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Le surveillant du stade avait repéré depuis cinq minutes l’homme roux aux cheveux courts qui scrutait les jeunes sur le terrain avec un carnet et un stylo à la main. Ce n’était pas la première fois que cela se passait, mais il valait mieux être prudent. Le souvenir de ce qui s’était passé il y avait huit ans sur ce même stade était encore présent dans son esprit. Un homme était venu deux semaines de suite pour regarder les entraînements des minimes. La troisième semaine, l’homme était venu, avait assisté à la première période puis il avait disparu. Il avait resurgi dans les vestiaires, dissimulé auparavant dans une remise. Les entraîneurs, qui se trouvaient dans la pièce à coté, avaient pu intervenir à temps. Depuis, toute nouvelle personne était dûment repérée et suivie du coin de l’oeil.
Le surveillant s’approcha encore pour engager la conversation.

“ Bonjour.
- Oh... Bonjour...
- Je peux savoir ce que vous faites la ?
- Je regarde... Michel Sertoli.
- Vous... Patrick Pichon. Je suis le surveillant du stade. Et vous, vous êtes ?
- Oh oui, c’est vrai... Un instant...”

Le visiteur porta sa main à une poche intérieur et en sortit un portefeuille duquel il en tira une carte d’identité sportive.

“ Je suis recruteur adjoint au club de Grenoble. Je suis en repos, mais je n’ai pas pu m’empécher de remarquer ce stade et les joueurs dessus.
- Ah d’accord...
- Vous savez quoi, au sujet du pilier en rouge ?
- Lequel ?
- Lui, là, le brun mat.
- Le fidjien ?
- Il est fidjien ?
- A moitié je crois. Il est bon, hein ?
- Il a de la puissance dans les jambes et un bon coup de rein. Il me parait solide des épaules aussi. Vous savez s’il a signé dans un club deja ? A ce que j’ai compris, c’est un entraînement scolaire non ?
- Oui en effet. Non je ne crois pas qu’il soit sous contrat deja, vous savez, ils sont trop jeunes encore.
- Ils ont quel âge ?
- Quatorze ans pour les plus vieux. Le fidjien vous intéresse ?
- Il me semble prometteur. Je ne suis pas en mission officielle mais cela n’empêche pas... Je pourrai lui parler ? Il a ses parents avec lui ?
- Il faut que je demande à l’entraineur... Mais s’il est là, je ne pense pas que cela poserait un problème.
- Bien entendu. Ils terminent à quelle heure ?
- Une demi-heure encore, plus la douche. Mais en attendant, vous pourrez toujours parler avec l’entraineur.
- Ce serait très bien en effet.”

Thomas, grimé, reporta son regard vers le terrain. Il s’attachait à regarder Laisenia qui ne ménageait pas sa peine pour porter son équipe vers la victoire.

Faisant abstraction de l’effort fourni, Thomas essayait de lire le visage de l’adolescent. La peau mate du visage était maculé d’une boue dont le ton ne détonnait pas avec le reste de la peau. les yeux, en revanches, étaient parfaitement lisibles. Il y avait de la hargne dans le regard. Une hargne farouche, déterminée. Thomas sait que cela venait en partie de la joute en cours, mais quelque part, son instinct lui disait qu’au repos également le fidjien aurait un regard aussi intense.

Par certains cotés, Thomas avait parfois l’impression d’avoir remonté le temps, et de se voir plus jeune.

Cette sensation tranquillisa Thomas. L’entrevue avec Laisenia serait plus facile à mener que prévu.