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“ Tu plaisantes, là... Hein ?”

Mireille avait stoppé net sa lente marche. Elle regardait Thomas avec de grands yeux emplis d’ahurissements et d’effroi. Thomas lui rendait un regard à la fois amusé et sérieux.
Amusé car il appréciait la réaction de sa sœur. Sérieux car il n’avait fait que répéter la stricte vérité.

“ Pas une seule seconde.
- Mais quelle horreur... Tu as accepté, j’espère...
- D’intervenir ? Oh que oui ! Une fois l’avocate partie, j’ai commencé à me renseigner sur toute l’affaire, histoire de vérifier les informations données.
- Pourquoi ?
- Parce que c’est la règle. On ne fais confiance à un client que lorsqu’on a vérifié par nous même sa crédibilité, son honnêteté et, mais ça, ne le répète pas trop fort, sa solvabilité.”

Mireille considérait son frère avec un mélange de stupeur et d’indignation. Thomas n’était pas un modèle de vertu mais, elle l’espérait, il avait un minimum de dignité et de respect de l’autre. Malgré tout, il semblait bien que les limites de l’acceptable n’avaient pas été franchies par son frère, si elle se fiait à sa façon de parler.

“ Un enfant risque de se faire violer et toi, tu enquêtes sur le compte en banque de ton demandeur ?
- Ce n’est pas inscrit quelque part dans ton livre favori, “il y a un temps pour tout” ?
- Si, mais...
- Il n’y a pas de mais. C’est juste une question de métier. Si on ne prend pas garde à certaines procédures de sécurité, on risque à tout moment de perdre l’essentiel de vue. De faire des erreurs, de prendre des raccourcis qui finissent immanquablement à nous mener à la morgue. Je sais que j’y finirai, mais je veux que ce soit le plus tard possible... C’est pour cela que j’ai commencé par vérifier tout ce que ma cliente m’avais dit. Cela m’a pris quelques jours avant que je lui annonce ma décision définitive. Et ce ne fut pas facile, crois moi.
- Pas facile de faire quoi ? De trouver ?
- Non. En fait ce fut assez rapide, mais je sortais juste d’un travail du même genre qui avait commencé d’une façon pratiquement identique. La loi des séries, j’imagine...
- Qu’as tu fais alors ? Je veux dire, pour ce travail d’avant ?
- Tu es vraiment certaine de vouloir le savoir ?
- Thomas, si j’ai pris le voile, c’est pour me sentir plus proche du Christ et de notre Seigneur et si pour cela je dois entendre et intégrer toutes les infamies que tu as vécu ou que tu as infligé, alors j’endurerai.
- Il faut que je précise qu’à ce moment là, je venais juste de rendre une dernière visite sur la tombe de Charles. J’avais laissé Anne derrière moi avec en elle assez d’envie de me tuer pour être certain qu’elle ne me pardonnerai jamais la mort de son frère.
- Je prierai pour son Salut et pour que Dieu lui montre la voie du pardon...
- Sans vouloir t’offenser chère sœur, tu perds ton temps. J’espère juste qu’elle trouvera un autre moyen d’évacuer sa colère que de vouloir me tuer. Je l’ai épargnée cette fois-ci, mais je crains de ne pas pouvoir le faire une prochaine fois. Quoi qu’il en soit, j’étais à peine revenu à Lyon que cette histoire m’était tombé dessus...”