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A Lyon, le bâtiment de la préfecture est semblable à bien
d’autres disséminés dans tout le pays. Massif, bâti
selon les canons de la beauté architecturale du XVIè siècle,
il a abrité la grande famille locale des Guillotères. Las, les
revers de fortunes (ainsi que quelques décapitations survenues durant
les années Noires de la Révolution) avaient fait que l’Etat
s’était retrouvé avec la pleine propriété
de l’hôtel particulier. Ne voulant pas négliger la richesse
patrimoniale du lieu, et ne voulant pas non plus abriter ses services dans une
quelconque masure, l’Etat en avait fait sa résidence principale
en y installant la Préfecture du Rhône.
Thomas, que l’évocation historique susdite que faisait la guide
à quatre malheureux touristes hors-saisons laissait froid, franchi la
grille de fer forgé. Il avait montré au planton frigorifié
la lettre que Wolfgang lui avait remise pour confirmation de rendez-vous. Bien
entendu, la lettre mentionnait une entrevue avec un quelconque service des espaces
verts. Thomas passa le parking empli de voitures dûment munies de leur
cocarde et, tournant à droite, il monta le grand escalier menant à
l’entrée principale. Un second planton plus tard, Thomas était
dans la place. Feignant d’emprunter le bon couloir, Thomas, arrivé
à la quatrième porte de droite, en franchi discrètement
le seuil. La porte donnait sur un débarras quelconque, où se trouvaient
deux chariots de nettoyage prêts à l’emploi. Le mur nu derrière
ne montrait aucune décoration. Pourtant, quand Thomas s’en approcha,
il vit sur le coté gauche une fine fissure. Thomas se plaça devant
et il attendit.
Quelques secondes après, la paroi coulissa, laissant le libre passage
à Thomas qui entra dans l’antichambre camouflée.
Un seul bureau nu occupait la pièce. Rien au mur. Pas de fenêtre.
Mais deux personnes dans la pièce. Thomas reconnu immédiatement
Wolfgang Sully. La femme qui se tenait à ses côtés lui était
en revanche inconnue . Sully, qui connaissait la nature méfiante de Thomas,
brisa la glace en faisant les présentations.
“ Monsieur Thomas, je vous présente Marie Zéro. Marie, je
vous présente Monsieur Thomas.
- Enchantée.
- Moi de même.
- Mademoiselle Marie est comme un double de moi-même. Elle est habilitée
à entendre tout ce que je peux entendre. J’espère que cela
ne vous gêne pas...
- Pas le moins du monde.
- Alors parlons peu mais bien. Voici les documents déclassifiés
concernant La Passerelle. Ce second dossier contient la bio de Benjamin Pastitru.
Et enfin, votre nouvelle identité.
- Voyons cela...Eckant... Thierry, né le...inspecteur des finances. Ah
oui vous ne faites pas les choses à moitié...
- Il faut ce qu’il faut... Nous avons choisi ce nom car la morphologie
de cet homme est à peu près semblable à la vôtre.
Vous connaissant, je pense que vous n’aurez aucune difficulté à
ressembler à notre cher énarque...
- A part les lunettes qui sont vraiment affreuses, je pense que cela ira. Au
fait, qu’en est-il du vrai ?
- Je ne crois pas que cette information vous soit vraiment utile. Toutefois,
je peux vous dire que ce monsieur coulera de paisibles vacances surprises sur
un petit atoll du Pacifique bien isolé tout le temps de votre voyage
d’études.
- Vous avez réussi à le convaincre comment ?
- Bah cela n’a pas été très difficile... sa carrière
est peu reluisante et contre la promesse d’une promotion facile, vous
seriez surpris d’apprendre ce qu’un homme est capable de faire...
- J’en ai une vague idée, oui...
- Bref, notre petit comptable rentrera dès que vous serez vous même
revenu avec ce que nous voulons. Vous avez déjà une idée
de comment procéder ?
- Vous plaisantez ou quoi ??? Ce genre d’opération ne s’improvise
pas comme cela !
Je ne pense pas avoir de difficultés majeurs, mais j’ai quand même
besoin d’un peu de temps pour peaufiner les détails...
- Il semblerait donc que votre réputation n’est pas vraiment usurpée...
Vous n’êtes pas de ces bravaches qui foncent tête baissée
dans le premier mur qu’il voit...
- Je sais...Dites, une autre choses, votre Eckant, il n’a jamais mis les
pieds hors du pays ?
- A part deux stages en Angleterre et aux États-Unis, non. Nous y avons
veillé. Vous ne risquez pas de tomber sur un ancien co-turne, tranquillisez-vous.
Ni même sur une ancienne conquête...
- Tant mieux... Et que pouvez-vous me dire au sujet du fils du colonel ?
- Tout son dossier est là. Enfin, ce qui vous sera utile surtout... Benjamin
a vingt-trois ans. Il est entré dans les Services Secrets il y a deux
ans maintenant. Il est encore un peu Bleu mais ses états de service nous
ont convaincus de le désigner pour la mission d’infiltration. Il
devait nous laisser des messages via des “boîtes aux lettres”
déterminées mais comme je vous l’ai dit, il y a trois mois,
il a disparu.
- Des choses intéressantes dans ce qu’il vous a laissé ?
- Assez oui, en tout cas sur le réseau qu’il avait infiltré
en tout cas. Nous soupçonnons la Passerelle d’avoir mis en place
ou d’utiliser huit filières différentes.
- Huit ?
- Il y en a probablement plus, mais nous manquons de renseignements. Votre travail...
- Oui oui oui c’est bon j’ai compris. Je suppose que je ferai bien
de mémoriser ces dossiers, non ?
- Evidemment...Il n’est pas question qu’ils sortent de cette pièce.
Vous le comprendrez aisément. Une fois que cela sera fait, Marie ici
présente vous emmènera chez le fourrier. Elle vous donnera le
matériel nécessaires pour votre travail, ainsi que vos billets
d’avion et le passeport. Vous partez demain matin au fait, cela ne vous
posera pas de problèmes, j’espère...
- Non non aucun, j’ai déjà pris mes dispositions... Mais
il nous reste un petit détail à régler.
- Ah oui ?
- J’ai subordonné mon aide à une certaine somme d’argent,
mais aussi à des informations.
- Oui je m’en souviens très bien.
- Ce que je veux, ce sont les Green Warriors. Je veux toutes les informations
dont vous disposez à leur sujet.
- Les transfuges de Greenpeace ?
- Je vois que vous les connaissez bien...
- Nous surveillons leurs activités depuis un petit moment, oui... Cela
ne devrai pas poser trop de problèmes... Ils ne constituent pas encore
une mission majeure pour nous.
- Tant mieux...
- Sans vouloir être indiscret, qu’avez-vous en tête pour eux
?
- Cela ne vous regarde pas, monsieur Sully. Enfin, si vous voulez tout savoir,
quand j’en aurai fini avec eux... Eh bien, ils ne seront plus un problème
pour personne.”
Le ton employé par Thomas pour prononcer cette phrase ne laissait que
peu de doutes pour la destinée future du groupe. Et Marie, qui doutait
encore un peu, vit que le visage de Thomas augurait d’ un sinistre avenir
pour le groupe.