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“ Vous avez trouvé ???
- Oui, c’est ici, regardez...”


Les trente yeux fixèrent l’écran géant. Sur le mur blanc, se déroulait la séquence prise par une caméra de contrôle située sur la Tour de Lancement. Le film ne durait que trois secondes et demie. Le temps qui avait été dévolu à la caméra pour tourner ses dernières images avant de fondre dans la chaleur de l’explosion.
L’image montrait un segment du lanceur détruit, encore intact. Les quinze convives n’eurent que le temps de voir un point fondre sur ce dernier avant l’explosion.


“ Qu’est-ce que c’est ?
- On dirait un missile...
- Cela ne peut pas être un missile ! C’est impossible, c’est bien trop petit !
- Et puis on l’aurait repéré au radar...
- les enregistrements ont été vérifiés ?
- Bien entendu ! Rien. Nulle part.
- On ne peut pas avoir une meilleur image ? C’est flou encore...
- Non, les caméras sont réglées pour une cadence de 6 images/seconde pour ne pas encombrer la mémoire...
- On aurait dit un oiseau...
- Économies de misère ! 6 images par seconde, c’est insuffisant ! Et les logiciels de correction ? Ça a donné quoi ?
- Rien de précis. La focale n’était pas assez nette au départ, on ne pourra rien récupérer de plus net.
- Ce n’est pas grave, nous avons assez d’éléments pour donner des réponses claires au Président. Et pour nous prémunir par la suite. Rappelez-moi quel était la portée de radar de protection ?
- Huit miles en totale, douze en partiel.
- Dès demain, je veux que nous passions à quinze miles en total. Il est clair que le projectile n’a pas pu être lancé de bien loin. Peut-être même l’a t-il été des abords de la base... Vous allez me tripler les rondes des gardes et les enquêteurs. Les satellites perdus n’avaient que peu de valeur mais le prochain lancement sera déjà plus important... Nous n’allons pas perdre bêtement l’avantage repris aux européens. Pour la presse, la cause de la destruction de la fusée sera un faux-contact d’un bras du soutènement de la Tour qui aura frappé le corps de la fusée, provoquant une fuite et l’explosion. Donc la fusée n’a rien à voir avec l’incident. Des ennuis en perspective ?
- Non. Par chance, les journalistes avaient été cantonnés dans un espace d’où l’impact était en angle mort. Ils n’ont aucune image susceptible de démontrer le contraire.
- Ok. Fournissez-leur aussi quelques plans bien retravaillés de nos caméras de surveillance, histoire de crédibiliser encore plus l’histoire.”

 

Revenu à l’hôtel, Thomas tomba rapidement sa chemise, son pantalon et le reste et il passa un bon moment sous une douche froide. Le climat chaud et humide de la Floride n’était pas son favori. D’ailleurs, aucun climat n’était son favori. Quelque soit le temps, Thomas trouvait toujours une bonne raison de s’en plaindre. C’était là un de ses défauts... Une fois revigoré par la fraîcheur de l’eau courante, Thomas en ressorti et, sans rien d’autre sur lui qu’une petite serviette destinée plus à assécher son corps qu’à protéger sa pudeur, il s’étendit sur le lit. Consultant sa montre, il effectua un petit et rapide calcul mental. H moins 6 heures. Il est presque 19 heures... Donc normalement, elle doit être de retour de son déjeuner.
Thomas décrocha le téléphone et composa le numéro de son bureau. Il n’attendit que le temps de deux sonneries.


“ Ouais qu’est-ce qu’il y a encore ???
- Eh bien Claire ! C’est comme ça que vous répondez à la clientèle ???
- C’est vous patron ? Excusez-moi, mais c’est le bordel ici ! Et puis d’ailleurs, comment avez-vous fait pour me joindre directement ? J’avais dérouté les appels sur la secrétaire...
- Claire, vous devriez savoir qu’ avec moi, même un téléphone filtrant les appels n’est pas une garantie de tranquillité...
- Parlons-en, de la tranquillité ! Vous revenez quand ??? Ici c’est l’enfer ! Je travaille quinze heures par jour et ce n’est pas assez !!!
- Vous faites des petites journées alors comparé à ce que j’ai vécu... Je vous appelais pour avoir des nouvelles justement...
- C’est un chantier indescriptible ! Je vais être obligée de faire de la sous-traitance à ce rythme ! On est en train d’exploser nos volumes d’heures supplémentaires...
- C’est à ce point ?
- Je ne vous raconte pas les ennuis que nous aurons si l’inspection du travail vient dans les six prochains mois... Les contrats affluent de toute part, c’est à se demander si aider le préfet a été une bonne idée finalement...
- C’est la saison... Les gens partent en vacances et donc les demandes de protection de domiciles explosent...Vous allez voir, ce n’est que le début... Si vous manquez de gens, au diable le règlement, piochez de façon temporaire parmi le personnel d’Investigations. Normalement, c’est la saison creuse pour eux...
- Vous croyez que j’ai attendu pour le faire ??? J’ai même mis votre petit micheton Medhi en trinôme pour la semaine !
- Il n’est pas mon micheton ! Bordel, on peut pas être pédé et engager un jeune homme sans que l’on soit suspecté de vouloir se le taper ???
- Il ya un bruit qui court dans ce style en tout cas...
- Je n’aime pas cela... Claire, je vous donne carte blanche, mais je ne veux plus que cette rumeur continue à se propager, cela risque de déraper, cette histoire...
- Je ferai attention à cela... Et vous, vous revenez quand ?
- Aucun changement de ce côté... Toujours la même date prévue. En comptant la destruction de la dernière fusée, et le reste... Disons début septembre... Je ne peux pas être plus précis car à la fin, cela ne dépendra plus uniquement de moi...
- A la télé, ils ont parlé d’une défaillance d’un bras de la tour d’envol...
- Ils ont dis ça ? Ils tiennent vraiment à la fiabilité de leur engin, c’est clair... Cela me donne encore plus envie de faire sauter les autres...
- Au fait patron, il y a un point qui n’a pas été abordé à ce sujet...
- Oui ?
- Vous avez réclamé 500 millions... Mais comment va t-on toucher cet argent ? Jamais les commissaires de l’Union ne pourront justifier d’une telle dépense aux yeux de la Banque !
- La question est réglée, Claire, mais c’est gentil d’y avoir pensé...”


Quelques politesses plus tard, Thomas raccrocha. Allongé sur le lit, il tourna la tête vers la fenêtre et le ciel qui commençait à rougeoyer franchement. Temps radieux ou pas, la relative faible latitude d’ Orlando condamnait la ville à passer en mode nocturne dès cette heure, même au plus fort de l’été. Admirant le couchant, Thomas se laissa à se détendre et, plus fatigué qu’il ne le croyait, il s’endormit finalement, bercé par le ronronnement régulier de la circulation automobile.