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Levé de bon matin comme depuis son arrivée aux États-Unis, Thomas s’habilla, prit un bon petit-déjeuner à la mode américaine (faisant pédale douce tout de même sur les cochonnailles...), puis il prit le pick-up loué et regagna les marais. Il faisait le trajet aussi régulièrement que possible, afin que son habitude se perdît dans la routine. Pour brouiller les pistes, il est toujours bon de ne pas se faire remarquer. Et sortir tous les jours, et non pas uniquement quand une fusée est détruite sur le pas de tir, en est un bon moyen.
Après une bonne heure de route, il quitta l’autoroute et il bifurqua sur des petits chemins de terre qui s’enfoncèrent de plus en plus dans les marais. L’humidité ambiante augmentait de plus en plus au fur et à mesure de sa progression. Parvenu à un dernier embranchement, il se gara et il coupa le moteur. A sa gauche, se trouvait un abri de tôle qui gardait dans un sec relatif l’hovercraft acheté d’occasion à un particulier (en liquide, comme il se doit...). De l’autre coté du chemin de terre, dans la partie encore sèche du terrain, on pouvait voir une parcelle de terre fraîchement retournée. Armé de sa pelle, Thomas recreusa l’endroit et il en dégagea deux caisses. Arrachant le plastique de protection, Thomas les ouvrit. Une fois de plus, l’étanchéité avait été très bonne. Thomas chargea les caisses sur le hovercraft qu’il mit en route. Puis il pilota l’engin en direction du nord. Quelques minutes plus tard, il ralentit. Il trouva rapidement le trident gravé sur le tronc. Il continua quelques mètres et il stoppa l’engin. Armé de quelques outils, il se mit alors au travail et il commença à monter la rampe de lancement. Une fois cette dernière achevée, il ouvrit la seconde caisse. Il en sortit un petit pot de peinture spéciale, une boîte contenant de l’explosif C4, un boîtier de commande muni d’un écran tv basse résolution, et enfin, l’oiseau lui-même.


L’engin que Thomas soulevait avec un peu de peine était de forme allongée, et il était muni de deux ailes. Thomas le posa sur le sol du hovercraft et il ouvrit le capot ventral et y plaça l’explosif. Le détonateur n’étant mis en place qu’en dernier (on ne sait jamais...), il se mit alors à recouvrir le drone (d’origine israélienne celui-là...) d’une fine couche de peinture réfléchissante. Le vernis ne rendait pas l’engin invisible aux yeux humains, mais si un radar venait à lui envoyer ses ondes de repérage, il n’en renverrait à la source qu’ une toute petite partie, dispersant le reste. Au mieux, rien n’apparaitrait. Au pire, la signature serait celle d’un oiseau tout ce qu’il y a de plus inoffensif. La peinture sèche, Thomas installa le drone sur la rampe et avant de brancher le système, il n’omit pas de placer le détonateur.
Thomas revint à sa place de pilote et il brancha l’appareil. La minuscule caméra installée dans le nez du drone se mit en marche et l’image, de mauvaise qualité, s’afficha sur l’écran. Thomas encoda alors le programme de cible et il attendit le bon moment. A Cap Canaveral, la seconde Goliath n’aurait ses réservoir emplis qu’au tout dernier moment, soit deux minutes avant la mise à feu pour la fin du remplissage. Le drone serait sur place en neuf minutes. Donc pour un bon effet, le départ du drone devrait s’effectuer dans l’idéal dix minutes avant l’heure H. Si l’heure annoncée du départ était toujours le bon, alors il n’y aurait aucun soucis à se faire. En cas de décalage en revanche... L’échec serait garantit car une fois lancée, la fusée serait hors de portée du drone en quinze secondes seulement.


Thomas regarda l’heure. Encore une heure à attendre. Il s’installa confortablement, il sortit un livre et il attendit...

 

A quelques dizaines de kilomètres de là, au sein de la base de lancement, l’ambiance était électrique. Tous les responsables avaient été briefés une douzaine de fois afin que le lancement se passe comme prévu. Contrairement au premier tir, la NASA jouait gros cette fois. Le satellite était en fait une sonde spatiale, destinée à explorer les planètes extérieures du système. Un échec et dix milliards de dollars en recherches et en matériel partiraient en fumée. Tous savaient aussi que dans ce cas là, une dizaine de places se libéreraient automatiquement aux postes à responsabilité... Et parmi elle, le siège d’Allister qui en ce jour n’en menait pas large.
Son intuition lui disait que le désastre allait recommencer... Aucune patrouille n’avait trouvé quoi que ce soit de suspect. D’ailleurs, dans les marais environnant, il était vain de pouvoir suivre quelqu’un à la trace. Pour couronner le tout, les journalistes étaient trois fois plus nombreux qu’à l’accoutumée. Eux aussi, ils humaient l’odeur de mort, enfin d’échec...
C’est ainsi, le ventre noué par l’angoisse, que Allister et le reste de la salle, suivit le décompte.


H moins une heure.


H moins vingt minutes.


Allister essayait de se convaincre du contraire. Mais il sentait le désastre arriver. Les patrouilles étaient renforcées, les radars plus puissant et les caméras débitaient des images vingt quatre fois par seconde cette fois ci. Deux serveurs supplémentaires avaient été installées afin de pallier au manque de place-mémoire.


H moins dix minutes.


H moins cinq minutes. Début du remplissage des réservoirs.


Allister sentit une main le frôler. Il se retourna et il vit que son second l’appelait...


“ Un problème ?
- Rien à signaler. C’était juste pour vous dire que nous avions choisis finalement nos boucs émissaires si cela tournait mal. Votre tête est sauve. Pour cette fois...”


Enfin une bonne nouvelle...
Enfin, relativement bonne.
H moins une minute. Le moment approchait. Le moment le plus dangereux. La fusée était pleine à craquer d’oxygène et d’hydrogène liquide. Dans sa grande marche inexorable vers le progrès, la science n’avait pas trouvé mieux que deux des plus redoutablement instables carburants et comburants pour placer des charges sur orbite...
Perdu dans ses pensées et son stress, il ne vit pas au début l’agitation grandissante qui gagnait la salle de presse. Quand il s’en rendit compte, il était déjà trop tard.


Pour la seconde fois en deux semaines, l’échec fut total. Frappée de plein fouet, la fusée explosa immédiatement, embrasant l’air et détruisant sa tour de protection, ainsi que son précieux chargement.


“ Vous avez vu ça ???
- C’était quoi ?
- On va pouvoir le revoir, on a tout filmé ! Ce truc a tournoyé au dessus de nous deux fois avant de frapper la fusée ! On aurait dit qu’on voulait qu’on le voie !“
Allister trouva alors comme unique réconfort le fait que cette fois, ils n’auraient pas à se creuser les méninges pour trouver une excuse bidon...
Et le soir, devant la télévision, Thomas ne put empêcher un “ 4 à 2 !” de sortir de sa mine réjouie.