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Rassemblant ses notes éparses sur la tablette,
Thierry Eckant se leva de son siège étroit.
Tout en se dirigeant vers la sortie de l’appareil, il rangea les feuilles
dans sa pochette et ce n’est qu’en mettant le nez hors de l’appareil
qu’il pensa à fermer son blouson.
Parqué à l’extrémité ouest de l’aéroport
de Varsovie, l’appareil accoucha de ses passagers soudainement transis
par l’hiver polonais.
“ Et dire que je me plaignais du froid de Lyon...”
Thierry acheva de tenter de se protéger
du froid pendant qu’il montait en dernier dans la navette chauffée
qui allait les amener à la porte aéroportuaire la plus proche.
Le nouvel aéroport international de Varsovie (sis en réalité
à cinquante kilomètres de la capitale...) sentait “bon”
le neuf. Les grandes verrières, l’éclairage au néon.
Le béton des piliers crépis de frais et peint tout aussi récemment
accueillaient les passagers qui ne poursuivaient pas la suite du voyage vers
Moscou. Thierry s’y rendrait, mais pas avant quatre jours. Pour le moment,
son planning lui indiquait de passer la douane et de repérer parmi la
cohorte de chauffeurs arborants de petits panneaux nominatifs lequel était
le sien.
Un passeport vérifié plus tard et une valise en main, Thierry
scruta la salle d’arrivée. Les chauffeurs de limousine plus ou
moins luxueuses attendaient visiblement quelques chefs d’entreprises.
D’autres personnes, moins uniformément vêtues, attendaient
des proches. Quelques moines attendaient eux un des leurs (du moins Thierry
le pensa-t-il...). Et une femme...
La femme n’attira pas tout de suite son attention. Ce n’est qu’en
voyant le nom “Thierri Eckant” tracé au marqueur sur la feuille
que Thomas sut qu’il avait trouvé la personne qu’il recherchait.
Il s’approcha donc d’elle et elle demanda...
“ Pan Eckant ?
-...
- Monsieur Eckant ?
- Oh... dzien dobry panna....
- Oh vous parlez polonais ?
- Juste quelques mots... Vous m’attendiez je crois.
- Oui monsieur Eckant. Je suis Wilma Niedzela, je suis chargée de vous
accompagner jusqu’au siège de l’association Przyjan. Une
voiture nous attend, le trajet en train serait trop long à cette heure.
Vous avez tous vos bagages ?
- Oui, je n’ai que cette valise.
- Nous allons juste faire un saut rue de la Komuna. C’est dans le centre...
Après je vous conduirai jusqu’à votre hôtel.
- C’est très gentil de votre part...
- Mais non c’est normal... Nous savons que vous autres francjick, vous
êtes de très mauvais conducteurs quand le temps est mauvais, et
la Pologne n’est pas gâtée cet hiver comme vous pouvez le
constater...”
Wilma avait raison. Outre la température glaciale (le thermomètre
affichait moins 15 degrés), le sol était tout neigeux et les routes
par endroit recouvertes de petites et perfides plaques de verglas malgré
un bon salage effectué correctement pourtant.
“ Vous parlez à un convaincu, mademoiselle. Je ne conduit d’ailleurs
que peu moi-même.
-Bien entendu, pendant le trajet, il vous est tout loisible de vous réchauffer
comme vous l’entendez...”
Thomas eu alors une petite inquiétude au ventre. La jeune femme, très
belle (blonde, yeux bleus, un bon mètre soixante-quinze, une poitrine
foutrement mise en valeur sous un pull très moulant...), était
assise à l’arrière du véhicule à côté
de Thomas. Et ce dernier sentit la boule de son ventre grossir au fur et à
mesure des postures de plus en plus...évocatrices que prenait Wilma qui
lui lançait (Thomas en était certain maintenant), des regards
braiseux.
Thomas ne savait pas si Wolfgang avait tenu compte de ce petit détail.
Tout en se promettant de le vider comme une huître une fois son travail
accompli, Thomas botta en touche tout en s’approchant de la bombe polonaise.
“ J’ai toujours rêvé de connaître la géographie
polonaise dans ses moindres détails, vous savez... Surtout les reliefs...
- Ouiiiii...?
- Mais pour parler franchement, j’ai pris un peu trop de cours de géo
ces jours-ci. Demain, si vous êtes toujours d’accord...
-Oh...
- Allons ce n’est que partie remise... Au fait chère Wilma, vous
travaillez pour Pryzn...Prjy...
- Przyjan... Amitié si vous préférez...
- Bref, vous travaillez avec eux depuis longtemps ?
- Cela va faire dix ans le mois prochain, monsieur Eckant. Vous n’êtes
pas le premier contrôleur que j’acceuille, vous savez...
- Je ne doute pas qu’ils aient eu aussi droit à des cours particuliers...
Vous devez être une très bonne institutrice...
- Je dois dire que je me défends. Mais n’allez pas croire qu’écarter
mes cuisses soit ma seule qualification... Je possède un doctorat en
sciences politiques et j’ai douze années d’expérience
dans le travail inter-associatif au niveau européen.
- C’est impressionnant...
- Pas autant que l’appétit sexuel de vos compatriotes... Ni leur
capacité à devenir amnésique au sujet de leur compagne
lors de leurs voyages d’affaires...
- Je suis certain qu’il y aurait là sujet à thèse...
Pour ma part, je dois confesser avoir épouse mais une procédure
de divorce est en cours. Cela ne compte pas j’espère...
- Oh vous vous séparez ? Comme c’est triste...
- C’est la vie. Nous avons été heureux mais nous ne le sommes
plus ensembles. Autant partir chacun de son côté pour retrouver
l’amour plutôt que de continuer à vivre ainsi... c’est
ainsi que nous fonctionnons. J’espère que je ne vous ai pas choqué...
- Moi ? Oh non pourquoi ?
- Eh bien j’ai entendu dire que les polonais sont très à
cheval sur les institutions catholiques. Et le divorce n’en fait pas partie
je crois...
- Oh ce n’est que ça ! Ma grand-mère m’aurait excommuniée
si elle m’entendait dire cela mais à part les vieux et les traditionalistes,
vous ne choquerez plus grand monde ici. Nous avons lutté assez durement
pour remettre nos évêques dans leurs cathédrales pour ne
plus les laisser sortir comme cela... Et puis sachez monsieur Eckant que l’église
a longtemps autorisé le divorce. Il fallait juste venir directement devant
le pape pour exposer sa demande en personne. Alors évidemment, seuls
les riches et les nobles avaient une chance d’être entendus...
- Il y a eu quelques progrès depuis...Heureusement...
- Vous l’avez dit... J’ai été mariée très
jeune vous savez. Ma famille m’a tannée des mois pour que j’épouse
le fils du voisin. Un homme moche comme un dupa mais assez riche. J’ai
fini par céder mais une fois établie à Varsovie, j’ai
demandé le divorce...
- Un dupa ?
- Un cul...
- Ah...
- J’ai eu la chance d’avoir une cousine lointaine qui m’a
accueillie chez elle. J’ai travaillé la nuit et le jour j’allais
à l’université. Inutile de vous dire que je n’ai pas
vu mes parents depuis quinze ans maintenant...
- Il vaut mieux éviter, oui.
- Évidemment, le divorce n’a pas été facile. Il a
fallu que je prouve que mon dupa me trompait, car en plus d’être
moche il baisait aussi les voisines attirées par son argent...
- Tant qu’à faire...
- Oui... Enfin j’ai eu assez de témoignages en ma faveur pour que
le mariage soit cassé à ses torts exclusifs. Il me verse depuis
la moitié de ses revenus tant que je ne me serai pas remariée...
Et je dois dire que ce n’est pas demain la veille...
- Faut en profiter, oui...
- Et vous, pan Eckant ? Quelle est votre histoire d’amour brisée
?
- Humm je n’aime pas en parler vous savez... Pour faire simple, elle ressemble
beaucoup à la votre, la fortune du conjoint en moins...
- Vous verrez, vous vous remettrez vite de cette histoire. Il le faut de toute
façon sinon on devient fou.
- Je vous crois, Wilma. je vous crois...”
Le ton triste avec lequel Thomas avait prononcé sa dernière réplique
convainquit Wilma de changer de sujet. La capitale était encore loin,
aussi prit-elle l’initiative d’établir l’emploi du
temps des jours suivants. Thomas l’écouta, acquiesçant la
plupart de ses suggestions, interrogeant sur d’autres. Le trajet se passa
sans soucis de circulation notable jusqu’aux faubourgs de la capitale.