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Émergeant à moitié de son sommeil, Wilma étira ses bras endoloris. Consciente à nouveau d’elle-même, elle se releva d’un bond brusque qui tira Thierry de son sommeil.


“Hein quoi ?
- Que... Que s’est-il passé ?
- Wilma, il est six heures même pas... Dors.”


Ne se souvenant que par bribes depuis le moment où elle avait pénétré la chambre de Thierry, Wilma regarda ce dernier en se posant une foule de questions.
Thierry essayait de son coté de replonger dans un profond sommeil. Toujours dubitative, Wilma se leva et constata qu’elle était nue, et que de larges bandes de peau plus foncée lui barrait les poignets.
Cherchant du regard ce qui avait pu causer ces marques (ainsi que dans sa mémoire les circonstances de leur apparition), elle promena ses yeux au travers de la chambre. Elle vit alors sur le sol de fines cordelettes. Elle les identifia comme provenant des rideaux de la chambre. Regardant son corps de façon plus attentive, elle vit qu’elle portait des traces identiques aux chevilles et de façon plus aléatoire sur son ventre et sa taille.
Il n’y avait aucun doute, elle avait été attachée dans la nuit.
Mais elle ne se souvenait de rien...
Elle nota ensuite que les vêtements de Thierry étaient en vrac dans toute la chambre.
Mais toujours rien dans sa tête.


Sentant la soif la prendre, elle traversa la chambre et vit que le bar avait été ouvert. Le petit frigo était vide. Tous les sodas, les amuse-gueules et même les petits flacons d’alcools étaient vides sur le meuble ou dans la poubelle ou se trouvaient également...
Wilma tendit la main et dégagea les canettes vides. Elle vit alors ce qu’elle pensait bien avoir vue. Trois préservatifs usagés et emplis de semence. Sur la table de nuit, une boîte ouverte et des sachets ouverts qui avaient auparavant contenus les petits protections péniennes de latex.
La nuit passée, ils avaient bu, ils avaient fait une partie de bondage (Wilma connaissait les fantasmes des hommes et ce n’était pas la première fois qu’elle se retrouvait attachée), ils avaient fait l’amour, puis ils s’étaient endormis.
Mais de tout cela, elle ne se souvenait de rien !


“ Pousse toi...”


Thierry qui s’était levé en vitesse malgré son envie de se rendormir, l’avait assez peu cavalièrement mise sur le côté pour aller soulager sa vessie pleine.
Encore un indice... Peu d’hommes restaient romantiques ou même respectueux une fois qu’ils avaient obtenus ce qu’ils voulaient d’une femme.
Mais elle ne se rappelait de rien !
Elle était entrée, elle s’était... Non rien après être entrée dans sa chambre.


“ Thierry...
- ...
- Thierry !
- ...
- THIERRY !
- Quoi, putain ! Je pisse !
- Non rien...”


Wilma entendit assez peu distinctement la réplique suivante de Thierry, mais elle en saisit assez pour comprendre des expressions favorites des francjikz comme “fait chier” ou “cette conne”.
Thierry sortit alors de la salle de bain.


“ Voilà. Excuse-moi mais j’ai horreur que l’on me parle quand je suis aux toilettes. Tu voulais savoir quoi ?
- On a fait quoi ? Je veux dire...Thierry, je...je ne me rappelle pas de notre nuit !
- Sérieux ?
- Totalement. Je me souviens a peine être entrée et... Je me suis réveillée il y a cinq minutes.
- C’est bizarre ça. Ça t’es déjà arrivé ?
- Non, jamais.
- Bah peut-être que tu es encore embrumée. Ce ne serait pas étonnant après tout. Tu t’es envoyée tout le mini-bar.
- C’est vrai ?
- Je ne bois pas, je te l’ai dit. C’est toi qui a tout vidé avant que je commence a jouer au saucisson avec toi. Apres j’ai...profité de l’occasion mais bon tu étais d’accord.
-Écoute, je pense pas être encore saoule. Je me connais bien et quand j’ai bu le lendemain, j’ai un putain de mal de crâne et là, ça va à peu-près.
- A peu près ?
- Oui enfin...
- Wilma, je crois que tu te fais une montagne de presque rien. Tu dois encore planer. Attends quelques heures, et tout te reviendras sûrement.
- Je l’espère. Mais tu fais quoi ?
- Moi ? Je m’habille ! Comme ma nuit est finie apparemment, autant en profiter pour être en avance à Prisnj...Prezn... à l’association. Je vais passer la journée à me gaver de papier alors et sans doute une partie de la soirée. En tout cas, j’ai apprécié.
- Ah oui ?
- Je ne te mentirai pas en te disant que grâce à toi, j’ai appris des choses.
- Tu me flattes...
- Non c’est vrai. Bon je me rase et je suis parti.
- Euh oui... Je te commandes un petit-déjeuner ?
- Inutile, je prendrai un café au bureau. Merci quand même.
- Alors je crois que je ferai bien de regagner ma chambre pour me changer. on se revoit dans le hall ?
- C’est d’accord. Donne moi vingt minutes et je serai prêt.”


Wilma sortit alors de la chambre. Elle avait essayé d’enlacer Thierry avant de partir mais ce dernier s’était dégagé en se réfugiant dans la salle de bains. Dépitée, mais peu surprise, Wilma sortit, laissant un Thomas tout heureux de voir que sa mise en scène avait été parfaite.
Pauvre Wilma ! Non seulement elle avait eu droit à une petite dose d’Hypnodol, mais en plus elle était prête à croire qu’elle commençait à perdre la tête.


Tout en se rasant, Thomas repensa à son équipée nocturne. Arrivé au port fluvial, il avait tourné en rond un bon moment avant de trouver le hangar qui lui avait été signalé avant de quitter la France. A l’intérieur, Thomas avait trouvé suffisamment d’éléments pour dire que le bâtiment, censé abriter des machines agricoles en partance pour l’Islande, servait en fait de dortoir provisoire aux clandestins en partance pour l’Ouest. Le hangar était plein, même en cette saison. Évitant les rares gardes engagés pour veiller aux abords sans toutefois attirer l’attention, Thomas s’était engouffré dans un vasistas qui donnait sur une pièce remplie de matelas et de lits de camp. La porte, non verrouillée, donnait que le corps principal du hangar. En raison de l’occupation des lieux, Thomas n’avait pu y pénétrer. Il avait juste pu entrouvrir la porte afin de prendre le plus de clichés possible de la scène dantesque qu’il voyait.


Dans le hangar de vingt mètres de long sur cinquante de large, se tenaient, estimait Thomas, une centaine de personnes. Les lits, serrés le plus possibles, ne permettaient que le passage d’une personne à la fois. La plupart des clandestins étaient d’origine asiatique, à ce que Thomas avait vu. Il y avait pratiquement que des hommes. Peu de femmes, mais tout de même quelques enfants. Thomas savait que ces derniers étaient appréciés des trafiquants. Non seulement ils constituaient une main d’oeuvre peu onéreuse, en tout cas encore moins coûteuse que leurs parents, mais en plus, ils faisaient d’excellents otages si un des parents essayait de tenter sa chance.
Malgré le froid qui régnait à l’intérieur, la plupart des esclaves n’avaient que de minces couvertures pour se réchauffer. Pas de système de chauffage. De toute façon, pourquoi chauffer un hangar à tracteurs ?


Thomas ne pouvait rien faire d’autre que d’observer. Regarder le maximum de choses, sans intervenir. De toute façon, au mieux il n’aurait pu guider que quelques personnes sur tout le groupe. Et encore, aurait-il fallu qu’elles acceptent de le suivre. Or la plupart étaient là pour passer en Angleterre de leur plein gré, au prix de l’esclavage pour une partie de leur existence.
Intervenir était inutile donc.
Thomas, quand il estima avoir tout vu, rebroussa chemin sans un bruit. Repassant le vasistas, il s’éloigna, prenant soin de mettre ses pas dans ceux de l’aller. La neige avait gardé les empreintes des différentes rondes et en agissant ainsi, il était certain de n’attirer l’attention de personne. Puis il reprit le chemin de l’hôtel.


Revenu dans sa chambre, il avait trouvé Wilma dans la même position qu’au départ. Il se contenta de mettre en scène les suites d’une partie de jambes en l’air, vidant les alcools dans les wc, ouvrant et froissant quelques préservatifs laissés nonchalamment et visiblement dans la poubelle. Pour leur contenu, Thomas mélangea un peu de crème hydratante liquide avec de l’eau. Une fois la bonne viscosité atteinte, Il glissa quelques gouttes du mélange obtenu dans chacun des petits capuchons. Puis il se déshabilla, se mit au lit et s’endormit après avoir recouvert Wilma d’une épaisse couverture.
Pour le reste, Thomas savait deja comment la journée allait se dérouler.


En premier lieu, éplucher les registres une seconde fois, de façon plus intense. Thomas regarderait également les fichiers informatiques, mais il était certain que les ordinateurs seraient truqués eux-aussi. Mais le véritable objectif de Thomas serait de se procurer de quoi revenir le soir venu dans les locaux de l’association, et de trouver les liens de cette dernière avec le hangar. Il lui faudrait également trouver le moyen de se débarrasser de Wilma qui, il en était certain également, reviendrait à la charge. Et cette fois, il ne pourrait plus l’endormir par surprise. Ce genre de plan marche une fois. A la seconde, la victime n’est en général plus dupe.
Et enfin, il lui faudrait faire parvenir les éléments aux services secrets. mais cela était une procédure déjà convenue. Le plus dur serait de procéder à l’échange sans attirer l’attention. De Wilma, surtout.
Et ensuite dans trois, jours, direction Moscou. Et ensuite Pékin, New Dehli. Et après la maison. Normalement...