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“ Bonjour madame, asseyez-vous, je vous en prie..”

Du geste accompagnant ces paroles, Thomas tira la chaise située devant son bureau et l’offrit à sa cliente.

La femme n’était pas une inconnue pour Thomas, car il avait eu affaire à elle plusieurs mois plus tôt.

Magdalène Spiral, avocate de renommée moyenne sur la région lyonnaise, avait requis les services de Thomas afin que celui-ci retrouve son fils parti en amoureux avec la fille d’une famille rivale (voir Premier Amour...). L’histoire s’était plutôt bien terminée et il n’étaait pas surprenant pour Thomas de revoir la femme qui depuis avait cependant pris quelques kilos à en juger par le bustier légèrement détendu par la chair.

“ Je vous remercie, monsieur.”

La chaise racla le sol et les deux personnes se firent alors face à face, séparé par le bureau de Thomas. D’un geste discret sur son Intercom, il avait actionné la touche “ne pas déranger”. Aucun appel ne troublerait leur entrevue, à moins d’une urgence absolue.

“ Alors madame, que me vaut le plaisir de vous revoir ?
- Je voudrais deja vous remercier encore une fois pour votre travail précédent. Vous avez retrouvé mon fils sans faire la moindre vague, et cela, nous vous en sommes chaleureusement reconnaissant.
- C’est mon travail...
- Si je suis venue vous voir cette fois-ci, ce n’est pas pour moi, ni même pour ma famille, mais pour une amie. Une amie très proche qui vit un calvaire assez horrible même à y simplement penser.
- Vous désirez que je lui vienne en aide, je présume.
- Exactement. Et j’ose espérer une discrétion encore plus grande que pour votre premier travail.
- Si vous en veniez au fait...
- Avant cela, je dois vous parler de mon amie. En savoir plus sur elle vous donnera de plus amples informations sur sa demande.
- Faites...
- Il s’agit de Francine Marana. Je ne sais pas si vous la connaissez...
- Pas du tout.
- C’est une scientifique. Elle travaille comme ethno-botaniste au CNRS depuis plus de quinze ans. Elle voyage de part le monde et elle ne revient en France qu’une fois tous les deux ans en moyenne.
- Elle doit être passionnée.
- Je suis d’accord avec vous. Nous conversons quand nous le pouvons par le Net quand elle n’est pas la, ce qui n’est pas le cas actuellement.
- Ah oui ?
- Elle est revenue en France il y a deux semaines et elle ne repartira que dans trois mois mais le mieux serait que l’affaire soit totalement réglée d’ici la, d’une façon ou d’une autre.
- Je voudrais savoir une chose.
- Oui ?
- Pourquoi ne vient-elle pas me faire sa demande elle-même ?
- Francine est actuellement dans une phase de profonde dépression. Elle loge actuellement dans notre résidence secondaire car elle refuse de remettre les pieds chez elle.
- Son mari est en cause ?
- Non et oui, d’une certaine façon... Mais laissez-moi vous expliquer tout depuis le début..”

Thomas ne répondit rien, il se contenta d’un signe de la main pour inviter son interlocutrice à poursuivre.

“ Francine passe l’essentiel de son temps de travail sous les tropiques. En Amazonie, en Afrique et en Océanie. Il y a quinze ans, au cours d’une mission aux Iles Fidji, elle a rencontré un homme dont elle est tombée amoureuse. Ce n’était pas une amourette classique entre la belle ethno-botaniste et le bel indigène au corps luisant fantasmé par toutes ( et beaucoup d’autres, ajouta mentalement Thomas...). L’homme en question s’appelait Tulu Marana, un fils de chef qui avait fait son chemin pour faire des études et il était devenu ingénieur informaticien. Le coup de foudre a été réciproque et en l’espace de quelques semaines, Francine était mariée et enceinte.
Vous imaginez la difficulté qui allait surgir. Francine voulait avoir des enfants mais son travail l’en empêchait pratiquement. Son mari, qui était alors en partance pour l’Europe pour prendre un emploi gagné au sein d’un consortium japonais, lui proposa d’élever l’enfant durant ses absences. Il serait en cela aidé par son frère Maikeli qui lui aussi partait travailler en Europe avec son frère.
Maikeli, lui, était a l’époque un simple artiste qui commençait à percer dans certains salons avides d’exotisme. Leur arrangement était simple. Maikeli logerait chez Francine et élèverait l’enfant avec son frère pendant que Francine travaillerait autour du monde.
- J’imagine que d’une façon ou d’une autre, cet accord n’a pas pu être respecté.
- Hélas pour Francine oui. Tulu, son mari, est mort dans un accident de la route six ans après son arrivée en France. Maikeli, son frère, lui a alors proposé de continuer à élever l’enfant comme le sien. Il a même été jusque’ à l’adopter officiellement. Francine a accepté malgré l’évolution de la carrière de ce dernier. Sa renommée a franchi les cercles de passionnés d’art Océanien et cela l’a poussé à séjourner plus souvent et plus régulièrement dans son pays natal.
- Et nous arrivons au point qui pose problème...
- Pas du tout. Francine a estimé, en tant que mère et en tant que scientifique, qu’il était pleinement positif pour son fils Laisenia de vivre ainsi. Cinq mois aux Fidji ou en Océanie et le reste du temps ici. Pour elle, c’était l’idéal pour le doter d’une double culture qui ne pourrait que l’enrichir, et c’est là le problème.
- Sa double culture.
- En temps normal, Francine aurait laissé faire, mais là... Elle a commis l’erreur dans le passé de ne pas se renseigner suffisamment sur le peuple d’origine de Tulu, car, elle me l’a dit, si elle l’avait su, elle ne l’aurait jamais épousé. Et je la comprend tout à fait...
- Madame, que veux votre amie ?
- Elle veux, et moi aussi d’aileurs, que Laisenia demeure définitivement en France et qu’il n’ai plus aucun contact avec son oncle et sa famille paternelle.
- Je ne vois pas ou se trouve le problème. Une ordonnance d’un tribunal suffirait à...
- La justice ne peux pas intervenir dans ce cas, car Maikeli est devenu il y a un an attaché d’ambassade auprès du consulat des Fidji. Sa promotion est artistiquement méritée, mais elle complique toute la situation.
- Vous faisiez référence au peuple d’origine de Tulu.
- Tulu, et son frère Maikeli, sont des Marind. Les Marind sont un peuple océanien répartis sur plusieurs archipels dont les Fidji. Ils sont un peuple plutôt pacifique mais leur société...
- Oui ?
- Leur société est patriarcale en diable, les femmes n’ont qu’un minimum de droits mais ce sont leurs coutumes et leurs rituels qui sont véritablement abjects.
- Ils consistent en quoi ?
- A la puberté du garçon, ces derniers effectuent un rituel faisant intervenir leur Dieu Sasom je crois...
- Ils pratiquent des sacrifices humains ?
- Pire encore... A la puberté, le garçon est retiré à ses parents et confié soit à son oncle le plus âgé, soit au guerrier le plus valeureux qui, pendant trois ans, le sodomisera sans que nul n’intervienne pour l’en empêcher, bien au contraire...”