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“ Laisenia ! Laisenia ! Ou es-tu mon petit ???”
Le son et le timbre de la voix, conjugués à la demande formulée, identifiaient de façon formelle l’intruse. Thomas fut assez surpris de la présence de Francine Marana. Un regard sur Maikeli et Thomas déchiffra une bonne partie des relations tumultueuses entre les deux adultes. Maikeli ne semblait pas vraiment surpris de la présence de la mère de son fils adoptif. A son visage, il était même évident que ce n’était pas la première fois que Francine venait chercher son fils. Maikeli rangea sa lame et il se dirigea vers Francine. La rencontre se fit dans le couloir, mais Francine, voyant Maikeli, fit demi-tour et regagna le salon. La pièce semblait selon elle être plus à même d'acceuillir leur confrontation.
“ Ou est-il ?
- Tu es la depuis combien de temps ?
- Ou est-il ?
- Il n’a pas encore fini ses cours aujourd’hui.
- Je vais aller le chercher !
- Certainement pas ! Tu l’as assez perturbé comme cela !
- Perturbé ! Moi je l’ai perturbé ? Putain Maikeli, tu es vraiment la pire ordure que je connaisse ! Et pourtant Dieu sais si j’ai parcouru la planète !
- Si tu avais moins galopé sur les océans, tu n’en serais peut-être pas là aujourd’hui !
- Parce que c’est de ma faute ! C’est la meilleure ! C’est à cause de moi si tu vas enculer mon enfant c’est ça ?
- Laisenia a fait son choix. Je l’ai élevé tout petit dans le respect des traditions de nos deux mondes et aujourd’hui il a décidé de connaître son monde. Il veux être un vrai Marind tout comme moi et tous ses ancêtres, et ça, tu ne peux rien y faire !
- Tu crois ça ??? Mais j’ai été voir les flics, pauvre fumier ! Et cela ne va pas tarder ou ils vont venir te coffrer comme le sale pédo que tu es !
- Tu es en train de devenir folle, Francine. Est-ce que tu le sais ? Je n’ai jamais touché à une seule reprise le corps de Laisenia. Jamais !
- J’ai la justice de mon coté ! Je vais récupérer mon fils et je te ferai jeter dans un trou bien humide !
- Je renonce à essayer de te raisonner. Tu le sais, que personne ne peux intervenir dans cette affaire. Laisenia est mon fils adoptif, et j’ai autant de droits sur lui que toi. J’en ai même plus, vu que c’est moi qui l’ai élevé.
- Mais je rêve ! C’est toi peut-être qui l’a mis au monde ? C’est toi qui a souffert trente heure pour accoucher ?
- C’est moi qui lui ai fait faire pratiquement ses premiers pas. C’est moi qui lui ai appris à lire le français comme le fidjien et l’anglais. C’est moi qui lui ai expliqué les secrets de la nature, de l’univers, du monde qui l’entoure. C’est moi qui ai pansé ses plaies quand il tombait. C’est moi qui l’ai soigné quand il s’est cassé le bras le premier jour de son stage d’équitation. Toi tu l’as mis au monde, c’st vrai. Mais ensuite tu as tout fait pour ne plus le voir. Tu as voulu mettre ta vie en première priorité. Tu me l’as confié quand mon frère est mort et jamais je n’ai failli à la tâche !
- Et en récompense de tout cela, tu vas le violer !
- En aucune façon je ne le forcerai à faire ce qu’il ne veux pas faire. Laisenia sait tout des rites qu’il s’apprete à vivre. Ces rites feront de lui un homme, un Marind. Et il a accepté.
- Tu es un monstre... Je ne te laisserai jamais faire...
- Tu devrais accepter les choses, Francine. Comme je suis membre de l’ambassade, ta justice ne peux pas intervenir. Je sais que tu as remué ciel et terre pour que le ministre intervienne en ta faveur. Je sais aussi que tu as exposé mon histoire
à tous les policiers et toutes les associations de protection de l’enfance. Mais ils ne pourront rien faire. Je ne m’en réjouit pas vraiment. Mais c’est ainsi. Tous t’on dit qu’ils allaient faire le maximum, mais ne te berce pas d’illusion. Les choses sont ainsi. Ils ne pourront rien faire.
- C’est ce que l’on verra ! J’ai demandé à ton gouvernement que tu sois remplacé ! J’ai tout dit.
- Je le sais.
- Comment ça, tu le sais.
- Francine. Mon gouvernement est mon employeur. Ils m’ont appelé alors que tu venais juste de les quitter. Ils m’ont assuré leur soutien complet dans cette histoire.
- Ce n’est pas vrai !
- Mon pays a subi deux guerres civiles en vingt ans. Le calme n’est revenu que depuis que le respect des droits et des coutumes des peuples des Fidji a été garanti pour toutes les tribus. Je ne peux pas dire que je te comprends, Francine. Mais je respecte ton combat pour protéger ton fils. Mais Francine, la plus grande menace qui pèse sur lui, c’est toi, et pas moi.”
A ces mots, Francine encaissa un choc violent qui la propulsa en arrière. Elle s’effondra en larmes sur un fauteuil. Personne ne l’avait touchée pourtant. Ce furent les derniers mots de Maikeli qui sonnèrent la scientifique.
Thomas se rapprocha de la porte, veillant à rester en dehors de tout cela. Le parquet grinça pourtant. Francine le nota.
“ Il y a quelqu’un...Laisenia ! Il est là, hein ?
- Non il n’y a personne... Enfin juste un technicien pour un problème de téléphone.
- Je suis sûre que c’est mon fils !”
Francine se leva, et elle se précipita vers le couloir. Thomas ne bougea pas.
“ Lais... Mais qui êtes vous ? Mais... Je vous reconnais !
- Quoi ?”
Maikeli était surpris. On le serais à moins....
“ Quelle chance que vous soyez là ! Vous avez tout entendu, n’est-ce pas !
- Je ne peux pas dire le contraire, confia Thomas.
- Tu vois, Maikeli, cet homme est un privé ! Il a tout entendu ! Il va m’aider à protéger mon fils !
- Vous êtes policier ?
- Non, juste un privé. Navré que vous ayez fais ma connaissance.”
Thomas inclina légèrement la tête en signe de salut. Maikeli garda la sienne immobile, bien droite, le regard teinté de colère et de mépris.
“ Tu m’auras tout fait ou presque, Francine. Tu ne recules devant rien...
- Je ferai n’importe quoi pour mon fils. Fout toi bien cela dans ton crâne.”
A ce moment là, la serrure de la porte d’entrée joua une seconde fois. Les trois regards se tournèrent vers l’origine du son et la lourde porte s’ouvrit. Un jeune homme fit son entrée. Il regardait le sol, la tête perdue dans ses songes et distrait par la musique qui filtrait du casque qu’il portait sur ses oreilles. L’adolescent referma la porte et se retourna enfin.
Laisenia rentrait plus tôt que prévu.