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“ Comment est-ce que cela se présente, de votre coté ?
- Comment ça ?
- Patron... J’ai regardé le net... La NASA n’annonce pas l’heure de lancement... Vous allez faire comment ???
- Cela me regarde, chère Claire... et au travail, comment les choses ont-elles évolué depuis ces trois dernières semaines ?
- L’enfer sur Terre...
- Je ne vous en demanderai pas plus...
- Franchement, patron, je souhaite que vous reveniez au plus vite... Les choses comment à se tasser un peu mais la semaine dernière, j’ai dû rester au bureau trois jours d’affilée...
- Ça me rappelle mes débuts...
- Mais comment vous faisiez, patron ??? Moi je suis au bord de la rupture ! Et vous, on aurait dit que vous surfiez sur la vague de travail qui s’amoncellait...
- Ça c’est mon petit secret... Mais je ne vous ai pas appelée uniquement pour parler boulot...
- C’est vrai... Qu’est-ce qu’il vous faut ?
- Pas grand chose. Je voudrai juste que vous jetiez un œil sur les données douanières américaines...
- Pas facile facile ça... Je vais essayer... Vous aviez pas dégotté un bidouilleur de génie là ou vous êtes ?
- Si si, mais il est comme vous, il a du boulot par dessus les oreilles avec ce que je lui ai demandé... Alors comme vous êtes la numéro deux du piratage, j’ai pensé à vous...
- Pffff... Qu’est-ce que vous voulez encore ? Eh ! Et pourquoi numéro deux ???
- Je veux juste que vous fassiez en sorte que le dénommé Jacques Christian ait quitté le territoire américain aujourd’hui... Virtuellement bien entendu... Je vais vous mailer les numéros du passeport canadien pour que vous puissiez les saisir...
- Je vois... Ils ont commencé à passer au peigne fin les entrants aux USA qui ne sont pas encore repartis... Et comme cela, vous brouillez un peu plus les pistes...
- Gagné !
- Mais pourquoi vous n’avez pas payé un pauvre gars que vous auriez maquillé ? Il passe la frontière et il rentre chez lui après sous son vrai nom...
- Claire et chère amie, croyez-vous que les douaniers auraient avalé le fait qu’un gars puisse rentrer aux USA sans en être parti ??? Vous auriez pu objecter que l’aller ait pu se faire par la route mais avec les contrôles actuels aux frontières, il n’aurait eu que peu de chances de ne pas se faire contrôler... Et puis je ne connais personne ici en qui j’aie totalement confiance pour lui donner un tel rôle...
- Je comprend mieux... Mais pour le piratage, il me faudra quelques heures...
- Combien ?
- Quatre au minimum...
- C’est long... Un instant...”


Claire senti dans le combiné un léger souffle. Thomas usait d’une autre ligne pour joindre un autre correspondant. Quelques minutes plus tard, il reprit le fil de la conversation...


“ Quatre heures, cela ira. Le tir est prévu à 19 heures ce soir...
- Comment savez-vous cela ? C’est un tir couvert par le secret militaire !
- Mon pirate préféré apprendra que si la NASA ne communique pas en direction du public, elle est obligée en fait de louer des espaces-temps dans les principaux sites de poursuite radar sur tout le littoral atlantique... Et mon ami ici présent m’a informé que la location prend effet à 19 heures...
- Mais ces données sont ultra-confidentielles !!!
- Vous comprenez pourquoi maintenant j’ai dit que vous étiez la numéro deux ???
- Oui en effet...
- Bon je vais vous laisser, mon taxi va bientôt partir... A bientôt...”


Coupant son portable, Thomas en ouvrit l’arrière. Comme à l’accoutumée, il en extraya la petite puce qu’il laissa tomber dans l’atlantique. Marchant sur le quai du port de plaisance, il introduisit la puce suivante et il referma son capot. Il s’arrêta de marcher à ce moment, car il venait de rejoindre le bon quai, le bon bateau...
Thomas, depuis le départ, avait jugé prudent de ne pas procéder à plus de deux tirs émanant d’une même zone. Cela aurait été jouer avec le feu. Connaissant un minimum les procédures gouvernementales, il estimait trop grand le risque de retourner une troisième fois dans les marais.
Il lui fallait donc trouver une autre zone de tir pour le troisième et dernier drone...


Un autre marécage ? Hors de question. Ces endroits devaient désormais grouiller de GI’s. Aller plus loin ? C’était risqué. La portée maximale des drones était de deux cent trente kilomètres. La zone d’exclusion totale autour du pas de tir numéro 9 (celui qui serait utilisé le soir même pour le lancement du satellite Keyhole 8) était désormais de deux cent cinquante kilomètres. Il n’y avait aucune exception pour les appareils volants, hélicoptères et autres.
Vu la surface à couvrir, il aurait bien entendu été possible de tenter tout de même sa chance mais si la malchance avait fait que le lancement avait été vu d’un peloton de soldats, la mission aurait été un échec. Aucun des drones que Thomas avait acheté n’était programmable. Tous devaient être pilotés. Thomas avait fait ce choix afin de pouvoir garder la maîtrise du vol en cas d’imprévu. C’est ce qui lui avait également permis de faire faire un petit looping au second drone, bien en face des caméras de la télévision qui repassait longuement cette séquence à la grande fureur de Washington.


La Terre étant exclue, il ne restait que la mer. Après tout, Cap Canaveral est situé au bord de l’atlantique... Un petit navire de type yacht suffisait pour effectuer le lancement.
Sauf que bien entendu, les militaires américains avaient pensé à étendre à l’océan la zone d’exclusion, avec toutefois une seule exception...


Si un petit navire de plaisance, naviguant aux abords de la zone, venait à être victime d’avarie, alors les règles de la sûreté maritime prenait le pas sur les mesures militaires, et le navire, s’il le pouvait, pouvait impunément rentrer précipitamment en ligne droite, droit vers...disons, Cap canaveral...
Bien entendu, le bateau serait sous surveillance radar constante... Mais avec un drone invisible aux radars, il ne faudrait que dix minutes au petit missile pour achever son travail...
Le seul point faible du plan, c’était que vu la densité de navires croisant aux abords de la côte, le navire serait immanquablement capturé ensuite...
Mais de cela, Thomas n’en avait cure... Bien au contraire : il escomptait bien se faire prendre afin de passer à la seconde phase de sa mission.


Et le yatch “Shamrock” qui se tenait devant Thomas remplissait toutes les qualités requises. Rapide, petit et disposant pourtant d’un vaste plateau permettant le montage d’une rampe... Son propriétaire, un riche libanais, devait lever l’ancre dans l’après midi en direction de New York. Son voyage était prévu et annoncé depuis près de deux mois maintenant. Il ne restait plus à Thomas qu’à embarquer sous sa nouvelle identité et vogue la galère...