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Le serviteur entra avec sur son plateau d’argent une tasse emplie d’un liquide chaud. Il posa le tout sur la petite table à la droite de l’homme inquiet en robe de chambre.
“ Votre tisane monsieur.
- Merci mon petit. Vous pouvez partir...
- Vous n’avez plus besoin de rien ?
- Non non, cela ira comme cela. A demain, mon petit...”
Le serviteur quitta alors le chambre, laissant Claude Laudec à sa claustration.
Le président avisa la tasse et, après l’avoir humée
afin de vérifier si aucune odeur suspecte ne s’en dégageait,
il en absorba le contenu d’un coup sec.
La tasse reposée, il se leva et, en dépit de l’heure relativement
peu avancée (il n’était que neuf heures), il rejoignit son
lit.
Déshabillé, enfoui sous la couette, il tendit le bras vers la
table de nuit et il brancha le Visiocom qui le reliait directement au chef de
la sécurité.
“ Million...
- Oui monsieur le président ?
- Quelque chose à signaler ?
- Rien du tout monsieur le président. Le petit personnel vient de pointer
pour aller réveillonner.
- Tout est calme, alors ?
- Absolument, monsieur le Président.
- Bonne nuit alors...
- Bonne nuit, mons...”
D’un geste brusque, Laudec coupa l’appareil.
Bonne nuit... Quelle plaisanterie...
Cela faisait bien trois semaines qu’il ne fermait pratiquement plus l’oeil
de la nuit. Trois longues semaines à juste somnoler dans la peur de se
réveiller avec un couteau sous la gorge...
Trois semaines... Trois semaines après son échec cuisant dans
sa tentative de tuer Thomas...
Laudec voulait trouver le sommeil, mais rien que de penser à Thomas le
privait de toute envie de fermer les yeux une seule seconde...
Trois semaines... Trois semaines que Thomas avait disparu dans la nature, après
avoir poignardé son complice, pris sa place, et égorgé
les deux soldats qui l’emmenaient. Trois semaines, et trois morts déjà...
Et Laudec le savait maintenant, il était le quatrième mort à
venir.
D’Aymont, lui aussi, avait du mal à trouver le sommeil. Laudec
en était certain malgré les dénégations de l’interessé.
Cet imbécile...Il s’était fait avoir une fois de trop. Sans
ses appuis militaires au sein de l’Etat major, Laudec l’aurait déjà
fait dégrader ou pire, chasser de l’armée. Son sort était
en partie réglé cependant. Dans moins d’un an, le mandat
de d’Aymont comme chef d’Etat major viendrait à expiration
et, une fois n’est pas coutume, son poste serait confié à
un autre au lieu de lui être réattribué une seconde fois
avant la mise à la retraite. Une mise à l’écart définitive
qu’il n’aurait pas volée...
Dormir... Laudec commençait à en rêver comme d’un
luxe. Mais comment fermer l’oeil quand on a une telle Furie en liberté
?
Même ici, sur le puissamment fortifié Fort de Brégançon,
Laudec sentait qu’il n’était pas en totale sécurité.
Oh bien sûr, l’armée défendait le seul accès
possible depuis la terre ferme, le petit pont qui reliait l’île
au continent. Mais il y avait tant de façon de contourner l’obstacle.
Il y avait aussi tant de façon d’éviter les nombreuses patrouilles,
les portes reliées aux systèmes d’alarme, les détecteurs
de mouvements dans les couloirs. Les serrures, pourtant solides, pouvaient être
forcées.
Laudec savait que même ici, il n’était pas en totale sécurité.
Pas avant la mort ou la capture de Thomas.
Ne trouvant pas le sommeil, Laudec se releva, remit sa robe de chambre et arpenta
la grande chambre dans laquelle il ne sentait plus en sécurité
depuis que d’ Aymont l’avait rappelé pour lui avouer son
échec.
Laudec s’approcha de la fenêtre. Il s’abstint de l’ouvrir.
Il faisait trop froid dehors, et les vitres étaient pare-balles. Quoique
avec Thomas...
Laudec se força à ignorer sa dernière remarque afin de
jouir du spectacle. La grande fenêtre donnait sur le large, sur la mer.
Il n’y avait aucune lumière parasite et, la lumière de sa
chambre étant éteinte, il pouvait admirer le ciel nocturne hivernal.
Il voyait le Chasseur, Orion, brandir son bouclier afin de se protéger
d’une volée de flèches. Il le voyait accompagné de
son fidèle Chien dont l’oeil, Sirius, pointait vers sa proie, l’innocent
petit Lièvre. En relevant la tête, il voyait Le puissant taureau
qui chargeait une cible inconnue, fonçant tête baissée sur
les gémellaires jumeaux qui ignoraient le danger, protégés
par le puissant Zeus lui-même, père de l’un d’entre
eux. Cette dernière abritait un point lumineux supplémentaire,
une étoile qui normalement n’avait rien à faire là.
Réflexion faite, Laudec estima qu’il s’agissait d’une
planète. Trop peu lumineuse pour être Mars ou Jupiter... Ce devait
être le Seigneur des Anneaux...
Le spectacle céleste, pur, incroyablement riche en cette nuit de Noël
vierge de tout nuage, acheva de calmer Laudec. Il resta à contempler
la voûte de longues heures quand, enfin détendu, il alla se coucher
pour y dormir enfin quelques heures.
Dans le lit, il regarda le réveil. Trois heures du matin. Il ne lui restait
plus que cinq heures avant l’arrivée du serveur.
Cette dernière pensée s’effaça avec le sommeil. Une
minute après, Laudec s’endormit.