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Le plus long, quand on pirate une ligne, c’est de forcer le cryptage. Avec les algorithmes utilisés par les forces militaires, l’opération devient pratiquement impossible. Sauf quand on a une formation militaire et que l’on a eu accès à certaines données. Dans ce cas, le plus long, quand on pirate une ligne, c’est de forcer le cryptage...


“ Tu baisses dans mon estime...
- Pourquoi cela ?
- Il y a deux ans, on aurait déjà accès aux lignes sécurisées.
- Il y a deux ans, on n’aurais même pas su quel satellite était utilisé alors garde tes sarcasmes pour toi pour le moment, d’accord ?
- Encore combien de temps ?
- Aucune idée... Une heure, une minute, jamais... J’ai beau avoir eu des codes, ces derniers changent souvent. Encore heureux que j’ai pu concevoir un embryon de programme de “divination” sinon, nous serions dans le noir le plus total...
- Tu n’as plus les codes depuis quand ?
- Depuis que l’on m’a cloué au sol. Ce qui fait un moment...
- Ils ont peut-être changé les engrammes...
- Si c’est le cas, on ne réussira jamais à percer les lignes sécurisées. Et nous devrons trouver autre chose.
- On devrait arrêter de perdre du temps...
- Nous ne perdons pas du temps. Une bataille se gagne avant qu’elle ne commence.
- Je sais, je sais... Sun Tzu ?
- Un grand classique. Je crois me rappeler que tu séchais régulièrement les cours de stratégie, non ?
- Cela n’a jamais été prouvé...
- Donc c’est oui...
- Je n’ai pas dit cela...
- Non, mais tu l’as avoué. C’est pire encore...
- De toute façon, cela aurait été une perte de temps pour moi...
- Vu tes états de service, je dois reconnaître que tu n’as pas eu besoin de cela en effet... Mais parfois, il faut être un peu “scolaire” pour aboutir à ses fins. Tu as fini de tout nettoyer ?
- Armes de poings, d’assault, tout est briqué.
- Parfait...
- Mais je continue à penser que l’on perd notre temps...
- Et tu comptes faire quoi ? Nous sommes aveugles, sourds et muets. Nous ne savons rien de bien précis sur les forces que nous avons en face de nous. Notre seul avantage, c’est qu’ils ne savent pas où nous sommes, c’est tout.
- Et cela ne durera pas, je leur fait confiance pour trouver, d’une façon ou d’une autre. C’est juste une question de temps. De temps que nous gâchons.”


Exaspéré, Charles lâcha son clavier et il se retourna pour faire face à Thomas qui ne quitta pas son bord de table.


“ Et tu comptes faire quoi ?
- Une telle opération ne peut pas se dérouler sans que Laudec ne soit au courant. Pour tout stopper, il n‘y a qu’une solution. Le tuer.
- En dernier recours, je te lâcherai dans la nature pour le tuer, mais pour le moment, on fait comme on a dit...
- Nous perdons du temps...
- Je le sais bien, bordel ! Mais on ne peut avancer à l’aveuglette ! Tuer Laudec, ok, et ensuite ? D’ Aymont ? On ne sait même pas s’il est dans le coup ! S’il l’est, d’accord, on fait coup double mais dans le cas contraire, on plonge dans les pires emmerdes parce que l’on aura VRAIMENT perdu du temps sur une mauvaise cible. Et pour nous, ce sera la fin...
- Tu sais pourquoi je n’allais pas en stratégie ?
- Franchement, je m’en fout...
- Je vais pourtant te le dire... Parce que c’est inutile. Bon j’y suis allé les premières fois pour connaître les bases, c’est obligatoire, mais ensuite, nous ne faisions que ressasser des évidences dans tous les travaux pratiques.
- J‘y suis allé, je sais ce que c’est...
- Tu es allé au cinéma ces derniers temps ?
- Oui et alors ?
- Voir quoi ?
- Quelle importance ?
- Moi j’évite de plus en plus les films hollywoodiens.
- Je ne vois pas le rapport.
- Parce que leurs stratégies sont banales, éculées et prévisibles à l’avance. Comme les stratégies enseignées selon les œuvres de Sun Tzu, de Machiavel ou de Alvida. Trop prévisibles. Je ne dis pas que ce sont des mauvais stratèges, non, mais l’art de la stratégie est devenu trop prévisible selon moi à force de logique. C’est pour cela que jusque ici, j’ai réussi. Dans chacun de mes plans, j’y introduisait une manœuvre imprévue. Un petit “quelque chose” qui déroute les tacticiens. Et j’ai remarqué une chose...
- Quoi ?
- Meilleur le tacticien était, plus mon plan marchait car plus ma variable le déroutait.
- Tu crois cela ?
- Bien entendu. Je pars, je parviens à quitter le service. Que dois-je faire ? Me cacher et œuvrer dans l’ombre pour réussir. Mais moi, je choisi de rester ici, en France, et je m’installe au vu et au su de tous. D’Aymont s’y est laissé prendre. Il en a conclu que je n’essaierai rien contre lui et Laudec. Et le temps qu’il réalise son erreur, j’ai eu le temps de m’emparer des disques les plus importantes de la planète...
- J’ai su cela, oui... Au fait, qu’il y a t-il dessus ?
- Tout.
- Tout ?
- Tout ce qu’il faut pour que même d’Aymont reçoive l’ordre de se tenir tranquille à mon sujet.
- Comment tu as fait au fait ? J’ai entendu parler de ces disques. On m’avait dit qu’ils étaient plus protégés encore que le code de lancement des missiles nucléaires...
- Comment crois-tu que j’aie fait ? Je les ai demandé et on me les a donnés...
- Très drôle...
- Si si...
- Comme si j’allais te croire... Mais bon fais comme tu veux. Garde tes secrets. Mais je te ferai remarquer que ta stratégie t’a amenée ici, dans une petite ferme perdue de l’Auxois avec un mourant pour unique compagnie et des perspectives d’avenir guère plus réjouissantes...
- Je ne sais pourquoi, mais Laudec a du avoir une crise de courage. Je ne vois pas pourquoi il aurait lâché d’ Aymont sur moi sinon.
- Si d’ Aymont est dans le coup...
- Il l’est... J’en suis certain.
- Si tu le dis... Mais cela ne change rien de toute façon à ta situation actuelle.
- Je sais. C‘est pour cela que je dis que nous perdons du temps. Je suis venu ici car je devais avoir un point de chute pour me reprendre après la gifle que j’ai reçu. Mais maintenant, je dois passer à l’action, de la façon la moins pertinente possible.
- Qui est de tuer le Président, car personne ne s’imagine qu’un fuyard prendra une telle décision...
- Je fais coup double. Laudec meurt. Il paye pour ce qu’il nous a fait, et son successeur, s’il est intelligent, accepte la leçon et il me fout à nouveau la paix...
- Tu n’aurais pas du utiliser de balles à blanc au Stade...
- Aujourd’hui, je dirai que oui. Mais à l’époque...”


Thomas laissa mourir sa phrase. Charles Beaulieu resta attentif envers son amis mais la suite ne venant pas, il se concentra sur son vissage. Le regard de Thomas était devenu fixe. Il regardait, sans bouger, l’écran qui se trouvait derrière son ami. Le visage de Thomas exprimait une certaine forme d’incrédulité et de surprise, mais surtout, de consternation. Charles comprit alors ce qui se passait. Sans même se retourner, il su que son écran passait en direct une vue satellite de la ferme. Une vue sur laquelle l’ordinateur incrustait de simples cercles porteurs de mort.
Il ne savait pas comment, mais ils les avaient trouvé...


“ Ils sont combien ?
- Attends... Il y a trois véhicules. On va dire une vingtaine d’hommes.
- Ils sont ou ?
- Ils viennent juste de franchir le portail. Disons, trois minutes avant que l’encerclement ne soit parfaitement hermétique...
- Issues ?
- Aucune.
- Aucune ?
- Le souterrain n’est pas encore fini d’aménagé. Il s’en faut d’une vingtaine de mètres...
- Génial... Bloque les issues.
- C’est fait...
- Les vitres ?
- Blindées... Il faudrait un petit missile pour les percer...
- Les murs ?
- Bétonnés à mort. Seul un tank pourrait le percer. Ils ne peuvent pas entrer. Pas encore en tout cas. Tu me dis être le roi de l’imprévu, eh bien tu vas avoir l’occasion de me le démontrer...”


Thomas ne répondit rien. Son attention était concentrée sur l’écran de l’ordinateur qui retransmettait maintenant les opérations d’encerclement via de petites caméras placées tout autour à l’extérieur. Jouant des différents angles de vue, il compta les forces en présence. Dix-huit hommes armés et protégés. certains d’entre eux se placèrent hors champ des caméras. Nul doute qu’ils allaient se placer plus à l’extérieur afin de pallier à une éventuelle évasion en force. Mais son attention fut attirée par deux personnes qui sortirent du second véhicule. Ils étaient différents des autres car ils ne portaient aucune protection. Leurs visages étaient parfaitement visibles.


“ Notre ami Charles d’ Aymont est de sortie...”


Mais Thomas ne releva pas la remarque de Beaulieu.


“ Oh non...
- Quoi ?
- Anne...
- Hein ?”


Charles scruta plus attentivement l’écran. Le second personnage non harnaché était devenu plus visible en sortant de la camionnette, et il n’y avait aucune erreur possible.


“ Qu’est-ce qu’elle fait la ?
- Elle nous a donné...
- C’est impossible... Elle n’a jamais su que j’avais acheté cette ferme. Je ne lui ai jamais parlé de quoi que ce soit à ce sujet...
- Alors pourquoi est-elle là ? Comment ont-il trouvé cet endroit ?
- Je... Je n’en sais rien...”


Sur l’écran, les deux hommes virent que d’ Aymont avait pris un mégaphone en mains.


“ Vous dans la maison... Sortez les mains en l’air. Il est inutile de penser à résister.”


Puis d’ Aymont baissa le mégaphone, en attente de la réponse.
Thomas regarda Charles sans dire un mot. Ce dernier comprit cependant la question qui lui était posée...


“ J’ ai aménagé le grenier. Les tuiles sont renforcées par des armatures. Aucun risque de ce coté. Il y a de nombreuses petites meurtrières, tu pourras y glisser facilement un fusil. Mais ne tue personne. Pas encore. Sinon ils passeront tout de suite à l’action et nous n’auront aucune chance.”


Thomas ne répondit rien. Il quitta la pièce et il monta au grenier après avoir saisi un fusil de tireur. Charles n’avait pas mégoté avec la sécurité... Le toit était effectivement renforcé avec un blindage léger. Thomas se concentra cependant sur les ouvertures dans ce dernier. Mais rien n’était visible. Il s’ approcha plus près de la jointure entre le toit et le mur et il vit qu’en effet de petites ouvertures avaient été aménagées pour permettre le passage d’un tube relativement fin. Ces passages, relativement nombreux, courraient tout le long du mur et sans les voir, Thomas su que d’autres se trouvaient sur les autres murs. Tous obstrués par une petite plaque de métal. Thomas fit glisser l’un de plaques qui libéra l’accès à la meurtrière. Il s’allongea sur le sol et il fit passer le canon de son arme par l’ouverture. Cette dernière était assez grande pour permettre un regard avec la lunette de visée. De l’extérieur, l’ouverture devait être pratiquement invisible. Parfait pour tirer en toute tranquillité.
Par la lunette, Thomas finit par choisir sa cible. Un homme caché derrière un des arbres de la propriété. Ce dernier était prudent, mais il allait voir ce qui arrive quand on laisse un pied trop dépasser.
Thomas pris une grande inspiration, il la bloqua, il visa et il tira.
Sans silencieux, la détonation claqua dans l’air et alors que Thomas refermait la meurtrière, l’homme touché roula à terre, se tenant le pied ensanglanté.
Maintenant, il n’était plus question de reddition.