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Regardant à gauche et à droite, l’homme se dirigea lentement sur le côté du grand hall. Sorti du bâtiment, il jeta un dernier coup d’oeil derrière lui et, constatant que visiblement personne ne s’intéressait à lui, il continua à marcher vers le mur latéral. Visiblement inquiet, il pressa le pas dès lors qu’il ne fut plus en vue du grand public qui continuait de se masser à l’entrée de la Foire Gastronomique.
Quelque chose n’allait pas.
L’engin avait eu une défaillance. C’était la seule explication possible. Pourtant, le matériel rudimentaire mais correctement monté aurait dû faire son office voilà un quart d’heure de cela et pourtant, aucun nuage géant n’avait recouvert le sommet de la verrière avant de retomber lentement sur le public.


Arrivé à la porte de la chaufferie, l’homme marqua un temps d’arrêt. La porte était bien fermée, mais quelque chose l’intriguait. La serrure était toute noircie. En s’approchant, l’homme senti l’odeur âcre de l’explosif qui avait servi à briser la serrure.
Quelqu’un était entré. Et sans aucun doute, il avait trouvé et neutralisé l’engin... Pris de panique, l’homme commença à reculer et à repartir quand il sentit une drôle de pression dans son dos. Comme si quelqu’un vous enfonçait un bâton...
Rapidement, il comprit, et il ne bougea plus. Ce n’était pas un bâton, lui disait son cerveau. C’est le canon d’une arme. Ne bouge pas ou tu es mort. C’est d’ailleurs ce que l’inconnu lui sortit alors...


“ Un cri, un geste et tu es mort. Compris ?”


Tremblant, l’homme hocha la tête de haut en bas.


“ Très bien. A tout de suite...”


Surpris par la réplique, l’homme marqua sa surprise. Cela ne dura que le temps ou il demeura encore conscient. Un violent choc sur le crâne le plongea dans l’inconscience.


A son réveil, l’homme sentit qu’il gisait sur un sol en béton. La tête douloureuse, il se redressa. Enfin, il tenta de se remettre debout mais rapidement il vit qu’il n’y parviendrai pas. Ses mains étaient attachées sur le devant. Ses chevilles aussi étaient liées et pour couronner le tout, une cordelette liait ses membres supérieurs et inférieurs, reliant les mains et les pieds ensembles. Et malgré ses efforts, aucun nœud ne lâcha. Redressant la tête pour voir ou il se trouvait exactement, il avisa alors une paire de jambes.
La pièce ou il se trouvait se trouvait apparemment en sous-sol, vu le sol en béton brut. Pas de fenêtre, pas de bruit autre que celui du climatiseur. La seule lumière émanait d’une petite lampe de poche posée de façon à ce qu’elle n’éclaire que le bas de la pièce. L’inconnu qui se tenait debout face à lui avait le buste et la tête dans le noir le plus complet.


“ Pour tout vous dire monsieur Mauricet, je suis assez déçu de vous voir ici...
- Que... Quoi ? Qui êtes-vous ?
- Mon nom n’est pas le sujet de cet entrevue, monsieur Mauricet.
- Je... Je vous connais ?
- Pas vraiment. Disons que l’on s’est croisé une fois.”


Mauricet, ligoté, entendit alors que l’inconnu portait sa main à sa veste. Il en sorti un objet. Ses yeux s’habituant peu à peu, il cru discerner un carnet. L’homme vit sans doute que sa vue s’améliorait car d’un rapide mouvement, il fit pivoter le faisceau de la lampe torche. Les yeux de Mauricet reçurent la lumière de plein front un court moment avant que l’inconnu ne remette la lampe dans sa position originelle. Par la suite, il allait plusieurs fois user du même stratagème afin de l’empêcher de discerner son visage.


“Alors... Monsieur Lucien Mauricet. Vous êtes né le 24 janvier 1969. Vous avez fait des études de... philosophie je crois. Vous avez abandonné en seconde année pour vous orienter vers la sociologie. J’ai bon ?
- Euh... Oui...
- Tant mieux... Vous avez fréquenté la faculté de Paris 9, vous y avez connu votre première épouse. Mariage, deux gosses et divorce. Roh c’est pas bien ça !!!
- Quoi ?
- Redevenons sérieux... Vous travaillez pour le compte du ministère des affaires familiales. Vous avez deux comptes en banque, débiteurs tous deux, deux livrets d’épargne peu remplis. Vous vous êtes remarié il y a trois ans et vous militez chez Greenpeace depuis neuf ans maintenant. Vous êtes doué, doté d’un certain charisme, sérieux dans votre travail et très dévoué en ce qui concerne le milieu associatif. Ce qui m’amène à la grande question...
- Oui ?
- Pourquoi faire carrière dans le terrorisme ?
- Je... Je ne suis pas un...
- Et poser des bombes, c’est une action d’utilité publique ?
- Je... Je ne sais pas de quoi vous parlez.
- Monsieur Mauricet, pour vous parler franchement, je pensai plutôt voir votre gros roquet, là... Je n’ai plus son nom en tête...
- Qui ?
- Peu importe... Vous voyez votre engin là ? Vous savez combien de personnes vous alliez tuer ce soir ?
- Je... Mais non c’est sans danger...
- Ah oui ?
- On est pas des idiots quand même ! Il y a une régulation... Les fumées ne se seraient répandues que lentement. Tout le monde aurait eu le temps d’évacuer...
- Comme chez Agrifice ?
- Quoi ?
- Agrifice. La boîte que vous avez menacée à Vernier-Sur-le-Rhône.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez. Nous n’avons rien à voir avec cela.
- Vraiment ? Et ça c’est quoi alors ?”


L’homme avait sais la lampe torche. L’homme reconnu dans le faisceau de lumière l’engin fumigène. Mais pas la bombonne de gaz orange qui se tenait à côté.


“ Vous voulez me faire croire que vous ne savez pas ce que c’est ?
- Non... L’engin oui, on l’a monté et amené ici... Un des garde nous est acquis, il nous a fourni un double de la clé... Mais la bouteille, c’est quoi ?
- Vous voyez qu’un tube la reliait à votre bombe ?
- Ce n’est pas une...
- Peu importe ! Elle y est reliée oui ou non ?
- Euh... Oui. C’est quoi ?
- Savez-vous ce qu’est le toluène ?
- Non. Je suis nul en chimie. C’est un gaz ?
- Exactement. Inerte à température ambiante, il se contente d’irriter fortement les poumons de ceux qui le respirent. Je ne vous raconte pas ce qui se passe quand la personne est asthmatique... La bouteille à été volée à une entreprise qui porte la marque de votre visite. Les Green Warriors. Mais savez-vous ce qui se passe quand le gaz est chauffé à plus de cent cinquante degré ?
- Non...
- Il explose ! Et avant de toucher une buse de cuisson dans le grand hall, le contenu de la bouteille se serait répandue dans toute la salle !
- Non... Vous délirez...
- Malheureusement pas ! Vous alliez tuer une bonne quantité d’innocents et une personnalité bien précise.
- Comment ?
- Vous avez dit que vous étiez nul en chimie. Je pense donc que ce n’est pas vous qui avez monté l’engin...
- Non en effet.
- Et bien cette personne vous a bien baisé ! Saviez-vous que ce soir l’ambassadeur des États-Unis allait se trouver dans la salle principale ?
- ...
- Alors ?
- Par la presse, oui... On s’est dit que nous aurions plus de publicité comme cela... Mais nous ne l’avons su qu’après avoir choisi cet endroit pour faire parler de nous.
- Je n’en crois pas un mot.
- Mais si ! C’est la vérité !
- Vous êtes pitoyable... Je crois que en effet, vous croyez SINCÈREMENT que c’est la vérité, mais ce n’est pas le cas... Vous êtes le bouc émissaire rêvé.
- Pour qui ?
- Pour la personne qui a monté l’engin et surtout l’ensemble de l’opération. Vous n’avez pas remarqué que toutes vos cibles sont liées entre elles ?
- Comment cela ?
- Le toluène a été volé dans une entreprise qui appartient à un grand groupe industriel qui possède également Agrifice. Vous avez perturbé une émission de télévision (ce dont je vous en remercie par ailleurs...) qui appartient en partie à ce groupe. Le chantage a porté sur une personne par ailleurs membre d’un important syndicat patronal et aussi actionnaire de ces sociétés.
- Je... Je n’en crois rien...
- Croyez ce que vous voulez. Je vois clair dans le jeu des Green Warriors. Vous estimez que Greenpeace n’est plus assez efficace. Vous passez à la vitesse supérieure mais qu’y a t-il après l’action militante et politique ? Le terrorisme !
- Non ! Nous sommes des activistes ! Nous ne tuons personne !
- Vous avez déjà huit morts sur la conscience ! Il est un peu tard pour faire de l’angélisme !
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler ! C’est vrai, nous avons réalisé des actions d’éclat afin de sensibiliser le public à nos vues. mais nous n’avons fait de mal à personne !
- Vous voulez savoir comment je vois les choses ?
- Faites !
- Je crois que vous êtes une dupe ! Je crois que vous êtes sincères dans vos paroles et vos revendications. mais tout comme vous avez parasité Greenpeace, votre mouvement est lui aussi parasité, et pas par des enfants de chœur !
- Quoi ?
- Votre association sert de trompe l’oeil à de dangereuses personnes qui se servent de vous pour leurs mauvais coups. Vous croyez sincèrement lutter pour le bien commun, mais vous abritez de dangereux loups dans votre petite bergerie...
- Vous délirez là...
- N’ais-je pas raison ? Vous avez manifesté contre Agrifice, et quelques semaines plus tard, la société explose !
- C’est vrai, nous sommes contre leur Cumuve. Mais nous n’y sommes pour rien sinon !
- Mais si ! Je suis certain que quand la police vous trouvera ici avec l’engin, elle trouvera suffisamment de similitudes pour vous faire condamner à la prison à vie.
- Je n’en crois rien...
- Moi je vous parie que si... Bien évidemment, vous aurez la clémence du jury si vous coopérez et si vous dites qui a monté ces engins.
- Je ne dirai rien.
- Moi je crois que si... Je n’ai pas le temps ni la possibilité d’attendre leur arrivée, aussi vous allez être gentil et me dire tout ce que vous savez... Absolument tout...
- Vous rêvez...
- Alors je n’ai pas le choix... Vous allez parler, je vous le garantit...”


L’homme s’avança alors vers Mauricet. Il s’accroupit, mais son visage demeura dans l’ombre. Mauricet en revanche vit très bien la lame de céramique se poser sur la carotide. L’homme appliqua alors une légère pression et un peu de sang perla de la peau entaillée.


“ Sois vous parlez, soit je vous tranche la gorge. A vous de voir.”
Mauricet, épouvanté, commença alors à parler...