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“ Mehdi...Mehdi, ça va
mon petit ???”
Aïcha, de sa douce voix de mère, s’inquiétait. Elle
avait vu son fils rentrer quelques minutes plus tôt avec une tête
épouvantable. Connaissant son état de santé, elle n’était
pas surprise de le voir souvent avec un visage défait mais là,
cela dépassait tout... Mehdi s’était enfermé dans
la petite salle de bain et depuis trois minutes, Aïcha n’entendait
rien d’autre que l’eau couler.
“ Tu vas bien ? Tu as bien pris tes médicaments mon chéri
?”
Le filet d’eau coulait sur la tête du jeune homme. Mehdi avait espéré
que l’eau le calmerait et l’isolerait un peu de l’extérieur,
mais la voix de sa mère lui parvenait tout de même un peu. Son
esprit était tout embrouillé. Brouillé par la peur.
“ Ils vont me tuer...Allah... Ils veulent me tuer....Pourquoi...Je n’ai
pas mérité cela, Tout Puissant...”
La peur de mourir ne quittait pas le jeune homme. Rassemblant quelque peu ses
esprits, il trouva la force d’articuler quelques mots mensongers, faisant
état d’un violent mal de tête, afin de rassurer quelque peu
sa mère.
“ Maman...Et toi, qu’est-ce qu’ils vont faire de toi...Ils
vont te tuer aussi, maman...Ils ne voudront pas prendre le risque de te laisser...Ils
vont croire que j’ai parlé d’ eux. Des rendez-vous réguliers
au laboratoire. Des livraisons, petites mais régulières à
l’immeuble de l’imam...Et Nadège...Et Lila...Et Amina...
Heureuse Rachida... Tu ne vis plus avec nous depuis six mois...Cela te sauveras
peut-être... Oh Tout Puissant...Qu’est-ce que je vais faire ???
“
De toute sa jeune vie, jamais Mehdi n’avait été aussi désespéré.
Depuis dix-huit ans qu’il vivait, jamais il n’avait connu un tel
moment de peur intense, et de tristesse. Il n’était pas triste
pour lui, non, mais pour sa mère, qu’il révérait
par dessus-tout, et pour ses sœurs. La peur en revanche, il l’éprouvait
pour lui en premier lieu.
Peur... Depuis qu’il était retourné sur les traces du Prophète,
Mehdi n’avait plus eu peur de mourir comme son père avant lui.
Son père...Mehdi ne l’avait vu qu’en photos. Mort d’un
mal incurable trois jours après sa naissance seulement.
Peur...
Peur...
Mehdi laissa l’eau couler sur sa tête encore un instant, puis il
ferma le robinet, un peu calmé. Il se regarda alors dans le miroir. Il
vit son visage, marqué par la peur...
Peur...
“ Allah...Que vais-je faire...”
Prenant une grande inspiration, Mehdi se demande encore un moment ce qu’il
allait bien pouvoir faire pour s’en sortir quand une voix le tira de ses
réflexions...
“ Mehdi, ton téléphone !”
Amina, la plus jeune sœur, le rappelait au monde réel.
“ Quoi ?
- On t’appelle, crétin. Tu ne l’entends pas ?”
Tendant l’oreille, Mehdi se rendit compte effectivement que son portable
sonnait. Le son pré programmé lui disait que l’appel venait
du portable de Youssef, son ami et son complice dans les activités extralégales
de La Main Tendue.
“ Youssef... Il vont le tuer aussi...”
Comme une furie, Mehdi sortit de la salle de bain et se précipita dans
sa chambre. Il ne se rappelait plus ou il avait posé son portable. Le
son le dirigea vers sa table de nuit. Dans le tiroir...
Mehdi le prit et il décrocha la ligne. Au bout pourtant, rien ne vint,
si ce n’est le signal de ligne...
“ Non, coupé....”
Rageusement, Mehdi composa le numéro de son ami. Il attendit un instant
mais malheureusement, la voix suave et impersonnelle de la boîte vocale
résonna dans ses oreilles.
“ Putain non ! Youssef décroche ! Putain décroche merde
!
- Après le signal sonore. merci...”
Toujours aussi rageusement, Mehdi jeta son portable et se précipita sur
la porte. Comme un fou, il descendit les trois étages de l’immeuble
et se mit à courir vers l’immeuble ou vivait son ami. Trois cents
mètres... Il n’était qu’à trois cents mètres
de son ami... Courant comme un dératé, il ne fit pas attention
aux deux petites vieilles qu’il renversa sans le faire exprès sur
son chemin. Un seule chose importait. Avertir son ami du péril mortel
qu’il courrait.
Putain de merde, pourquoi je ne l’ai pas averti plus tôt !!!
Toujours en courant, Mehdi franchit la porte brisée de l’immeuble.
Il attendit l’ascenseur quelques instants mais voyant qu’il ne bougeait
pas, immobile au dixième étage, il prit la décision de
passer par les escaliers.
Mehdi montait maintenant les marches deux à deux, trois a trois parfois.
Au palier du dixième, Mehdi fut soudainement plongé dans le noir.
Surpris, il perdit une seconde à recouvrer ses esprits et chercha à
tâtons la porte de l’appartement de son ami. Depuis le temps qu’il
y venait, il n’avait besoin de nulle lumière pour retrouver la
bonne porte. Il la poussa, mais elle ne bougea pas. Bon signe. Mehdi frappa
alors comme un sourd.
“ Youssef....Youssef, ouvre c’est moi Mehdi....”
Les secondes s’écoulèrent. Le soulagement qu’avait
ressenti Mehdi en sentant la porte fermée redevint inquiétude.
“ Putain ouvre Youssef, tu m’entends...”
L’entendre, cela Mehdi ne savait pas si c’était le cas. Il
entendait la télé assez fortement au travers de la porte. Youssef
adorait faire hurler son poste et entendre ensuite hurler les voisins au sujet
du bruit.
Mehdi se souvint alors qu’il possédait un exemplaire de la clé
de Youssef, ce depuis que ce dernier avait perdu son trousseau au cours d’un
soir de bourre-gueule, bien avant qu’Allah ne se manifeste de nouveau
au cœur des deux apprentis malfrats.
Nerveux, Mehdi dut se reprendre à trois fois avant que le pêne
ne joue dans la serrure. La porte ouverte, Mehdi entra. Le couloir et le salon
étaient illuminés. la télé jouait maintenant plus
fort, bien évidemment. Mehdi s’abstint d’appeler son ami
car sa voix était couverte de toute façon par le poste. Dans le
salon, Mehdi avisa un pied et un bras dépassant du fauteuil, les deux
membres, posés de façon tout à fait normale, bougeaient
un peu de façon régulière.
Quelque peu soulagé, Mehdi s’avança. Il entra dans le salon
et, contournant un tas de revues de moto, se fixa face au fauteuil occupé
de son ami.
Le fauteuil tournait le dos à l’entrée du salon. Mehdi ne
vit son ami complètement qu’une fois parvenu face à lui.
Il tomba alors a genoux et se mit à vomir tout ce qu’il avait ingurgité
ce jour. Et même la veille. Et même l’avant-veille, pourra
t-il jurer plus tard.
Son ami se tenait correctement sur son fauteuil. Il avait la télécommande
sur les genoux et le bras droit le long du corps. Son tee-shirt blanc désormais
maculé d’un liquide rouge vif.
Mehdi le regarda à nouveau et, avisant la gorge largement tranchée,
se remit à vomir de plus belle.