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Varsovie ! Splendide cité médiévale
sise au bord de la Vistule, présentement gelé comme la ville l’a
été des décennies durant sous le régime pro-soviétique.
Enfin gelée pas vraiment. Enlaidie par des construction très “socialisme
triomphant”, certainement. Wilma, qui connaissait la ville comme sa poche,
en fit une description sommaire à son visiteur. Wilma promit à
Thierry une visite plus approfondie de la cité quand son emploi du temps
le lui permettrait. Thierry, amateur de vieilles pierres et d ‘histoires,
la remercia par avance. Mais auparavant, son travail de contrôle l’attendait.
Arrivés rue de la Komuna, Thierry et Wilma entrèrent dans un immeuble
assez ancien. Le bâtiment avait connu des jours meilleurs. Construit au
XVIIè siècle, dit Wilma, l’immeuble avait été
incendié lors de l’insurrection anti-tsariste du XIXè siècle,
quand Varsovie n’était qu’une bourgade russe. Rénové
après l’indépendance de 1918, le bâtiment avait subi
les bombardements nazis de l’automne 1939. L’occupation soviétique
avait achevé de vouer l’ancien hôtel particulier à
son nouveau rôle de “maison du peuple”, rigoureusement interdit
au commun des mortels.
Comme tel, l’immeuble avait abrité les services de la jeunesse
communiste, et en regardant bien, Thierry pouvait encore voir sur certains murs
de pâles vestiges des slogans et des fresques triomphantes qui y avaient
été peintes, puis recouvertes (quoique encore imparfaitement)
quand le dernier gouvernement pro-russe avait dû faire ses valises, éjecté
des urnes par un électricien syndiqué.
“ Cela fait combien de temps exactement que la Passerelle s’est
installé à Varsovie ? Vous le savez ?
- Cela va faire 11 ans dans deux mois. En fait, elle est arrivée trois
semaines à peine après la déroute des communistes. On peut
dire qu’ils n’ont pas perdu de temps...
- Vous avez assisté aux premiers conseils ?
- Oh non... Je ne me suis occupée de l’établissement de
sa filiale polonaise que deux ans après. D’ailleurs, je ne crois
pas que vous trouverez du personnel plus âgé.
- Ah oui ?
- Vous savez, la première vague d’administrateurs était
proche de la retraite quand Pryzjan, l’association jumelle et associée,
a été fondée en même temps que l’arrivée
de la Passerelle. En faisant des recherches, je ne doute pas que vous les trouverez
dans les maisons de retraites de la périphérie. Mais actuellement,
c’est une toute nouvelle génération qui a pris le relais.
- Depuis combien de temps, à peu près ?
- Ah ça je ne pourrai pas vous le dire. Ça a été
progressif, vous savez. Le mouvement a commencé il y a six ans et il
est terminé aujourd’hui.
- Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de déranger vos
illustres prédécesseurs. C’était juste pour savoir.
- Vous avez bien fait de demander. Au cas où, vous pourrez toujours les
contacter.
- Et comment se portent les associations ?
- Magnifiquement bien, je dois dire. Grâce à vos compatriotes,
plus de dix mille polonais ont pu avoir accès à des formations
professionnelles de haut niveau en Europe de l’Ouest. Et même si
nous déplorons le fait que seuls deux mille de nos élèves
seulement sont rentrés au pays, nous sommes assez fiers de contribuer
à l’essor de l’économie polonaise.
- Je dois dire que nos gouvernants ont été impressionnés
par la vitesse à laquelle vous avez mené vos économies
au niveau de l’Ouest.
- N’est-ce pas ? Je crois qu’il s’agit d’un de vos anciens
présidents...Son nom m’échappe...Pas le dernier, le précédent...
- Le queutard ?
- Vous avez de ces surnoms ! Oui c’est bien lui ! Eh bien on se rappelle
parfois son discours qu’il avait fait ici à la Diète. En
privé, il avait estimé que la Pologne aurait dû mettre quarante
ans pour parvenir là où nous sommes ! Je ne vous dit pas comment
on le met en bite !
- Euh en boîte... pas en bite...
- Oui c’est vrai excusez-moi... Enfin bref, nous avons été
quatre fois plus rapides que prévu ! Et dans cinq ans, nous intégrerons
enfin l’Union.
- Ce qui fait que ma visite est l’avant-dernière que vous aurez
à subir ! Du moins sous cette forme là !
- J’espère que vous trouverez d’autres raisons de revenir
ici...
- Je n’en doute pas. Mais excusez-moi, mais c’est normal que nous
soyons seuls ici ? Il n’est pas tard pourtant...
- Oui, le jeudi, l’association ferme à midi. Nous faisons attention
à nous ménager un après-midi de repos par semaine. Après
tout, nous ne sommes pas payés pour être ici...
- Vous avez combien de bénévole ?
- Hum... Environ trente ou quarante. Demain vous verrez plus de monde, car c’est
le jour ou nous faisons le bilan de nos actions, et personne ne veut manquer
cela !
- J’y serai, soyez-en sûre !
- Nous y comptons. mais vous pouvez commencer à travailler si vous y
tenez...
- Pourquoi pas ? ce sera toujours cela de gagné ! Et on aura plus de
temps pour visiter la ville après ! Ou puis-je me mettre ?”
Thomas s’installa au bureau du secrétaire général.
Tout en sortant divers papiers de sa sacoche, il nota le regard quelque peu
empli de reproches de Wilma. A ce moment, il remarqua que la jeune femme reboutonnait
son pull.
Thomas compris alors que Wilma l’avait amené ici dans le secret
espoir de lui donner un cours d’anatomie comparée. Thomas redoubla
d’ardeur à manipuler ses papiers pour bien faire comprendre à
la jeune femme qu’il n’y avait rien à espérer de ce
coté là. Il prit pourtant soin de laisser glisser quelques sous-entendus
pouvant laisser penser que “plus tard...” . Bien entendu, Thomas,
absolument insensible aux appâts féminins, avait bien l’intention
de ne pas donner suite et, tout en commençant l’étude de
registres bien peu sexy, il commença à songer aux diverses façons
crédibles de noyer le poisson sans avoir à révéler
son attirance exclusive envers le sexe masculin.
Pas par honte ou autre, mais Thomas savait que l’on obtenait plus d’une
personne quand cette dernière nourrissait des espérances. Et Thomas
était bien décidé à utiliser Wilma comme source
d’information, au moins à un degré équivalent à
l’inverse.
Car Thomas en était absolument convaincu.
Wilma avait été envoyée pour le guider.
Et pour l’espionner.