2
Une fois retourné à l’extérieur,
Thomas fit le geste de couper la Borne Blanche fixée à son poignet
qui avait bloqué les liaisons radios. Mais au dernier moment, il suspendit
son geste et laissa l’appareil en marche.
Thomas se disait qu’en raison du coup fourré que Pastitru avait
voulu lui jouer, il était plus sage de laisser les services secrets patauger
encore un petit moment, le temps qu’il prenne du champ.
Non pour qu’ils ne sachent pas sa présence ici, bien entendu. Thomas
savait qu’ils l’avaient localisé dès son arrivée
dans le quartier. Mais l’absence de moyen de communication rapide était
pour Thomas la meilleure porte de sortie, bien qu’il douta au fond qu’ils
tentent de l’intercepter. On ne convoque pas un mercenaire pour lui faire
une offre de travail, et ensuite le coffrer ou pire, le tuer...
Thomas ne croyait pas une seule seconde à cela. Toutefois, le doute qui
l’habitait le poussait à leur compliquer encore un peu la vie.
N’avait-il pas failli tomber dans un tel piège à Montpellier
?
Encore cette foutue paranoïa !
Thomas se fit violence et chassa cette sombre pensée de son esprit. Pour
s’y aider, il se concentra sur son futur travail. Il devait préparer
tant de choses... Une couverture physique, du matériel portable et discret.
Pas d’armes. En cas de besoin, Thomas se fournirait sur place. Pas d’explosifs
non plus. Les détecteurs d’aéroports étaient tellement
sensibles depuis que les fous d’Allah avaient fait exploser la moitié
de l’aéroport de Los Angeles quatre ans auparavant... Et puis,
Thomas n’aimait pas les explosifs.
Il estimait en effet que ces matériaux n’étaient pas d’un
usage fiable. La partie mécanique pouvait avoir un problème et
l’engin demeurer inerte. Ou bien un faux mouvement lors de l’assemblage
pouvait expédier ad patres son concepteur.
Mais l’inconvénient majeur des bombes pour Thomas, était
qu’il y avait toujours un risque pour ces mines de tuer les personnes
de l’entourage de la victime choisie.
Et malgré sa capacité à tuer facilement, c’était
une idée insupportable pour Thomas. Il avait dans sa vie fait cette triste
expérience. Non, pas lui. Adam. Adam en avait été victime.
Lui et les trois cent deux autres victimes de l’engin incendiaire qui
avait réduit en cendres la discothèque dans laquelle ils étaient
tous venus pour se détendre, se distraire, se sentir vivre.
Et mourir.
La mort d’Adam avait été la dernière goutte qui avait
fait de Thomas ce qu’il était maintenant. Tout ce qu’il avait
gardé de son ancienne personnalité (ancienne, vraiment ?), c’était
un certain sens de moralité.
Et cet erszat de morale lui enjoignait de ne pas tuer plus qu’il n’était
vraiment nécessaire.
Donc, pas de bombe. De toute façon, pour une mission de recherche comme
celle-là, il était tout à fait inutile de déclencher
un grand feu d’artifice...
Thomas, qui avait repris le fil de ses pensées, dressa mentalement la
liste de tout ce dont il avait besoin. Il aurait à confectionner un bon
masque et vu la durée probable de la mission, il devrait emmener son
Masqueur, les masques produits étant de bonne qualité mais à
usage unique. Et trouver un bon moyen de le dissimuler aux différentes
douanes...
Prévoir aussi quelques disques de virus et de vers. Des modèles
basiques suffiront estima Thomas. Et puis vu la qualité des relations
avec Claire, de toute façon, il allait devoir faire avec ce qu’il
avait sous la main...
Ah oui, et ne pas oublier d’organiser l’absence... Thomas allait
devoir trouver une excuse valable aux yeux de ses employés pour que ceux-ci
ne s’étonnent pas de le voir s’absenter pour...trois bonnes
semaines estima Thomas.
Trois semaines...Thomas nota aussi qu’il allait devoir contacter son fournisseur,
afin de retarder la livraison de la marchandise... Il venait tous les trois
mois, avec la production fraîchement sortie des éprouvettes du
laboratoire. Et le premier décembre, Thomas serait à Varsovie.
Donc l’appeller et repousser le rendez-vous d’un mois. Cela ne poserait
aucun soucis à Thomas, ni à son fournisseur, qui connaissait un
peu les habitudes de son client si particulier.
A ce stade de la réflexion, Thomas s’avisa qu’il venait de
franchir le périmètre du lotissement. Il coupa alors la Borne
Blanche, et il disparut dans la nuit, retournant chez lui, mais prenant bien
soin de semer avant les trois agents qui l’avaient suivi depuis sa sortie
de la maison de Pastitru.
Chacun chez soi, et les veaux seront bien gardés...