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Bien au chaud, le corps recouvert d’une triple
épaisseur de couette afin de contrer le froid nocturne, Anne Beaulieu
poursuivait un doux songe quand de violents coups retentirent à sa porte.
Émergeant à peine de son sommeil, elle leva la tête mais,
convaincue d’avoir rêvé, elle reposa lourdement sa tête
sur l’oreiller et elle se rendormit presque immédiatement, un sourire
béat aux lèvres.
Quelques secondes plus tard, de nouveau les coups répétés
se firent entendre. Émergeant de façon plus marquée, Anne
demeura assise dans son lit, à moitié hébétée
encore. Avait-elle encore rêvé oui ou non ? Le silence le plus
parfait régnait dans sa chambre. Un regard sur sa table de nuit l’avisa
de l’heure. Quatre heures et demie. Elle avait sans doute rêvé
ou alors un voisin avait laissé choir un quelconque objet lourd. Mais
pas une seconde elle n’imagina à cet instant que l’on avait
besoin d’elle.
Ses yeux quittèrent le réveil et se fixèrent sur son beeper.
Il était éteint. Aucune alarme sonore ou lumineuse n’était
affichée sur l’écran de l’appareil censé la
réveiller en cas d’urgence. Elle commença à laisser
choir une seconde fois son corps sur le traversin quand cette fois de nouveaux
coups résonnèrent. Anne, cette fois, s’éveilla complètement,
certaine enfin que l’on frappait à sa porte. De mauvaise humeur,
elle accepta de se lever et alla vers l’entrée de son appartement
de fonction.
Anne ouvrit lentement la porte mais son mouvement d’ouverture se fit plus
assuré quand elle vit que le capitaine de gendarmerie Tissier (son supérieur
direct) se tenait derrière la porte. Par réflexe pudique, Anne
referma de sa main gauche le léger décolleté de sa chemise
de nuit.
“ Capitaine ?
- Enfin levée... Mettez vous en tenue et ne posez aucune question, lieutenant.
Je vous attends en bas de l’immeuble dans dix minutes.
- Que se...
- Aucune question, et faites vite.”
Anne n’eut pas le temps de formuler une autre interrogation. Le capitaine
repartit, la laissant seule.
Ses réflexes militaires reprirent alors le dessus. Tout en se demandant
quelle mouche avait piqué le capitaine, Anne revêtit son uniforme
et, après une coiffure sommaire, elle rejoignit ce dernier au bas de
l’immeuble. Après un salut réglementaire, le capitaine la
fit monter dans une voiture avant de s’installer au volant et de démarrer
le véhicule.
“Capitaine, qu’est-ce que tout cela signifie ?
- Je n’en sais pas plus que vous, lieutenant. J’ai reçu l’ordre
il y a une demi-heure de vous amener séance tenante à la caserne
du 511è du Train.
- A Auxonne ? Je ne comprends pas...
- Moi non plus. Je ne sais pas pourquoi non plus on m’a interdit de passer
par votre beeper, ni pourquoi on m’a formellement ordonné de vous
conduire moi-même, sans chauffeur.
- Qui vous a donné l’ordre, mon capitaine ?
- Le général en chef Interarmées en personne, le général
d ‘ Aymont.
- Quoi ?
- Je suis aussi surpris que vous. Mais il n’y a aucun doute. Il vous veut
dans les plus bref délais. Aussi en plus de la ceinture, je vous prie
de bien vous accrocher...”
Joignant le geste à la parole, le capitaine plaqua la pédale d’accélérateur
au plancher et la voiture accéléra bien au delà des limites
permises. Arrivé sur l’autoroute, la voiture trouva des réserves
supplémentaires de vitesse et le paysage défila à une allure
totalement déraisonnable au goût d’Anne. La circulation inexistante
permit au capitaine de rallier la bretelle de sortie d’Auxonne en à
peine dix minutes, là où le double aurait été nécessaire
si les limitations de vitesse avaient été respectées. Revenue
sur la nationale, la voiture alla à une allure plus lente, quoique toujours
en infraction. Ce n’est qu’en entrant dans l’agglomération
auxonnaise que la capitaine consentit à ralentir. Mais il ignora délibérément
les feux rouges sur son chemin et, quelques virages supplémentaires franchis,
il arriva enfin au portail du 511è régiment du Train, sa destination.
Alertés par l’arrivée matinale d’un véhicule,
les deux plantons se présentèrent alors mais la vue des papiers
du capitaine de gendarmerie leur rappelèrent l’ordre formel reçu.
Les faire entrer le plus vite possible. La voiture entra dans la caserne et
les portes d’acier se refermèrent derrière elle. Conformément
aux ordres, les plantons ne mentionnèrent pas l’arrivée
de la voiture sur les registres et ils s’entrainèrent à
oublier son arrivée.
Descendue de voiture, Anne vit s’approcher un homme de grande taille et
assez massif. Elle ignora les cheveux noirs et le visage taillé à
la serpe de son interlocuteur pour concentrer son attention sur le carré
de velcro attaché sur son torse recouvert d’une veste militaire
de combat.
Sept étoiles d’or. Un généralissime. Le grade le
plus élevé de l’armée de Terre française depuis
la suppression d’ un Maréchalat à jamais entaché
par la trahison et l’infamie.
Anne se mit instantanément au garde à vous et elle salua comme
il convient son supérieur, qui lui rendit son salut.
“ Lieutenant Beaulieu ?
- Oui mon général !
- Suivez-moi, nous allons avoir besoin de votre aide.
- A vos ordre mon général !”
D’ Aymont entra alors dans les bâtiments de la caserne et Anne le
suivit. Le capitaine, de son coté, conformément aux ordres reçus,
entreprit de regagner son cantonnement et, à l’image des plantons
du 511è, il commença à oublier toute son implication dans
cette étrange mission qui n’aura jamais existé officiellement.