les bonnes sources d’informations... Si vous me laissez carte blanche, je pense être en mesure de vous apporter l’information voulue dans les prochaines heures.
- Et comment comptez-vous faire, monsieur ? Demanda le préfet.
- L’un de leur agents de liaison est, j’en suis convaincu, un des deux hommes qui ont tenté de nous abattre, Anne et moi. Je compte utiliser la peur du pilote pour le pousser à parler.
- Sa peur ? Oui, c’est une bonne idée. Mais comment le pousser à tout nous dire ? Si nous le contactons, ses amis le sauront et changeront tous leurs plans, argumenta marie-Anne.
- J’ignore encore qui est le tireur, mais vu son degré d’amateurisme, je ne serai pas surpris que le pilote le connaisse bien. Je vais tout faire pour savoir qui c’est et me servir de lui pour l’approcher.
- Et comment comptez-vous le trouver ?
- L’organisation va faire appel à son “licencieur”. un dénommé Hassan. Je présume que vous avez un dossier sur lui, ou tout du moins des suspects ?
- Bien entendu...On peut vous donner accès à ces informations mais comment comptez-vous vous y prendre ?
- Comme vous je suppose. La seule différence est que mes capacités de réussir sont supérieures aux vôtres car moi, ils ne me connaissent pas. Ils ne savent pas que je suis dans le jeu et je compte sur l’effet de surprise pour mener à bien mon plan.”


Après un petit moment de concertation, la suggestion de Thomas fut acceptée. Muni des renseignements sur le dénommé Hassan, Thomas quitta alors la préfecture afin de régler les derniers détails.
Retournant à son bureau, il introduisit le disque dans son ordinateur et les données concernant Hassan apparurent. Thomas sortit alors du tiroir du bas de son bureau son modeleur.
De la taille d’une mallette, l’appareil, que Thomas avait chèrement acquis quand il avait quitté le, disons...Service, s’ouvrait comme un ordinateur portable.
Comme un tel appareil, il se branchait sur le courant et il avait sur sa partie supérieur un écran. De la base, un scanner détachable permettait d’entrer dans la mémoire de l’appareil le profil d’un visage à partir de n’importe quelle source, vivante ou non. Le dossier d’Hassan comportait des photos de face et de profil. Mais pas de la même taille. Thomas en modifierait quelques particularités afin d’avoir un masque de maghrébin ressemblant. L’appareil aurait un peu de mal, mais sa partie mécanique, alimentée par un polymère particulier et un système de découpe laser, lui donnerai dans l’heure qui suivrait un masque de théâtre. Un masque qui, correctement appliqué, ferait de Thomas un jeune immigré crédible.
L’illusion serait complétée par un baume de couleur adéquate appliqué sur les mains et les avant-bras. Un ultime passage dans les réserves de la cave de l’immeuble lui fournirait une tenue adéquate. Thomas, avec ses cheveux brun ultra-court, se décida à se passer de perruque pour cette fois. Dans une heure, Thomas serait devenu Abdel.
Et la fiesta pourrait alors commencer...