B5
L’appartement dans lequel Thomas, grimé en personnage rouquin, se trouvait en tant que réparateur télécom, était assez cossu.
Sis dans le septième arrondissement de la capitale, au troisième étage d’un immeuble du plus pur style haussmanien, l’appartement couvrait près de 80 mètres carrés. Après l’entrée, on pouvait entrer dans le salon de réception. Sur le coté gauche, un couloir menait aux chambres. Le couloir de droit menait lui aux cuisines et à la salle de bain. Le bureau de Maikeli se trouvait dans une des trois chambres de l’appartement. En entrant, Thomas avait jeté un oeil rapide sur les pièces dont les portes étaient restées ouvertes. Le parquet légèrement grinçant et bien ciré absorbait les pas. Un oeil rapide, et la chambre de Maikeli s’était révélé. C’était une pièce assez claire. Meublée avec chic mais sans trop d’ostentation. Une armoire, une commode et un lit aux draps défaits. La seconde chambre était quand à elle dans un état plus chaotique. Les murs de couleur vive, les posters et les vêtements en tas sur un lit tout aussi défait mais à l’architecture encore plus détruite indiquaient sans nul doute une chambre d’adolescent typique. Le tout additionné, Thomas pouvait déduire qu’il n’y avait aucune présence féminine dans les parages, que ce soit d’une femme, d’une amante ou d’une domestique. La courte expérience de Thomas avec le coté féminin (pour énumérer : sa mère, ses soeurs) de l’humanité était formelle. Pas de femme.
Le reste de l’appartement, en revanche, semblait plus propre et plus rangé. Thomas ne pouvait rien dire de la cuisine mais le salon était astiqué et sentait la cire fraîche. Il avait parié avec lui même que le bureau de Maikeli montrerait un visage identique.
En attendant d’y parvenir, Thomas, tout en débitant des banalités techniques, étudiait le personnage qui lui montrait le chemin.
Maikeli était un homme d’un quarantaine d’années. Il devait juste franchir la dizaine car il portait un corps vigoureux et musclé, quoique fin. Le pas rapide et espacé, Maikeli portait une tenue digne de sa position d’attaché culturel à l’ambassade des Fidji. Un costume brun clair qui soulignait la peau sombre de son corps. Une trace perceptible d’accent océanien complétait le personnage. Maikeli n’avait rien d’autre, si ce n’est un crâne chauve (probablement rasé) et un regard sombre, perçant et tenace.
Les deux hommes atteignaient maintenant le bureau. Comme Thomas le pressentait, il était propre et bien rangé. Un bureau tournait le dos à la grande porte-fenêtre. Les murs adjacents étaient recouverts de rayonnages et ces derniers étaient eux-mêmes recouverts d’ouvrages plus ou moins précieux, plus ou moins luxueux, plus ou moins écrits par le locataire des lieux.
“ Combien de temps cela va t-il vous prendre ?
- Si tout va bien, une poignée de minutes. Vous savez, je viens juste vérifier vos connexions pour voir si le réseau est en cause ou si c’est votre ordinateur qui est défaillant. Ou est la prise ?”
Maikeli tendit le bras en direction du mur opposé au bureau. Un objet aux formes et aux couleurs assurément modernes faisait tache sur le rayon occupé par une pendule vieille d’au moins deux cent ans. Thomas s’y dirigea, sortant un petit terminal qu’il connecta au routeur. Une minute de manipulation plus tard, le verdict tomba.
“ A priori, le routeur fonctionne correctement. Cela doit venir de l’antenne de réception ou alors d’un bug généralisé.
- Vous pouvez regarder rapidement ?
- Bien entendu.”
Thomas se dirigea vers le bureau. Maikeli le suivit. Thomas ne se priva pas de s’asseoir sur le fauteuil de l’ordinateur et il saisit la souris. La flèche bougeait sur l’écran, mais rien d’autre ne se produisait malgré les clics. L’écran affichait un navigateur internet et un site trônait en grand. Thomas n’aurait pu dire de quel site il s’agissait car il n’y avait que du texte en fidjien.
“ J’ai essayé de redémarrer cette machine, mais à chaque fois que je me connecte, cela recommence. Tout se fige.
- Vous avez essayé de réinstaller des programmes ?
- Non. Je sais faire marcher ces choses, mais pour le matériel, c’est un technicien de l’ambassade qui vient pour tout modifier.
- Cela ne me semble pas trop grave. Si vous le permettez, je vais réinstaller les programmes de connexion et tout redémarrer.
- Cela va prendre longtemps ?
- J’ai les disques de logiciels avec moi, cela devrait aller assez vite, un quart d’heure au pire.”
La réponse ne convenait qu’à moitié à Maikeli. Son visage le montrait bien. mais la patience prit le dessus et il laissa Thomas à moitié seul, le laissant installer tous les programmes nécessaires et se contentant de jeter un oeil de temps à autre par dessus le dossier qu’il avait prit sur la pile afin de ne perdre qu’un minimum de temps.
Thomas introduisit le disque dans l’ordinateur et, sous couvert d’installer de nouveaux logiciels de connexion, il installa quelques vers et chevaux de Troie destinés à lui donner un libre accès à la machine depuis un autre appareil. Il n’aurait plus à intervenir désormais sur les réseaux, l’information viendrait de la source même. Thomas monologuait de temps à autre, mentant sur les programmes installés et sur l’avancement.
“ C’est bientôt fini. Le problème est résolu je pense. Votre machine a attrapé un des virus qui rodent sur le net ces temps-ci. Il récrit les programmes de connexion et l’usager perd sa capacité de se connecter. Il vous faudra demander une mise à jour de votre antivirus. Ou alors passer sur Mac.
- Pourquoi cela ?
- Les Mac n’ont pas ce genre de problème. Il sont trop peu nombreux pour intéresser les pirates et autres créateurs de virus.
- Je vous l’ai dit, je sais m’en servir mais pour le reste... C’est fini ?”
Thomas retirait son disque et il relançait la machine.
“ Oui. Tout est de nouveau réparé. Mais je vous conseille de ne pas le reconnecter avant d’avoir fait la mise à jour.”
Maikeli affichait un soulagement certain sur sa face. Thomas s’approchait de lui, un carnet en main.
“ Je vais vous demander une signature, pour le service.”
Maikeli s’apprétait à signer mais quand le stylo toucha le papier, un double claquement sec se fit entendre, en provenance de l’entrée. Maikeli leva la tete. Lisant le regard, Thomas comprit que quelque chose n’allait pas. Une visite imprévue.
La porte s’ouvrit, faisant grincer légèrement ses gonds. Un claquement plus violent signala sa fermeture. Le parquet commença à se plaindre légèrement de sa voix veloutée. Quelqu’un marchait. Maikeli porta la main à sa poche intérieure et il en sorti une lame rétractable. Thomas refréna son réflexe d’en faire de même. Après tout, un réparateur n’est pas censé être armé...