16
“ Il a vraiment dit cela ?
- Texto, monsieur le Président. Après mon départ, j’ai
ordonné un interrogatoire complet et continu afin de l’affaiblir,
mais il tient bon... Et bien entendu, il n’a encore rien dit. Je vous
ai tout mis dans ce pré-rapport...
- Il bluffe...
- Pour vous parler franchement monsieur, je crains que non. J’ai eu le
temps de le jauger. Cet homme est solide. Il est entraîné. Il parlera
peut-être si nous le torturons mais dans ce cas, nous ne pourrons l’utiliser
pour notre campagne auprès de l’OMC contre l’Europe. Il y
aurait trop de risques de fuites...
- Il bluffe... Quel chance aurait-il sinon de nous filer entre les doigts ?
- Aucune monsieur. Mais il est parvenu à détruire nos trois Goliath...
Le carnet de commande a commencé à se vider. Ses employeurs peuvent
être satisfaits de lui, il a rempli sa mission...
- Il bluffe...
- Je pense qu’il est prudent d’attendre jusqu’à demain.
C’est la date qu’il a donné en deadline. Nous en saurons
plus à ce moment là.
- Il ne bluffe pas...
- Pardon ? Vous disiez le con...
- J’essayais de m’en convaincre, mais vous êtes dans le vrai.
Il a laissé une mine derrière lui et si nous ne le relâchons
pas, cela fera du dégât. Il est enfermé mais c’est
nous qui sommes piégés...
- C’est admirable en effet, mais que faisons-nous ?
- Sa mine ne sera peut-être pas aussi dévastatrice qu’il
ne l’escomptait... Nous allons attendre et voir. Nous n’avons pas
d’autre choix je pense...”
A ce moment, le beeper de Clarck commença à retentir. Confus,
le chef de la NSA jeta un rapide coup d’oeil et il senti son ventre se
contracter instantanément.
“ Je crois que quoi qu’il ai fait, cela vient de commencer... Vous
permettez que j’appelle ???
- Que se passe t-il ?
- Si j’en crois le code donné, nous avons des problèmes
de transmissions avec un Keyhole...
- Allez y...
- Merci...”
Clarck sortit son portable. De son coté, Wilson ouvrit le rapport et
il commença à le feuilleter. Son visage se figea alors sur une
photo de Thomas, mais il se reprit vite et il poursuivit sa lecture.
“ Alors ?
- ...
- Vous en êtes certains ?
- ...
- Et une panne de liaison ?
- ...
- On va pouvoir rétablir quand ?
- ...
- Comment ça vous n’en savez rien ???
- Que se passe t-il ?
- Faites pour le mieux, j’arrive... Excusez-moi monsieur le président...
Le centre du Norad vient de m’avertir que nous avons perdu le contact
avec trois Keyhole... Keyhole 7C et 7D. Il semblerait qu’au premier abord,
les satellites aient été détruits en plein vol... et on
a perdu le contact avec Keyhole 6F...
- Quoi ?
- J’attend d’autres informations et...”
Clarck s’arrêta là... les mots de Thomas revenaient à
sa mémoire.
“ Sourds, muets, aveugles... Monsieur le président, il est en train
de détruire notre réseau de surveillance !!!
- Merci, j’avais compris ! Retournez immédiatement le voir ! Et
tenez moi au courant de la suite !”
Une fois Clarck sorti du bureau ovale, le président, resté seul
dans son bureau, ouvrit un tiroir situé sur sa gauche. Il sortit une
petite clé de sa poche et la fit jouer dans la serrure. Il sortit alors
de sa cachette un vieux dossier jauni dont il étala le contenu sur son
bureau, laissant à sa place une petite boîte recouverte de velours.
Il examina les photos contenues à l’intérieur du dossier
poussiéreux. Son intuition était la bonne.
Wilson remit l’ensemble du dossier en place, puis il se prit la tête
dans les mains. Il semblait que le Jour était arrivé, et que c’était
à lui finalement de payer la dette que la présidence avait contracté.
D’une grande intelligence, Wilson imagina fort bien la suite des événements
et il se força à se résigner à accepter ce qui allait
suivre.
Remontant dans sa voiture, Clarck ordonna au chauffer de rouler vers l’immeuble
de la NSA. En route, le chauffeur, voyant l’état de stress de son
patron, cru bon de mettre une radio afin de détendre l’atmosphère.
La musique douce calma un peu les nerfs de Clarck mais au moment des infos,
le chauffeur, se souvenant de la destruction de Goliath, fit le geste de changer
se station. Clarck l’en dissuada. Les petits malheurs du monde n’étaient
rien comparé à ce qu’il sentait venir...
La voix calme et reposante de l’homme qui annonçait le nombre de
noyés dans la dernière inondation catastrophique (pléonasme...)
du Bangladesh se tut brusquement. Le chauffeur, irrité, tapota le poste.
Mais aucun son en sortit... Changeant de station, le chauffeur ne capta rien
non plus sur les autres fréquences... Lassé, il remit le poste
en position hertzien et il capta à nouveau des programmes locaux.
“ Dites Malcolm... La radio... C’était quelle station ?
- C’était SkynUS... Mais leur récepteur est pas encore au
point...
- C’est déjà arrivé avant ? Ces coupures longues
?
- A part dans les grands tunnels non, monsieur...
- Les tunnels ?
- C’est un nouveau poste de radio. Il capte les radios satellites, c’est
mieux que le RDS mais parfois ça passe pas sous les ponts et les tunnels...
- Vous pouvez réessayer les stations satellites ?
- Comme vous voulez patron...”
Malgré les efforts du chauffeur, aucun son ne sortit.
Cela n’avait peut-être rien à voir mais... Clarck ressortit
son portable.
“ Allister... A c’est vous, vous n’êtes pas encore parti,
cela tombe bien, vous pouvez vérifier un truc pour moi ?
- ...
- Je sais que vous avez été viré mais...
- ...
- Je vous demande juste si vous savez s’il existe des perturbations dans
les retransmissions télévisées et radios ?
- ...
- C’est trop aimable à vous ! Connard !”
Raccrochant furieusement la ligne, Clarck contacta la responsable télécom
de la NSA. Sur le poste réglé sur les fréquences satellites,
il n’y avait toujours aucun son.
“ Harriet... C’est moi, Clarck, est-ce que vous pouvez me faire
un rapport rapide sur l’état des retransmissions sur le continent
?
- Vous êtes déjà au courant ? Nous recevons une multitude
d’appel de la part des compagnies du câble ! Le contact a été
perdu avec deux Intelsat.
- Quoi ???
- Intelsat 904 et 906 semblent avoir été détruits... On
essaye de balancer les signaux des opérateurs du câble des banlieues
vers Intelsat 910 mais il y aura de la perte de qualité si on compresse
trop pour tout faire tenir dans la bande passante !
- Mais qu’est-ce qui se passe ?
- C’est à moi de vous poser cette question ! On vient de m’annoncer
que le 912 ne répond plus à son tour... Les stations de cablopérateurs
de la Cote Ouest ne sont plus desservis ! A ce rythme, il n’y aura plus
que les grandes villes qui auront la télé d’ici demain !
- Je suis en train d’arriver... Réunissez une équipe d’urgence...
Je dois faire un crochet par mon bureau mais j’arrive dès que possible...”
En fait de bureau, c’est par les sous-sols de l’immeuble de la NSA
que Clarck passa. Franchissant rapidement les portes au rythme imposé
par les différends sas de sécurité, Clarck finit par arriver
à sa destination. La salle des interrogatoires où Thomas commençait
à montrer quelques signes de fatigue.
En temps normal, Clarck aurait été satisfait de voir cela. mais
dans le cas présent...Thomas était épuisé, fatigué,
attache et isolé.
Et pourtant, il était visible qu’il était en train de gagner...
Clarck entra sans aucune forme de politesse. Le regard noir. Thomas comprit
alors que la partie était remportée. Il ne lui restait plus qu’à
réclamer son prix...
“ Vous savez combien de satellites sont partis dans l’espace depuis
Spoutnik ?
- ...
- Environ 5 500. On compte tout dans ce chiffre. Les satellites militaires,
espions, scientifiques et communication. Vous savez combien sont actuellement
exploités ?
- ... Libérez-le.
- Moins de cinq cent... Les autres sont soit en panne, soit inutilisés
pour une raison ou pour une autre. Cela commence d’ailleurs à causer
des problèmes d’embouteillages sur les orbites les plus demandées,
comme la géostationnaire ou les orbites polaires... Et une bonne partie
de ces satellites sont sous mon contrôle désormais...
- Que voulez-vous ?
- Voir le Président. J’ai un message à lui remettre. Et
une dernière chose à lui demander avant de repartir.
- Rien que cela...
- J’ai juste un mot à faire passer. Je pense que vous en connaissez
la teneur mais bon, je préfère le donner en mains propres... De
toute façon, votre choix se résume à cela. Soit je sors
libre et vous gardez votre réseau de surveillance mondial à peu
près intact, soit vous ne faites rien de ce que je veux et vous perdrez
tout...
- Qu’est-ce que vous êtes en train de faire... Et comment ?
- On y va ? Si je ne me trompe pas, vous avez près de dix satellites
de perdus à ce moment précis...
- Qu’est-ce qui me dit que vous allez tenir parole ? Si je vous amène
devant le président, comment puis-je vous croire que vous serez capable
d’arrêter tout cela ?
- Vous n’aurez que ma parole, j’en ai bien peur... Mais c’est
un risque à courir...
- Menottez-le et entravez-le solidement. Quatre hommes avec moi pour l’escorter
jusqu’à la présidence...
- Bonne réponse... Je crois que finalement
on va réussir à s’entendre...”