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“ Sérieusement, monsieur Thomas, vous avez fait comment pour sortir de la cale ?
- Secret professionnel, monsieur Sully.
- Allez...
- Inutile d’insister, je ne dirai rien.
- Comme vous voudrez. De toute façon, ce n’est pas important, c’était juste par curiosité.”


Wolfgang, assis à son bureau, tenait un volumineux parapheur entre ses mains. Sur le dossier, était inscrit un mystérieux code d’identification. Thomas ignorait si les papiers contenus avaient un rapport avec sa mission mais pour tout dire, il s’en fichait.


“ Donc, le capitaine a parlé. Et ensuite ?
- Il a chanté, vous voulez dire. Il faut dire qu’une balle dans le pied, cela vous change un homme... Il m’a donné tout ce qu’il savait. L’ exécution de votre agent. Les trois passeurs anglais, puis les réceptionnaires de Cardiff, et ceux de Manchester. A mon avis il y en a d’autre mais il ne les connais pas.
- Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
- Le nombre de passés. Ils sont trop nombreux pour être absorbés par deux destinations seulement. Il y avait quatre voyages par mois, tous d’au moins quinze passagers, et ce sur quatre chalutiers différends. Mais je l’ai écrit dans mon compte-rendu cela.
- Il a donné quoi d’autre ?
- Des détails. Il n’était qu’un rouage, il ne connaissait vraiment que l’échelon au dessus de lui. Pour le reste, vos services auront récolté plus d’informations à partir de ces messieurs.
- Ça, je ne peux pas vous le dire...
- Cela ne fait rien. Toujours est-il qu’avec tout ce que je vous ai donné, vous avez de quoi boucler la Passerelle en France, mais aussi en Angleterre, en Pologne et en Russie. C’est toujours ça de pris.
- Vos photos sont de bonnes qualités. Nous avons pu identifier des établissement encore inconnus, quand aux registres de Varsovie, ils se sont avérés utiles en fin de compte. Mais je voudrais savoir une chose...
- Oui ?
- Pourquoi avez-vous demandé à Marie de vérifier les établissement de retraite de Lituanie ? Je vois mal pourquoi vous avez demandé cela.
- En fait, je me demandais ou je pourrais bien cacher les registres originaux. Si j’étais à la base d’un trafic d’esclaves, ou est-ce que je garderai ma comptabilité ? Certainement pas sur un ordinateur. On peut le pirater, ou craquer les systèmes et ensuite copier les données. Et cela encore moins si à l’origine du trafic, l’ordinateur n’existait pas...
- Vous croyez donc que...
- Vous ne trouvez pas étrange que les premiers fondateurs de la Passerelle se soient tous rendus en Lituanie pour y passer leur retraite ? Il y a des coins avec un meilleur climat, vous en conviendrez...
- Donc pour vous...
- Ils ne sont pas à la retraite. Ils sont devenus les comptables cachés, les vraies têtes pensantes du réseau. Les documents primaux que vous cherchez sont là-bas, j’en met ma tête à couper.
- Vous voulez y aller ?
- Merci mais non. Je suis trop connu dans le réseau maintenant. Le coup d’éclat que j’ai accompli va faire qu’ils se méfient des nouveaux maintenant. Cela va vous compliquer la tâche, mais je vous crois assez fort pour arrêter quelques octogénaires...
- Vous donnez dans l’ironie...
- J’adore cela.
- Au fait, il y a quelque points à éclaircir encore dans votre rapport.
- Oui ?
- Vous dites avoir abordé les côtes anglaises à... minuit ?
- Oui.
- C’est étrange. Les rapports de police suggèrent que le chalutier ou vous étiez a abordé le port plus tôt que cela.
- Je n’avais pas de montre sur moi, et il n’y en avait pas sur le bateau. Enfin si, il y avait une pendule mais j’ai vu qu’elle marchait mal.
- En tout cas, c’est dommage que les passagers aient réussi à briser la trappe et à s’enfuir... Ils auraient pu nous apporter d’autres informations.
- Je ne sais pas. C’est un peu une chance qu’ils aient réussi. Le premier passeur avait la clé sur lui quand il a été jeté par dessus bord. En tout cas le capitaine et le cadavre auront déjà été très parlants.
- Une dernière chose. Le rapport de la police anglaise suggère que la trappe a été détruite, comme porté sur votre rapport.
- Oui, et ?
- les policiers estiment que vu les marques sur les débris, la trappe aurait été détruite de l’extérieur.
- Je ne vois pas comment ils peuvent dire cela.
- Je suis de votre avis. L’analyse de l’angle des brisures du bois peut parfois être trompeuse. C’est rare mais c’est possible... Vous avez une dernière chose à dire sur ce dossier, avant que je ne le referme en ce qui vous concerne ?
- Rien, sinon que j’ai été heureux de faire mon devoir.
- Votre devoir ?
- Envers mon employeur. C’est une chance que j’ai ce droit, quand on y songe. Il est tellement rare de voir un homme accomplir son devoir, alors quand le bon droit est aussi de la partie...
- Il n’y a pas à hésiter à le faire, non, vous avez raison. Je vous remercie encore une fois, monsieur Thomas. Votre aide nous aura été précieuse, croyez-le bien.
- J’aurais bien aimé que ma mission soit un succès complet. La mort de Benjamin va être un terrible échec pour moi.
- Vous êtes trop sévère avec vous même. Benjamin connaissait les risques du métier. Et pourtant il a accepté de partir pour cette mission. Vous ne pouviez rien faire, il était mort avant que l’on vous engage. Vous aurez au moins permis à son père de savoir où se trouve son fils.
- A quelques milles nautiques près.
- Rien que pour cela, le capitaine et les complices encore vivants ne sortiront pas de prison de sitôt. Merci encore une fois de votre aide.”