Mardi, 9 h

 

“ Alors, c’est quoi le problème ?”


Fraîchement débarqué du TGV, Thomas avait rejoint le petit appartement de le rue Sala. Nathalie et son futur époux l’avaient contact la veille au soir. Apparemment, il y avait des complications dans l’organisation du mariage et Thomas, témoin quelque peu forcé, avait été appelé en renfort. Mais Nathalie, dans son coup de fil, n’avait pas jugé bon de donner plus de précisions.
Encore heureux qu’elle bosse en compta, se dit Thomas. Au secrétariat, elle ferait des ravages.


“ Ah vous êtes enfin la, patron... Excusez-nous de vous déranger, mais on a un soucis.
- Lequel ?
- En fait, il y a eu un changement de planning, patron, intervint le fiancé. Je dois remplacer Zémichian qui s’est cassé le pied hier soir. Et je ne pourrai donc pas comme prévu finaliser le choix du menu avec le traiteur. C’est pour cela que nous vous avons appelé...
- Pour choisir la bouffe ???
- On sait que l’on vous dérange, mais je ne m’y connais pas vraiment en affaires et on ne veut pas se faire avoir.
- Vous auriez pu me le dire avant... J’ai essayé de vous rappeler mais impossible de vous joindre...
- Oui, Diego a fait tomber le portable, il est H.S., il faut d’ailleurs aussi le porter chez le réparateur.
- Vous n’avez pas de ligne fixe ?
- Non pourquoi ? On fait des économies comme cela...”


Thomas, qui se remémora ses dernières factures de portables, estima devant tant de stress qu’il était inutile de revenir sur cette question d’économie domestique apparemment mal assimilée.


“ Bon le rendez-vous est prévu pour quand ?
- A onze heures. On a choisi Dumortier, le traiteur du sixième.
- Purée vous choisissez pas le premier venu en effet...
- C’est ses parents qui payent mais bon, je ne voudrai pas leur présenter une trop grosse note.”


C’est raté, pensa Thomas...


“ Bon moi je dois y aller, à ce soir, chérie.
- A ce soir mamour. Bon, on y va ?
- Je crois ne pas trop avoir le choix... Bon, je connais un peu l’oiseau, pour les prix, vous me laissez faire, d’accord ?
- On s’en remet à vous patron. Et après, il faudra porter le portable à réparer, et ensuite, il y a la robe à aller chercher. Oh et puis il faut retirer les dragées chez le confiseur, elles sont arrivées ce matin. Et après, il ne restera plus qu’à aller porter le chèque de location de la salle, et puis il faut passer à l’anpe pour demander un extra supplémentaire. Et puis après...”


Au mot “après”, Thomas jugea plus prudent pour sa santé mentale de se mettre en mouvement vers la porte, tout en suivant la jeune femme qui continua d’égréner pendant un petit moment la liste des choses à faire...

 

Mardi, 23 heures

 

“ Ah tu es revenu...”


Charles, de son pas de porte, fit signe à Thomas de rentrer. Le canapé déplié n’attendait plus que ce dernier.


“ M’en parle pas... Le train a eu du retard et après, j’ai loupé le bus... J’ai pris le suivant mais une demi-heure après...
- Oula la journée a été lourde...
- C’est rien de le dire... Je crois que je n’ai jamais vu autant de boutiques en une après-midi de toute ma vie... Les femmes sont vraiment impossibles sur ce point...
- Et encore, tu ne connais pas cet aspect de ma sœur... Anne est capable de te mobiliser une journée entière quand l’envie lui en prend...”


Thomas, entré, s’écroula sur le lit déplié.


“ J’ ai passé une journée crevante... D’ abord j’ai du négocier comme un marchand de tapis pour des crevettes en entrée et pour une immonde pièce montée à la noix de coco en dessert... Après j’ai attendu une heure pleine pour porter un portable à réparer et tout cela pour m’entendre dire qu’il est irréparable... Et je ne te parle pas du temps que j’ai du passer pour avoir le conseiller chômage au téléphone...
- Eh bien, le mariage ne te réussit pas...
- Les préparatifs surtout. Ne m’en veut pas, Charles, mais si jamais un jour un mec me demande ma main, je la lui fous en pleine gueule... Même si c’est toi...
- Je vais te laisser dormir alors, si tu veux manger un truc, il y a du...”


Charles ne termina pas sa phrase. Thomas, allongé, plongea immédiatement dans un profond sommeil.
“ Bonne nuit quand même...”