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“ Alors maître ?
- Le jugement a été mis en délibéré, monsieur.
- A quand ?
- A ce soir. En revanche, je ne peux vous dire à quelle heure la sentence
sera rendue.
- Comment il va ?
- Comme un jeune homme prisonnier...
- Je vois... Vous avez de l’espoir ?
- C’est difficile à dire. La juge est connue pour être, passez-moi
l’expression, une vraie salope avec les affaires de drogue. D’un
autre côté, il n’a que des conneries à son casier.
Et puis il y a le fait que vous acceptez de vous charger de lui si la juge est
d’accord... Non vraiment, je ne saurai pas quoi vous dire.
- J’espère pour vous que vous avez fait le maximum. Je vous paye
assez cher pour cela...
- Mes tarifs sont élevés c’est vrai, mais mes plaidoiries
sont de qualité ! Mais là comme je vous l’ai dit, je ne
sais pas sur quel pied danser...
- Cela ne fait rien, laissez-moi un message sur mon portable. A ce soir, maître.
- A ce soir...”
Thomas coupa la communication. Les circonstances étant ce qu’elles
sont, il n’avait pu se rendre au procès de Mehdi comme il l’avait
d’abord planifié. Le taxi, lui, interrompit le fil de ses regrets
en annonçant son arrivée au palais des expositions.
En ce début d’après midi, une foule assez clairsemée
se pressait à la billetterie. Normal, la plupart des visiteurs normaux
ne viennent que le soir ou le week-end. A cet heure, il n’y a que les
retraités, les chômeurs et les pensionnaires “sortables”
des hôpitaux psychiatriques et des maisons pour handicapés cérébraux
pour visiter l’exposition. Ce qui fait quand même pas mal de monde,
à en juger l’attente relative qui se formait au guichet...
Rendu dans la place, Thomas commença son long travail d’enquête.
Afin de ne pas paraître suspect à la sécurité locale,
il fit bien attention de tester très discrètement les portes censées
être fermées. De même, il agit comme un connaisseur quand
il sonda et examina les murs de l’enceinte. Ensuite, quelque peu rassuré
sur la bonne tenue du gros œuvre, il s’intéressa à
l’exposition proprement dite. Thomas franchit en nombreuse compagnie deux
rangées de portes vitrées. Puis il monta un escalier dont les
marches barraient toute la largeur de la salle, et enfin il arriva dans le grand
hall.
L’imposante superficie du hall principal avait fait que la majeure partie
des stands de restauration y était concentrée. Normal, pour une
foire gastronomique... L’ensemble de la salle était divisé
en une cinquantaine d’îlots séparés par de larges
allées. Chaque îlot comportait un, deux ou quatre stands, selon
leur importance respective. Une organisation rationnelle avait réuni
dans un même espace les restaurants de même catégorie. Au
loin sur la gauche, se tenaient les brasseries d’inspiration bavaroises,
repérables aux relents de saucisses et de bière servies sans modération
aucune. Les serveuses, plus ou moins sveltes, portaient des tenues tyroliennes
de plus ou moins bon goût. Dans le quart de droite, se tenaient les restaurants
typiques. Aller de l’Islande à l’Afrique du Sud en trois
allées était tout à fait possible. Dans le même esprit,
les restaurants régionaux se partageaient l’espace le plus proche
à droite. La aussi, passer du Berry à l’Alsace en traversant
la Corse ou la Bretagne ne prenait que quelques pas... Enfin, les pizzerias
et les stands à hot-dogs complétaient le carré de la restauration.
L’ensemble, qui aurait fait fuir un congrès entier de diététiciens,
était saupoudré de buvettes sises à égales distances
les unes des autres. Au milieu, enfin, trônait le restaurant provisoire
de l’Horloge. Ce somptueux établissement lyonnais très coté
et très cher, était chaque année le roi de l’ensemble,
avec ses murs de plâtre peints en rouge. La décoration faisait
appel à de nombreuses plantes en pot, ainsi, les jours de grande visite,
que des drapeaux des huiles qui fréquentaient la prestigieuse table.
Ce moment était d’ailleurs immanquable. Généralement,
une meute de gardes du corps aussi sympathiques qu’un ministre de l’Intérieur
une année électorale, prend possession des allées menant
à l’Horloge, interdisant tout mouvement aux alentours jusqu’a
ce que le diplomate ou le consul ne soit attablé. Les gardes formaient
alors un cordon de sécurité autour des murs rouges qui se coloriaient
alors du noir des costumes des gorilles. Thomas eu un petit sourire en songeant
à la horde protocolaire formant sans le savoir un magnifique étendard
anarchiste. Mais très vite, son travail le força à se reconcentrer.
Thomas était quasiment certain que le diplomate en visite le soir même
serait la cible du prochain éclat des Green Warriors. Le programme de
la personnalité était public. Thomas savait qu’il disposait
de moins de six heures maintenant, pour trouver ce qui allait se passer, et
l’empêcher.
Au cours de l’heure suivante, Thomas erra au milieu des stands de la foire.
Il faisait le nonchalant, mais il ne perdait aucun détail étrange.
Mais à chaque fois, un changement rendait l’étrange expliqué.
Rien. A première vue, rien de suspect. Bon évidemment, l’endroit
regorgeait de bombonnes de gaz, utilisées pour la cuisson des aliments.
Il y avait également des bouteilles de gaz carboniques, utilisés
pour la mousse des bières pression. Mais là encore, rien de visible.
Personne de suspect, aucune “connaissance” de Thomas. Rien.
Thomas prit alors la décision de monter sur la passerelle qui faisait
le tour du grand hall et qui permettait l’accès aux halls périphériques.
Cette dernière était suffisamment haute pour permettre à
un tireur de viser une personne attablée, tous les stands n’étant
pas munis de toits. Mais l’affluence continuelle et le manque de cache
naturelle ou fabriquée rendait l’hypothèse du sniper caduque.
Pareil pour la verrière qui surplombait l’ensemble. Thomas voyait
les ombres et les mouvements des gardes qui veillaient de façon continuelle.
Rien de possible de coté là encore. Que restait-il ? Rien. Rien,
sinon...
Non, c’est idiot. Personne ne peut tenir dans la gaine d’aération.
Il n’y avait qu’au cinéma que quelqu’un pouvait s’y
glisser. Ce n’était pas une question de taille, les deux gaines
géantes qui se croisaient au dessus du restaurant rouge pouvaient facilement
accueillir un homme accroupi, non, c’était leur solidité.
Les feuilles de métal étaient conçues exprès de
façon à être suffisamment épaisses pour être
rigides, mais trop fines pour supporter le poids d’un homme normal. Personne
ne pouvait y aller pour y faire quoi que ce soit. Et encore moins y poser une
bombe, les accès étant bien entendus gardés.
Les accès à taille humaine, oui, mais pas les autres... Mais de
toute façon, personne ne pouvait...
Raaaaaaaaaaahhhhhhhhhhh !
Énervé, Thomas stoppa là ses pensées. Toutes ses
hypothèses aboutissaient à des impasses. Il consulta sa montre.
plus que quatre heures avant l’arrivée du diplomate.
De dépit, Thomas commença à déambuler dans les halls
annexes, ou se trouvaient les stands non dédiées à la restauration.
Il y avait de tout ! Les fans de modélisme (un avion radio-piloté
? Non, trop aléatoire, et trop repérable), les grands magasins
de la villes y exposaient leurs produits vedettes. Magasins de beauté
de luxe, vendeurs de billards, fabricants de meubles à l’ancienne,
magasins de hi-fi de luxe (Thomas y fit un petit arrêt afin de voir les
nouveautés. Quand on en a les moyens...), puis ce furent les nouvelles
technologies. Stands dédiés à l’informatique, vendeurs
de pc en kit, vendeurs de mac pas en kit, service après-vente, cours
d’informatiques, stand de jeux vidéos (Thomas fit un crochet pour
l’éviter. Une nuée d’écoliers et de lycéens
qui apparemment n’avaient pas cours monopolisaient les machines). Puis
plus loin encore les vendeurs de téléphones portables. Puis ce
furent les stands consacrés à la maison, l’ameublement,
l’équipement de la salle de bain. Thomas parcourut l’ensemble
sans que quoi que ce soit ne lui permette de comprendre ce qui allait se passer.
Les halls visités, Thomas regagna le hall central. Se positionnant contre
la rambarde, il vit que quelque chose avait changé. Il ne restait plus
que deux heures désormais, et... la lumière !
Le soleil, en poursuivant sa course, avait plongé vers l’ouest
et sa lumière baignait le hall d’une façon différente.
C’est à ce moment là que Thomas comprit.
Pourquoi pas avant ? Le stress, les nombreuses interrogations... Et puis la
lumière était encore vive quand il était parti. Plus maintenant.
La lumière adoucie faisait se relever l’ensemble des places assises
de tous les restaurants, ces dernières n’étant plus écrasées
par la lumière crue du milieu de l’après-midi.
Et Thomas comprit.
Pas la lumière, non, mais le verre !
Quel idiot... C’était si simple... La verrière géante
était l’arme qu’il cherchait.
Une telle surface de verre, brisée, agirait comme autant de couperets
et de scalpels tombant du ciel... Mais comment briser l’ensemble ?
Les canalisations qui se trouvaient juste en dessous ! Elles se croisent juste
au milieu de l’ensemble. Une bombe dedans et plus de verrière !
Mais non ! Personne ne peut aller au centre ! Le métal ne résiste
pas au poids d’un homme ! Quand à user d’un enfant...
Et pourtant, c’était cela ! Thomas en était sûr !
Comment briser une telle verrière ? Sans bombe hein... Si, avec une bombe,
mais qui s’amène toute seule au centre de la travée. Impossible.
Même un engin radio commandé serait repéré, les gardes
surveillent les accès.
Non, pas tous les accès. Seulement ceux susceptibles d’être
envahis.
Pris d’un fol espoir, Thomas descendit de la passerelle. Il quitta le
grand hall et gagna les toilettes les plus proches.
Mais hélas, peine perdue, aucune toilette n’était en dérangement.
Du moins dans les toilettes hommes.
Mais de toute façon, en examinant les buses d’aération de
plus près, Thomas constata avec dépit que nul engin de pouvait
les utiliser, les entrées étant trop étroites.
De plus, le métal utilisé comportait une grande concentration
d’aluminium. Les liaisons radios auraient subi trop d’interférences.
Ce n’est pas cela...
Et pourtant...
Mais non... S’ils plaçaient une bombe il y aurait trop de victimes
innocentes.
Tristement, Thomas regagna le grand hall. Son hypothèse la plus poussée
s’était effondrée, et il ne restait plus qu’une heure
et demi.
Un nouveau tour de la salle ne lui apporta aucun élément nouveau.
Thomas remonta alors sur la passerelle. Rien. Aucun indice. Thomas poussa alors
de nouveau dans les halls annexes. A nouveau, il croisa les modélistes,
les vendeurs de téléphones, les associations caritatives, les
magiciens d’opérette. S’apprêtant à faire un
détour afin d’éviter les stands des chiromanciens et des
astrologues, Thomas avisa alors un dernier stand de voyant, dont le bas du rideau
exhudait un fin brouillard blanc.
Le truc classique pour mettre de l’ambiance et donner un coté fantastique
à une échoppe qui n’en...
Qui n’en...
“PUTAIN DE MERDE !”
Le cri que poussa Thomas dérangea le public présent, qui ne put
voir que le dos courant de l’homme qui avait proféré la
grossièreté.
Thomas courrait.
Thomas regagnait le grand hall.
Il avait tout compris ! Toute l’affaire ! Il ne lui manquait qu’une
chose : l’endroit d’où les Green Warriors allaient déclencher
l’explosion.