Tremblant, une grande coulure de sang sur le torse, Mauricet attendait quel
pouvait bien être son sort.
Debout, satisfait des réponses obtenues par une coupure simple sur la
gorge, Thomas se demandait quoi faire désormais.
A genoux, Mauricet commençait à pleurer. La tension nerveuse qui
jusque là l’avait protégé d’une telle humiliation
avait commencé à disparaître. et maintenant ses larmes coulaient.
Dos à l’homme, Thomas explorait les différentes options.
La première consistait à agir soi-même. Ce n’était
pas hors de sa portée, mais cela impliquait que le pleureur soit mis
hors de la circulation. Assommé, tué, hypnodolé...
Thomas fixa son poignet ou se trouvait normalement le bracelet qui lui permettait
de diffuser son redoutable Hypnodol. Il ne le portait pas sur lui, car il n’avait
pas prévu de l’utiliser, mais cela ne changeait rien à sa
réflexion.
Et puis finalement, non. L’hypnodol est horriblement coûteux et
puis, il ne faut pas que cela devienne un réflexe de l’utiliser.
Que reste t-il alors ? Le tuer ?
Non. Il n’a pas mérité un sort pareil.
L’assommer ? Envisageable, mais ensuite il faut le cacher. Pas question
de le laisser ici, un complice pourrait venir, ou tout simplement un machiniste...
Thomas se retourna alors, porteur de sa sentence.
“ Tu es vraiment chiant, toi...”
L’homme, pleurant toujours, porta un regard surpris et triste à
la fois.
“ Et puis après tout, je n’ai aucun intérêt
dans cette histoire... Je vais te laisser là et appeler les flics. Tu
te débrouilleras avec eux. Mais je te préviens. Si tu essayes
de les baiser ou de ne pas parler, je le saurai. Et là, rien ni personne
au monde ne te sauvera de moi. C’est bien compris ?”
L’homme resta quelques secondes sans bouger. Puis il acquissa lentement
et discrètement.
“ Bon. Je pense qu’ils seront là d’ici une heure au
maximum . Et veille à ce que je ne recroise plus jamais ta route. C’est
un bon conseil que je te donne...”
Sur ces derniers mots, Thomas remonta. Arrivé à la porte, il prit
la poignée, la tourna, et arrêta son geste.
Il resta quelques secondes ainsi, immobile, la main sur la poignée de
la porte. Puis il l’ouvrit. Comme il s’y attendait, huit hommes
en uniformes bleu nuit, le visage cagoulé, se tenaient devant lui. Thomas
ne fit pas un geste. Il porta son regard sur un neuvième individu, qui
lui avait le visage totalement visible.
Les huit hommes mirent alors Thomas en joue. Sans se démonter, il s’adressa
à l’individu.
“ Ils sont censés me faire peur, monsieur Sully ?
- Ce n’est pas le cas ?
- Bof. J’ai connu pire.
- Au fond, cela ne m’étonnerai pas... Baissez vos armes. Unités
trois six et huit, allez voir ce qui se passe au fond. Les autres, en couverture
de repli.
- Il n’y a qu’ un gars ficelé au fond, les mecs. Évitez
de lui pointer vos joujoux ou alors, ayez du pq avec vous, je crois qu’il
est pas loin de tout lâcher...
- Mes hommes en jugeront pas eux même. Venez, monsieur Thomas. Nous avons
a parler je crois.
- En effet, oui.”
Alors que, conformément aux ordres donnés, les Forces Spéciales
investissaient la cave, Thomas et Sully s’ éloignèrent afin
de régler tranquillement leurs problèmes.
“ Et maintenant ?
- Vous avez pris la bonne décision, monsieur Thomas.
- Je crois que oui. Je pense que j’en serai convaincu quand je repenserai
à tout cela au calme.
- Pour ma part, j’en suis certain. Je sais que vous aviez un lourd contentieux
avec eux, mais le voilà réglé désormais. Toute nouvelle
effusion de sang serait inutile. C’est à nous de jouer, et nous
allons bien terminer la partie cette fois.
- Mieux qu’avec l’ambassadeur...
- Vos persiflages sont intéressants, quoiqu’inutiles. L’immunité
diplomatique a toujours ses défenseurs et je dois lui reconnaître
de nombreuses qualités. Nous ne vivons pas dans un monde parfait, monsieur
Thomas. Et notre rôle nous impose de maintenir cette situation.
- Je crois que vraiment, je ne pourrai pas occuper un poste comme le votre.
- Comme je vous comprends... mais foin de discours philosophique. Qu’allez-vous
faire maintenant ?
- Eh bien rentrer chez moi, me prendre une douche, me coucher et essayer de
dormir.
- Et ensuite ?
- Oh vous vous inquiétez pour mon amie Claire ? Elle n’a rien à
craindre. Enfin, pas pour sa vie en tout cas. Pour le reste, je ne sais pas
encore comment je vais lui faire payer son association avec vous dans mon dos.
- Bah laissez son patron le faire à votre place.
- Son patron ?
- Oui, un type assez sympa au fond, même si parfois il se révèle
être le pire des salopards. Il porte votre nom comme prénom, d’ailleurs,
c’est une amusante coïncidence...
- J’en ai entendu parler, oui... Ce n’est pas quelqu’un de
facile à vivre. Il a des excuses mais bon...
- Oui en effet. Il a des excuses mais bon... Il devrait se souvenir que le travail
en équipe est la base du succès dans sa branche d’activité.
Il devrait savoir que la solitude finira par le tuer. Au sens littéral
du terme. Mais si comme vous dites, il a commencé à s’en
rendre compte, alors je ne pense pas qu’il faille s’inquiéter.
Il y a matière à s’inquiéter ?
- Je ne le crois pas.”
Thomas commença alors à sourire.
“ Quoi ?
- Je crois savoir comment cela va commencer pour Claire. Elle doit se lever
très tôt demain car elle a une journée très chargée.
Mais je crois que son salopard de patron va lui tenir la jambe toute la nuit
à lui parler. Qu’en dites vous ?
- Que je suis bien content de ne pas travailler pour vous...
- Pareil pour moi. Du moins gratuitement... Je dois y aller maintenant, à
une prochaine, j’espère...
- Moi de même.”
Et Thomas, tournant le dos à Wolfgang, s’en fut.
Fin de l’épisode