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Le samedi suivant aurait dû être pour Allister Blair une journée de détente en famille. Tout avait été réservé. les billets pour le match, le restaurant, et les places pour le spectacle. Allister se réjouissait de passer un premier week-end en famille depuis deux mois.
Et puis le téléphone avait sonné.
Eléonore, sa femme, lui demandait du regard de ne pas décrocher. Mais quand on est Secrétaire d’Etat délégué au commerce, il y a des gestes dont on ne peut se passer.
La conversation dura deux minutes. Eleonore et les enfants auraient dû en être heureux mais le visage fermé d’Allister brisa les rêves de détente.


“ Quoi encore ?
- C’était le chef de programme de Floride. La fusée n’est pas partie.
- Quoi, quelle fusée ?
- La Goliath ! La fusée que j’ai passé deux ans à vendre avant même qu’elle n’existe ! Je dois partir tout de suite pour la Floride, c’est la crise là-bas.
- Ben voyons ! Et nous alors ?
- Ah ne me faites pas chier, ce n’est pas le moment ! Tu le sais que quand on a un tel poste rien d’autre ne doit compter !
- Quand je pense qu’avant tu ne passais pas une semaine sans me consacrer au moins une soirée...
- A ce moment, il y avait quelque chose de bien à regarder ! Maintenant tu m’excuseras mais j’ai le Président qui va me tanner pour avoir des informations que je serai incapable de lui donner si tu continues à me faire chier...
- Et pourquoi donc ? Qu’est ce que le président en a à foutre pour ta merde qui n’a pas décollé ?
- Elle n’a pas décollé parce qu’elle a explosé avant même la fin du compte à rebours ! On l’a fait sauter ! Tu peux comprendre ça, pauvre conne ?”


Alors que le couple Blair battait de l’aile, à deux mille kilomètres de là, toute une équipe de cinquante personnes, bien abritée dans un blockhaus de béton armé, regardait avec des yeux encore incrédules le brasier qui consumait les derniers hectolitres de carburant de ce qui n’était plus qu’une immense carcasse d’acier et d’aluminium calciné.


Tout se déroulait parfaitement.
Tous les signaux étaient au vert.
Les clients étaient ravis quoi qu’un peu inquiets. Mais qui ne l’est pas quand on assiste au lancement de satellites de son propre cru ?
Et puis à une minute du lancement, il y eu ce grand fracas.


Sans aucun signe avant-coureur, la fusée se retrouva parée d’une boule orange qui embrasa le pas de tir.
En moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, le lanceur se retrouva à terre, offrant aux ingénieurs encore sous le choc de la surprise le spectacle d’un amas de tôles calcinées.
Et à une cinquantaine de kilomètres de là, debout sur son hovercraft qui lui avait servi à pénétrer l’épais marécage qui longeait la nationale, Thomas jetait à l’eau la dernière partie de la rampe mobile qu’il venait juste de finir de démonter. La pièce métallique coula à pic sans autre forme de procès. Thomas mit alors le moteur de son embarcation en marche et regagna la terre ferme. Parvenu à la limite du marais, Thomas avisa alors un arbre bien épais. Un point de repère idéal. Tirant un canif de sa poche, Thomas grava le tronc d’un trident afin de pouvoir repérer l’endroit pour sa prochaine visite. Satisfait du résultat, il remit le moteur en route et obliqua vers le sud afin de rendre l’engin loué pour la journée.


“ Le score est maintenant de 4 à 1...”