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Les ordres donnés, les hommes placés en couverture à cinquante mètre de la ferme quittèrent leurs positions et affluèrent en masse vers la bâtisse principale qu’ils cernèrent rapidement et efficacement. Tendus et nerveux, les fusils pointés vers la maison, les soldats formaient désormais une ligne de feu infranchissable pour quiconque. Satisfait, d’Aymont retourna au camion espion et qu’enquit des dernières nouvelles.
“ Nous ne pouvons toujours rien dire, mon général. Nous
ne savons pas pourquoi, mais nous ne pouvons plus interpréter correctement
les images.
- Il n’y a rien à faire ?
- Il faudrait couper les systèmes et tout vérifier, mais cela
prendrai une heure au bas mot...
- Nous ne pouvons nous le permettre. Tant pis, laissez vos écrans, prenez
vos armes et rejoignez vos camarades.
- A vos ordres...”
Tandis que les deux soldats exécutaient les ordres donnés, d’
Aymont rejoignit la ligne d’encerclement. Il avait, par pure précaution,
enfilé un gilet pare-balles. Anne Beaulieu était elle maintenue
loin en arrière, avec un unique garde du corps dont les ordres étaient
stricts. Ne la laisser s’approcher sous aucun prétexte. Et s’il
le fallait, lui tirer une balle dans la jambe.
“ Rien de nouveau ?
- Il n’y a aucun mouvement, mon général. Aucun son. Aucun
bruit. C’est comme s’il n’y avait plus personne...”
Un désagréable pressentiment s’empara alors de d’
Aymont. Il ne savait pas ce qui se passait, mais il sentait que quelque chose
n’allait pas. Pas de bruits... Et s’ils étaient partis ?
Non, cela était impossible... L’hypothèse d’un tunnel
avait été évoquée et la reconnaissance satellite
effectuée était formelle. Aucun souterrain viable n’était
en service.
Alors...
Les pensées inquiètes de d’Aymont s’interrompirent
quand deux soldats signalèrent un mouvement. La porte d’entrée,
hermétiquement close, était désormais entrebâillée.
Un grand torchon blanc passa dans l’embrasure de la porte. Charles d’Aymont
ordonna aux soldats de viser la porte, mais de ne tirer sous aucun prétexte,
à moins d’une détonation.
Mais aucun autre bruit, si ce n’est celui de la porte s’ouvrant
plus, ne se fit entendre.
Au loin, maintenue sur place par la menace d’un soldat, Anne Beaulieu
assistait à la scène. Ses lunettes ne la privaient pas d’une
bonne vue sur la porte désormais ouverte, et c’est avec un immense
soulagement qu’elle vit sortir un homme de plutôt grande taille,
vêtu d’un uniforme kaki. S’avançant lentement, les
bras tenus en l’air dans un premier temps, puis repliés derrière
la nuque, Charles Beaulieu quitta la ferme sans un regard pour quiconque.
Suivant la procédure, quatre soldats se détachèrent de
la ligne pour cerner Beaulieu tandis que les autres concentrèrent leur
attention sur la porte ouverte, en prévision d’une surprise désagréable.
Mais rien ne vint.
D’ Aymont envoya alors un détachement qui, prudemment, entra dans
la ferme. Et pendant qu’il attendait les résultats de l’enquête,
il s’avança vers Beaulieu, qui tenait toujours sa nuque avec ses
deux mains, les yeux fixés au loin.
Deux des soldats s’écartèrent pour permettre à d’
Aymont d’approcher encore.
“ Vous êtes raisonnable, capitaine. Nous en tiendrons compte en
ce qui concerne votre avenir.”
Beaulieu ne répondit rien. Il se contenta de regarder son interlocuteur
sans dire un mot. Ses traits s’exprimaient pour lui.
Ils disaient à d’ Aymont “ Qu’on en finisse, et vite.”
“ Emmenez-le. Escorte de deux hommes. Puis-je compter sur votre parole
d’officier que vous ne ferez rien contre nous désormais ?”
Beaulieu baissa alors lentement les bras. Sans dire encore une fois un mot.
Il laissa pendre ses bras le long de son corps et il baissa la tête, résigné.
“ Je pense que cela veut dire oui. Conduisez-le à la prison de
la base de Longvic. Que deux gardes restent en permanence avec lui, je l’interrogerai
à mon retour.”
Alors que le trio s’éloignait en direction du véhicule espion
qui allait servir de moyen de transport au prisonnier, Anne Beaulieu s’avança,
le garde ayant eu la permission du général de la laisser faire.
Mais il ne lui permit que de rejoindre le général, et, mécontente,
elle dut se contenter de voir de loin son frère s’engouffrer dans
la voiture. Sa déception était atténuée par la perspective
de le revoir plus tard. Et ce n’est que lorsque la camionnette démarra
enfin qu’elle s’inquiéta du sort de Thomas.
S’approchant, elle vit le général, qui avait eu une liaison
radio avec l’escouade, prendre un air un peu surpris et triomphant à
la fois. Sans soucis de sécurité, il entra dans la ferme. Anne
le suivit. Quand elle pénétra à son tour dans la grande
salle, elle vit le général, debout, qui contemplait le corps inerte
à ses pieds.
Allongé sur le dos, Thomas Quentin gisait, mort, un poignard planté
en plein cœur.