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Une heure ! Il ne restait plus qu’une heure avant l’arrivée
du diplomate. Et donc, selon Thomas, une heure dix avant l’explosion.
Thomas sortit en courant du hall. Une ultime tournée ne lui avait apporté
aucune réponse satisfaisante. Toutes les buses de l’aération
étaient soit gardées, soit inaccessibles car impossibles à
y travailler dans l’isolation complète.
Que restait-il ? Les buses extérieures, et les niveaux de la machinerie,
ou se trouvaient les systèmes de chauffage, de climatisation. et les
moteurs de l’aération.
C’est là-bas, c’est sûrement là-bas ! Mais ou
est-ce ?
Thomas ne savait pas ou se trouvait le bâtiment dédié aux
ventilateurs. Il sortit de l’immeuble afin de mener ses recherches plus
tranquillement.
C’est sûrement en sous-sol. Thomas chercha alors, d’un pas
rapide mais non pressé afin de ne pas paraître suspect, une porte
susceptible de conduire aux machines.
A l’arrière, il n’y avait rien. Rien d’autre que l’accès
de plain-pied, permettant aux fauteuils roulants d’éviter les grands
escaliers. Thomas avait longé le long mur avant de se retrouver à
l’arrière du bâtiment. Et évidemment, ce qu’il
cherchait se trouvait sur le dernier coté fouillé. Une porte non
gardée, mais verrouillée. Et la serrure était de qualité.
Pas de poignée extérieure. Thomas scruta les environs. Une seule
caméra visible, l’objectif pointé vers la porte. Mais Thomas
savait qu’elle ne fonctionnait pas : le fil de l’alimentation pendait
dans le vide. Quand aux murs, ils étaient garnis de nombreux angles droits
(lubie architecturale) qui permettaient de travailler à s’infiltrer
tranquillement.
Ils sont déjà entrés. Et comme personne n’est venu,
soit c’est récent et les gardes ne sont pas encore venus, soit...et
bien soit ils ont un garde à leur service et celui-ci n’a pas signalé
la panne.
Dans les deux cas, la prudence s’impose. Thomas sortit de son étui
de cheville une lame de céramique et la prit dans sa main droite. Avec
la gauche, il poussa la porte.
Fermée. Et pas le temps de jouer du crochet.
Thomas remisa son couteau et passa la main à l’intérieur
de sa veste. Il toucha une irrégularité de la couture de la poche
intérieure et il tira dessus. Le tissu se déchira et Thomas en
extraya une fine plaque légèrement gélatineuse. Thomas
en détacha une bande, qu’il roula en boule. Le malaxage rendit
opaque la boule. Une fois celle-ci devenue grise, Thomas l’appliqua sur
la serrure de la porte. Il tira alors du fil de couture dont il plaça
une extrémité dans la boule. Il déroula bien le fil et
mit le feu avec son briquet à l’autre extrémité.
Le fil se mit alors à fuser rapidement et Thomas s’éloigna
le plus possible, se protégeant les oreilles.
La boule explosa avec une sourde détonation. Thomas espéra que
personne n’avait entendu. Ce n’était pas le moment pour avoir
de longues explications avec la sécurité...
Mais apparemment, nul ne vint. Thomas avait prit un risque calculé, mais
le son s’était sans doute noyé dans le bruit ambiant. Au
pire, quelqu’un aura pensé que le son venait de l’aéroport
tout proche.
Thomas se reconcentra sur la cage d’escalier qui se présentait
devant lui. La cage obscure s’éclaira quand Thomas pointa sa mini
torche. Doucement, il descendit. Arrivé en bas, il se heurta à
une nouvelle porte. Une rapide inspection lui révéla l’absence
de caméra. La porte était également verrouillée,
mais cette fois, Thomas se contenta de l’enfoncer d’un vigoureux
coup d’épaule. Économies, économies...
La salle sombre abritait bien les systèmes de ventilation. Mais Thomas
identifia, soudé à une buse de distribution, un dispositif qui
n’était en aucun cas d’origine.
Une inspection minutieuse et prudente plus tard, Thomas constata que cette fois
son hypothèse était la bonne.
Le système soudé était composé d’une base
posée sur le sol. Thomas ne pouvait pas voir ce qu’il y avait à
l’intérieur mais l’odeur qui s’en dégageait
était caractéristique.
Du salpêtre.
Thomas avait suivi suffisamment de cours d’explosifs pour savoir quoi
faire avec.
De la poudre à canon.
Ou un fumigène très puissant.
La base était reliée par une tubulure à la buse, mais un
second tuyau aboutissait lui à une bombonne de gaz de couleur orange.
Doucement, Thomas la fit tourner afin de voir le nom inscrit. Tol... Toluène.
Putain de merde...
Le plan des Green Warriors était désormais clair dans la tête
de Thomas.
Quand le dispositif se mettrait en marche, le salpêtre et le sucre, mis
en contact, produiraient un beau gaz fumigène qui serait répandu
par les aérations du grand hall. Le public, croyant à un incendie,
partirait, mais l’affluence limiterait le flux de sortie. Et la panique
finirait immanquablement par saisir la foule, rendant la sortie quasiment impossible.
Les personnes qui, au début du phénomène, se seraient trouvées
au centre du hall seraient pour ainsi dire mortes. Et parmi elles, les clients
de l’Horloge...
Ensuite, le toluène serait injecté dans le mélange. Le
toluène n’est pas mortel, mais assez irritant pour paralyser ceux
qui en respirent. Mais de toute façon, le gaz serait immanquablement
mis en contact avec une source de chaleur suffisamment intense pour provoquer
sa combustion.
Et alors, ce serait l’explosion des tuyaux d’aération. Et
la verrière ne résisterait pas.
Thomas se remémora alors ce qui’il s’était passé
au sein du hangar d’Agrifice. C’était la répétition
quasiment identique de ce qui allait se produire.
Une répétition, c’est à dire une préméditation.
Thomas chercha alors à désarmer l’engin. Sa montre lui donnait
encore une demi-heure.
Cool, tout le temps nécessaire.
En examinant la bomba à gaz, Thomas constata que la bouteille de toluène
avait été visiblement raccordée APRÈS la pose de
la bombe. Cela le confortait dans sa théorie de la brebis galeuse. Les
GW avaient pour but unique d’effrayer le public, mais quelqu’un
avait épicé la sauce. Il avait fait une première répétition
avec Agrifice. Mais malheureusement pour lui, il avait mal monté son
engin : l’ensemble avait immédiatement explosé avant d’envoyer
les fumigènes. Pas étonnant alors qu’il n’y ait eu
aucune revendication. La bombe d’agrifice n’était finalement
pas destinée à tuer. Information intéressante...
Thomas sortit son couteau. Il avait repéré deux vis et une irrégularité
dans la base du bloc de métal. Doucement, il dévissa. Doucement,
il retira les vis. Le caractère artisanal de la bombe écartait
l’hypothèse de pièges cachés. Mais c’est en
suant que Thomas retira la plaque. Une buse à allumage différé
y était fixé, et un mélange glucosé se répandit
sur le sol.
L’engin était neutralisé. Thomas, se redressant, coupa d’un
geste vif le tube qui reliait la bombonne de toluène à l’ensemble.
Plus de fumigène, plus d’explosion.
Thomas remonta alors, et, imaginant la suite, il se dissimula derrière
le talus qui bordait le mur. S’il n’y avait pas de patrouilles,
il allait rester là jusqu’à ce que le poseur (ou un complice)
ne vienne voir pourquoi nul dans les halls ne hurlait d’effroi. Thomas
le surprendrait alors et il le ferait parler.
De n’importe quelle façon...