B4
L’après-midi touchait à sa fin, et l’entrainement aussi. la majeure partie des joueurs avaient regagné le vestiaire ou une longue douche chaude les attendaient. Il ne demeurait plus sur le terrain que trois joueurs qui accomplissaient des tours de stade pour le décrassage, et Thomas, sous le nom de Sertoli. Il avait face à lui un jeune adolescent au corps épais et sale. A son coté, l’entraineur. Thomas tenait un carnet de notes et un stylo, ce qui lui permettait de noter renseignements et impressions. Et de passer vraiment pour un recruteur-adjoint.
“ Bonjour. Tu t’appelles...
- Marana. Laisenia Marana. Vous vouliez me parler de quoi ?
- Tu fais du rugby depuis combien de temps ?
- Trois ans et demi. J’ai commencé chez moi. Aux Fidji.
- Je ne vais pas aller par quatre chemins, je sais que tu es pressé de rentrer. As-tu deja pensé à devenir professionnel plus tard ?
- Faut voir. Mon oncle aimerait bien et pt’etre que moi aussi mais je sais pas encore.
- En tout cas, sache que tu as deja les bases nécessaires pour réussir dans ce sport à un bon niveau.
- On me le dit, ouais.
- Laisenia est doué pour cela, renchérit l’entraineur de sa voix grave. Je pense que moi aussi il a le talent requis pour jouer ne serait-ce qu’en Fédérale, pour commencer.
- Il serait présomptueux de lui promettre l’équipe nationale dès maintenant, oui... Sais tu si ton oncle a eu des contacts avec des clubs d’ici ou des Fidji ?
- Je crois pas non. En tout cas il ne m’en as pas parlé. Dites coach, ça me tiraille encore derrière...
- Tu n’as pas encore récupéré. Recommence à marcher dix minutes, cela devrait s’arranger.
- On peux continuer à parler ?
- Ça ira Lais’ ? Moi je dois rentrer veiller à ce que les autres ne me foutent pas encore le boxon...
- Ouais Coach.
- Je vous laisse alors.”
L’entraineur se dirigea alors vers les vestiaires. Prudent, il regarda le terrain. Il restait les trois joueurs qui n’avaieint pas finis de courir. Il s’en retourna alors, confiant. Il n’y aurait aucun problème. Laisenia commença alors à marcher, en prenant soin de masser ses jambes endolories par les efforts. Thomas le suivait sur le coté.
“ Bon alors vous me voulez quoi ?
- Je te l’ai deja dit. Je cherche de nouveaux...
- S’il vous plaît, arrêtez vos salades.
- Quoi ?
- Si vous êtes recruteur alors moi je suis blanc...
- Je ne vois pas...
- Vous voulez que je vous dise ou ça a foiré ? C’est quand j’ai parlé de mon oncle. Vous avez trouvé naturel que ce soit mon oncle qui s’occupe de moi et pas mes parents. Vous n’avez pas demandé où ils étaient ou ce qu’ils faisaient. J’ai pigé alors que vous aviez deja pris des renseignements et que vous n’étiez pas la par hasard comme l’entraineur me l’avait dit...”
Laisenia marchait toujours, mais il ne prenait plus la peine de masser ses jambes.
Thomas fixait le visage de l’ado. Il sourit alors.
“ Cela m’apprendra à faire plus attention.
- Vous êtes quoi alors ?
- Je suis... disons que c’est ta mère qui m’envoie. Elle est inquiète. Très inquiète à ton sujet.
- Ce serait bien la première fois...
- Tu ne le penses pas.
- Oh que si !
- La je sais que c’est toi qui me racontes des salades.
- C’est des conneries.”
Le rythme de la marche s’était ralenti. Lasenia avait toujours son visage dur mais ses yeux avaient fondu.
“ Tes yeux me disent le contraire, petit. Tu en as dans la tête, tu me l’as montré, mais il te reste encore pas mal de chemin à faire pour arriver à me mentir sans que je ne le sache.”
Lasenia jeta un noir regard de défi. Thomas soutint ce regard. les deux hommes stoppèrent leur marche et Laisenia fut le premier à s’avouer vaincu. Il recommença à marcher. Il se dirigea vers le banc proche et il s’assit. Thomas jugea plus productif de rester debout face au garçon.
“ Tu es un garçon intelligent, Laisenia. Tu dois donc savoir ce qui en est avec ta mère.
- Elle se fout de moi, ouais.
- Tu ne devrais pas...
- MAIS C’EST LA VÉRITÉ, BORDEL ! Si c’était pas vrai, pourquoi elle partirait tout le temps au cul du monde pour pas me voir ?
- C’est ce que tu crois être la vérité ?
- Oh je vois venir la suite. Ta maman elle fait un super boulot très important alors c’est normal qu’elle soit pas la. Heureusement t’as ton oncle qui lui est toujours la pour toi et de toute façon parfois tu peux lui envoyer des mails et si elle répond avec trois mois de retard c’est pas grave !
- Je dois dire que pour le principal tu n’as pas tort.
- Sérieux ?... Pff vous dites ça pour m’amadouer...
- Il y a de ça oui.
- Et vous osez le dire ?
- D’une part tu le saurais si je te racontais des histoires, d’autre part je trouve cela plus respectueux de ne pas mentir. Pour en revenir à ta mère, c’est normal pour toi de réagir comme cela. Moi aussi, j’ai eu des parents un peu dans ton genre. C’est pour te dire que je te comprends un peu...
- Alors, quelle excuse vous allez lui donner ?
- Elle est en partie coupable selon moi. Mais surtout, elle a essayé de concilier deux façons de vivre qu’elle voulait absolument mener. Et elle a échoué. Pour son malheur et aussi pour le tien.
- Je trouve pas moi.
- Comment ça ?
- Je suis très bien comme je suis avec mon oncle. J’ai une dizaine de potes au bahut et le plus loin ou ils ont été c’est à La Baule. Pour ceux qui sont partis bien sur. Et moi tous les six mois je vais chez moi, aux Fidji.
- Tu considères les Fidji comme ton pays ?
- A comparer y’a pas photo ! Je m’y sens bien là-bas, rien que le paysage ou là, Paris est battu à plate coutures !
- Je ne pense pas qu’il y ai un endroit sur Terre qui puisse être comparé à cette ville. Je n’y enfermerais pas mon pire ennemi...
- J’aime plus que tout au monde être là-bas. Je ne sais pas encore ce que je ferai plus tard mais je sais deja que ce sera là-bas.
- Tu as deja un but, c’est deja ça...
- Il est quelle heure la ?
- Heu cinq heures et demie.
- Putain va falloir que j’y aille ! Mon oncle rentre dans une heure et il veux que je sois là ! Je file me doucher !”
Laisenia se leva alors d’un bond et il se dirigea vers le vestiaire. Thomas resta sur place.
La rencontre avait été riche d’enseignements.