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Le cœur battant, le souffle court, Thomas,
qui portait le fusil pris sur le gendarme en bandoulière, pris le temps
de stopper quelques secondes. Il sortit ensuite de la cabine téléphonique
où il avait pris place et il scruta d’un regard inquiet les alentours.
Il estimait avoir encore une trentaine de secondes de tranquillité avant
qu’un éventuel poursuivant ne pointe son nez. En théorie,
avec tous les détours que Thomas avait fait dans les ruelles du village
et les jardins des pavillons, aucun hostile n’était censé
retrouver sa trace. Mais en ces temps de repérage des biens et des personnes
pas GPS, personne ne pouvait être sûr de rien. Un coup d’oeil
sur sa droite avisa Thomas d’un garage mal fermé. Sans plus attendre,
il franchit la clôture, et, une fois dans le jardin privé d’une
personne dont il ignorait absolument tout, il marqua un temps d’arrêt.
Pas de mouvements. Pas de bruits. Rien, personne, ni homme ni bête dans
les parages. Thomas entra alors dans le garage et, s’abstenant d’allumer
la moindre lumière, il scruta les environs à l’aide des
lueurs de l’éclairage public qui filtrait par la porte ouverte
et les lucarnes. Ses yeux avisèrent alors un cercle qui dépassait
du mur sombre. Il s’approcha et il tâta l’objet. Comme il
s’y attendait, un VTT se dévoila sous ses mains. Un rapide regard
sur l’état de la machine et son état de marche, et Thomas
le saisit à bras le corps, et il retourna dans la rue, passant le fruit
de son larcin par dessus la clôture et l’enfourchant aussitôt,
il mit le cap sur la rue en pente descendante, direction le périphérique.
Comme il s’y attendait, il ne croisa aucun uniforme durant sa descente,
juste quelques voitures qui filaient trop vite pour s’apercevoir que le
vététiste portait un fusil d’assaut sur son dos. Il ne s’en
était pas encore débarrassé malgré sa quasi-certitude
que l’arme était munie d’un dispositif de repérage.
Il allait en fait lui servir à brouiller les pistes.
Dévalant la départementale, Thomas prit au dernier feu de l’embranchement
de la rue de Saint-Cyr sur sa gauche. Ignorant la voie d’accès
au périphérique, il suivi la petite rue qui longerait ce dernier
et il poursuivit son effort jusqu’à l’entrée du dernier
tunnel du périphérique Nord. Il n’avait plus qu’à
attendre. Enfin, ce qu’il espérait voir passer arriva enfin après
deux minutes d’une longue attente. Un camion-benne. Thomas ignorait ce
qu’il y avait à l’intérieur et cela lui était
totalement indifférent. Tout ce qui comptait, c’était de
bien viser...
Thomas dégagea l’arme de son dos, il évalua la distance
de la cible ainsi que la force nécessaire pour propulser le fusil. Au
moment voulu, Thomas lança l’arme, qui chut avec un bruit métallique
prononcé dans la benne vide du camion.
Le chauffeur devait avoir entendu le bruit mais comme Thomas s’y attendait,
il ne stoppa pas sa course et il s’engouffra dans le tunnel. Pari réussi.
En absence de tout nouveau bruit bizarre, le premier choc serait bientôt
oublié par le chauffeur qui emportait maintenant le fusil loin de la
route que Thomas allait prendre désormais. Remontant sur son vélo
volé, Thomas regagna l’embranchement de la rue Saint-Cyr, tout
en regardant de façon plus attentive les voitures garées sur les
aires de stationnement. Le moindre véhicule volable serait la cible suivante
et ensuite, après maintes changements de directions, en route vers le
nord !
“ Vous confirmez le mouvement ?
- Oui général. Le signal est désormais émis par
un véhicule qui se dirige vers le sud. D’après sa vitesse,
il s’agit d’un véhicule à moteur, cela ne fait aucun
doute.
- Et sa célérité a changé à quel moment ?
- Au niveau de l’entrée de Rochecardon, monsieur.
- Qu’en dites vous, Sully ?”
Ce dernier, qui finissait tranquillement une cigarette, prit son temps pour
répondre.
“ Hum... Soit il a pris un automobiliste en otage, soit il a volé
une voiture.
- D’autres options ?
- Il peut aussi avoir trouvé l’emetteur et l’avoir placé
sur une voiture pour nous embrouiller. Dans ce cas, il ne va pas vers le sud,
mais vers le nord...
- A moins qu’il ne s’imagine que nous raisonnions ainsi... Dans
ce cas...
- Il ira vers l’est, et il passera la Saône à Fontaines,
ou alors vers l’ouest, et il prendra l’autoroute à Limonest
ou Dardilly... Les options ne manquent pas...
- Les moyens à notre disposition, oui... Nous devons être certains
de la direction prise... Soldat !
- Oui général ?
- Repassez-moi l’enregistrement de la fuite de la cible. Et notez toutes
les particularités...
- A vos ordres !”
Le soldat frappa le clavier du portable et il lança le programme demandé.
Le général et Sully revécurent alors la scène précédente,
Thomas étant figuré par un point lumineux couvrant une fois et
demie la largeur des ruelles dessinées sur l’écran. Les
progrès du repérage satellite avaient leurs limites...
“ Ici !
- Oui soldat ?
- La cible a stoppé trente secondes à ce niveau, puis elle est
repartie. Un nouvel arrêt de vingt secondes... Et la descente de la pente...
- Des particularités aux endroits des arrêts ?
- Le premier est dans la rue, le second semble être dans un jardin privé.
Impossible d’être plus précis général...
- Vu sa vitesse de descente, il a du voler un vélo, ce qui explique le
second arrêt. Mais le premier ??? Des idées, Sully ?
- Peut-être avait-il des vues sur une voiture garée mais il aura
renoncé...
- Oui, peut-être... Soldat, qu’ y a t-il dans la rue au niveau du
premier arrêt ?
- Dans les limites du positionnement, il y a trois lampadaires, deux bouches
d’égouts, quatre accès à des maisons privés.
Et une cabine téléphonique !
- Le petit malin... Alertez les services de communication ! Je veux savoir si
la cabine a été utilisée et si oui, où l’appel
a t-il abouti ! Exécution !”
De son coté, Thomas avait repéré une voiture assez ancienne
pour être facilement volée et en bon état pour ne pas avoir
de surprise sur la route. Avant de commettre son forfait, il se dirigea vers
une cabine téléphonique avec l’intention cette fois de l’utiliser.
La carte introduite, il composa le numéro et il attendit que son correspondant
décroche. Mais après cinq sonneries, le répondeur se mis
en marche. Thomas jura. Il ne pouvait rappeler une seconde fois. Par sécurité.
Il attendit que le répondeur ait fini le message d’accueil et il
laissa son message, priant intérieurement que son destinataire le relevât
rapidement.
Ceci fait, il raccrocha, vola la voiture convoitée et il commença
à rouler vers le nord, prenant bien garde de ne pas attirer l’attention
par une vitesse excessive.