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La porte refermée, Wolfgang enclencha sur le bureau la Borne Blanche qui se trouvait à coté du petit téléphone. Désormais, et pendant trente minutes, aucun dispositif d’écoute fonctionnant par ondes hertziennes se trouvant à son insu dans la pièce ne pourrait plus fonctionner. Ses services avaient bien entendus fouillé le bureau, mais le caractère sensible de l’opération en cours dont il allait parler avec Marie Zéro justifiait cette précaution supplémentaire.
Tous suspects.
C’était sa devise, et la jeune femme qu’il avait pourtant formée et soutenue ne faisait pas exception. Lui-même ne faisait pas exception.


“ Où en sommes nous, Marie ?
- Ce n’est guère fameux, monsieur. Votre mercenaire ne nous a rien rapporté de bien consistant pour le moment. Rien concernant les liens entre la Passerelle, les associations satellites et les réseaux mafieux.
- C’est ce que je craignais. Des informations utiles, tout de même ?
- Oh oui, elles ne manquent pas. Outre le hangar de Varsovie, il a identifié trois autres points de passages situés en Russie. Un à Moscou, un à Saint-Pétersbourg et le dernier à Kaliningrad. Les documents qu’il a trouvé nous permettent d’avoir une meilleure vue d’ensemble des réseaux.
- Faites m’en un résumé, vous voulez bien ?
- Au départ, et ce n’est pas une surprise, nous avons des candidats au départ. Il sont originaires pour la plupart de l’Oural pour les réseaux identifiées pour le moment, ou bien du Caucase. Ils sont rabattus par les mafias locales et réunis pour un premier voyage vers les points de transit dont je vous ai déjà parlé. Ensuite, ils embarquent soit dans des containers, soit dans des camions à destination de l ‘Ouest. Après, c’est du connu monsieur. Leur destination finale est plus particulièrement la Grande-Bretagne.
- Tant que le gouvernement de Londres continuera à garder la tête sous le sable, ces réseaux continueront à nous empoisonner l’existence. Toujours aucune nouvelle de Benjamin ?
- Hélas non monsieur. Je crains qu’il ne nous faille le considéré comme mort.
- C’est bien triste... Et notre homme n’a rien apporté d’autre ?
- Il se plaint de la surveillance rapprochée, c’est ce qui limite son action. Il pense qu’en fait cette tactique était une erreur monsieur.
- Et vous, qu’en pensez-vous ?
- Je crois que l’erreur à été de l’ engager monsieur. Il n’est jamais bon de mêler un civil, criminel de surcroît, à nos affaires.
- Et que nous propose t-il ?
- Comment savez-vous qu’il nous propose quelque chose d’autre, monsieur ?
- Marie, sachez que quand j’engage un mercenaire, ce n’est jamais à la légère. Ce Thomas est connu pour surprendre son monde. Il a fait preuve d’une grande originalité quand il a tenté de tuer le Président. Ce genre d’homme ne se plaint pas sans proposer quelque chose d’autre.
- Je ne sais pas si l’on peut parler d’originalité dans ce cas. Le Président est présent tous les ans au Stade pour la finale de la Coupe de France. Lui tendre une embuscade est dès lors assez facile.
- Mais pour parler franchement, Marie. Avez-vous pensé à le faire ?
- Eh bien...
- Vous savez, Marie, il existe dix plans dressés par nos services pour abattre notre Président en toute discrétion dans le cas où ce dernier deviendrait un fou dangereux et s’il n’existait aucune autre issue à la crise. Ces plans, je les connais tous. Et aucun d’eux n’a l’envergure de ce qu’a fait Thomas.
- En tout cas, son inventivité ne lui a pas permis pour le moment de réunir les documents que nous lui avions demandé.
- Au fait, il vous avait demandé quelque chose de saugrenu lors du dernier échange, non ? Ou cela en est-il ?
- Sa demande ? Nous l’avons traitée, monsieur. Mais je ne vois vraiment pas ce que cela va lui apporter. Et en ce concerne sa proposition, il...”


A ce moment, le téléphone sonna. Wolfgang avait activé la fonction “absolue” au début de l’entretien. L’appel en cours était donc d’une grande importance. Comme le voulait la procédure, Marie décrocha.


“ Oui ?
- ...
- L’information est confirmée ?
- ...
- Et la fiabilité ?
- ...
- Bien.”
“Alors ?
- Je crains que tout ne soit à recommencer, monsieur. C’était le Bureau des Liaisons Extérieures. La police moscovite nous informe qu’un homme répondant au signalement de Thierry Eckant et muni de son passeport a été retrouvé mort ce matin. Noyé dans la Néva.”