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Rentrer directement chez soi.
A la sortie de sa courte hospitalisation, Thomas avait pris la décision de rentrer directement chez lui, sans passer par la case bureau malgré l’heure relativement matinale. Vu ce qu’il avait vécu et le calme relatif qui régnait aux seins d’Intrusions et d’Investigations, Thomas estima normal de s’accorder une fin d’ après-midi de congé. Un rapide coup de fil passé dès que son sens de l’équilibre soit revenu avait suffit. Thomas, montant prudemment dans une voiture de location (sa voiture était toujours sur le parking d’Agrifice et il n’avait vraiment pas la moindre envie d’y retourner pour le moment...), remonta vers le nord. Parvenu au cœur du Couloir de la Chimie, il obliqua sur sa gauche et laissa le périphérique se continuer sur sa droite. Une fois le tunnel passé, Thomas prit la branche nord du contournement routier de la ville. Une sortie plus loin, il prit la route des Monts d’or qu’il atteignit enfin. Laissant la voiture face au portail, il en descendit, la referma et entra dans sa propriété. Il remonta l’allée en pente jusqu’à la villa qu’il avait acquise dès son arrivée. Il ne jeta pas un œil en arrière pour contempler la vue qu’il avait de la ville et il entra directement, refermant la porte derrière lui.


Soufflant un grand coup, Thomas laissa ses yeux traîner sur le salon qui donnait directement dans l’entrée. Il avait choisi cette maison en raison de plusieurs facteurs. L’agencement des pièces en était un. Le salon était une vaste pièce meublée de façon assez sommaire. La pièce en elle-même était comme creusée dans le sol. Une marche courrait tout du long de l’entrée pour y accéder. Au centre, un canapé qui donnait sur une grande baie vitrée. Sur le coté gauche, un buffet en bois foncé faisait contraste avec les murs couleur caramel clair. A droite, près du couloir qui menait au reste de la maison, une bibliothèque bien garnie. Que des livres en édition courante, aux pages marquées par de nombreuses lectures. Les thèmes ? Assez variés. Ouvrages encyclopédiques, romans, recueils de nouvelles d’ horreur ou fantastiques. Livres de botanique, d’astronomie et de “physique pour les nuls”. Thomas abandonna l’inventaire superficiel pour se rendre dans la cuisine. Ce faisant, il passa devant la porte du bureau. la pièce, plus petite et non-encaissée, était meublée d’un unique bureau sur lequel se trouvait un ordinateur. Thomas fit un léger crochet afin de l’allumer. En attendant que la machine ait fini d’installer ses logiciels sur sa RAM, Thomas se rendit dans la cuisine adjacente. Il ouvrit le frigo et en sortit une bouteille de lait presque vide qu’il acheva de vider dans son gosier après qu’un rapide coup de nez lui ait confirmé le caractère toujours potable de la boisson.


Avisant le poste de radio posé dans un coin du plan de travail, Thomas fit le geste de l’allumer mais il retint quelque peu sa main. Réglée sur les radios d’informations continues, le poste allait sans nul doute répéter une nouvelle fois ce que Thomas avait vécu le matin même. Thomas hésitait à devoir entendre une nouvelle fois tout cela. Après une petit seconde d’interrogation, il se dit que finalement, cela ne pourrait pas être pire que de le vivre en direct.


“...douze minutes, le rappel des titres, Amélie Pingeon.
- Huit morts et trente-neuf blessés ce matin à Vernier-sur-le-Rhône lors d’une violente explosion qui a gravement endommagé un ensemble de prototypes de la Société Agrifice. Ce matin à onze heures vingt, les bâtiments de productions de la société Agrifice, dont le siège social se situe au Luxembourg, ont été le théâtre d’une violente explosion d’origine criminelle qui a fait je vous le rappelle huit morts et trente-neuf blessés. La police a annoncé que l’explosif avait été placé au sein d’une unité expérimentale de culture en espace clos. En revanche, elle n’a communiqué aucune information quand à la nature de l’explosif, même si des rumeurs font état de la présence de toluè...”


Oui bon ok ça va... Pas une bonne idée finalement d’écouter la radio...
Ouvrant une nouvelle fois le frigo, Thomas en sortit cette fois un pot de fromage blanc qu’il commença à manger. La saveur claire et fraîche du fromage le calmait un peu. La vérité, que Thomas se cachait quelque peu, était qu’il avait été fortement marqué par la bombe. Pas au plan physique, non. La seule conséquence en étant une prise d’antibiotiques régulière et une interdiction formelle de se rendre à la piscine tant que ses tympans ne seraient pas à nouveau intacts (une question de semaines, pas plus).


Mais au niveau mental.
Thomas savait qu’il se trouvait là en présence d’un défi très difficile à relever. Se trouver sur le lieu d’une forte explosion, et en sortir vivant, blessé ou non.
Dans sa...disons Formation, Thomas avait appris que le commun des mortels réagissait de façon très négative à une telle épreuve. C’était logique, d’une certaine façon. Au traumatisme physique (optionnel), il s’y ajoutait toujours ou presque le traumatisme moral, pire que le premier. Et Thomas allait pour la première fois de sa vie affronter un tel challenge.
Oh bien sûr, des traumatises, il en avait vécu déjà. On ne survit pas impunément à la mort de l’homme que vous aimez sans se sentir coupable de sa disparition, surtout si comme dans le cas de Thomas, on avait effectivement une certaine part de responsabilité dans sa disparition.


On ne passe pas également une enfance ostracisé au sein d’une fratrie nombreuse qui elle avait toute l’affection nécessaire sans en sortir quelque peu marqué.
De la même façon, on ne sortait pas indemne quand, une fois la colère et la fureur dissipées, on voyait à ses pieds, ensanglanté et dépecé de sinistre façon, le corps de ce qui fut un humain vivant, quoique belle ordure lors de son existence.
Tout cela, Thomas l’avait vécu. A chaque fois, il avait pourtant surmonté les obstacles et le résultat en avait été une psyché relativement équilibrée et normale.


Cette fois pourtant, Thomas avait affaire à une épreuve nouvelle et cela l’effrayait un peu.
Non pas un peu. J’ai peur. J’ai failli me faire tuer aujourd’hui. Pas au travail. Enfin, si, d’une certaine façon...
J’ai failli me faire tuer sans que je ne voie rien venir. Et cette fois, ce n’est pas un piège à la con comme celui dans lequel je suis tombé à Montpellier.
C’est du terrorisme pur.


Fermant les yeux, Thomas se concentra sur une vision apaisante. Il chercha quelque chose pour calmer ses nerfs, mais rien ne vint. Thomas repensa alors à ce que Claire lui avait dit le matin même. Qu’il jouait un rôle. Qu’il était au bord de la dépression, et qu’il ne lui manquait plus grand chose pour y plonger.
Au fond de lui-même, Thomas savait qu’elle avait raison. Ce qu’il avait à faire était si dur, si difficile à réaliser... Et surtout la méthode qu'il devait employer était si...dégradante ?


Non.
Dégueulasse. Oui, c’est le mot. Une rose pousse bien dans la merde. Ce qu’il devait faire et le pourquoi était assez bien symbolisé dans ce petit aphorisme à la con.
Une rose pousse mieux dans la merde.
Thomas eut un petit sourire en coin quand il s’avisa que pour une fois, il n’en était pas le jardinier.
Cette pensée eu alors pour effet de redonner du cœur au ventre de Thomas.


Vexation ? Défi trop tentant à relever ?
Non. Rien de tout cela.
La pensée rappela également à Thomas que s’il n’était pas seul à faire pousser des fleurs avec de l’excrément, sa fleur à lui était bien plus importante que toutes les autres.
Je ne dois pas échouer. Ils veulent la guerre ? Eh bien je vais la leur faire. J’ai déjà passé ma haine et ma colère ainsi. Je ferai horreur à un prof si je racontait cela à ses élèves, mais cela m’a très bien réussi !
D’un pas de plus en plus ferme et décidé, Thomas se rendit dans son bureau. En frappant deux mots sur le moteur de recherche automatiquement ouvert lors de tout allumage de la bécane, Thomas se remémora une de ses règles personnelles.
Règle numéro cinq. Un ennemi peut essayer de me tuer. C’est dans l’ordre des choses. On ne peut que lui souhaiter de réussir car dans le cas contraire, moi je ne le raterai pas !
Une pression sur “envoi” transféra la demande de Thomas. Maintenant à lui de jouer et tout en imaginant la bonne façon de procéder, une page rassemblant les liens internet les plus pertinents s’afficha sur l’écran.
Green Warriors.
Pour Thomas, leurs jours étaient désormais comptés.