B8
“ A ce moment là, je ne savais plus trop ce que je devais faire, il faut bien le dire. l’affaire semblait terminée, et je pouvais repartir. Mais j’ai trop de métier maintenant dans ma profession de mercenaire pour savoir ce dont de quoi une personne désespérée est capable de faire. Si de toute ma vie je ne devais te donner qu’ un conseil, Mireille, le voici. Ne prive jamais ta victime d’espoir.”
Je suis les deux fidjiens jusqu’à leur porche. Francine les y attends. Elle est seule. La pluie avait recommencé à tomber et elle portait un imperméable que je ne lui avait jamais vu auparavant. Là, je me méfie. Normal, de porter un imper quand il pleut. Je suis bien d’accord. Mais j’ai vu la façon dont elle tenait sa main droite dans la poche. A moitié enfouie seulement, et pourtant la poche semblait contenir un objet lourd. Maikeli et Laisenia ne sont qu’a trois mètres. Ils l’avaient vu depuis un moment, mais ils avaient décidé de braver sa présence. Vu la décontraction apparente de l’oncle, et sa surprise quand elle a finalement dégainé et pointé l’arme sur lui, il ne s’attendait pas du tout à cela... Moi oui. Je suis à une dizaine de mètres derrière eux, sur l’autre trottoir, mais il y a un peu de circulation. Sortir mon arme est exclu, je peux toucher un passant. J’ai donc dégainé ma seule arme possible, espérant que le sien serait toujours en fonction car sinon, je ne pouvais rien faire d’autre. Je plonge ma main dans ma poche et j’en sors le portable de l’entreprise.
De l’autre coté de la rue, je vois Francine viser la tête de Maikeli. J’appelle son portable et, chance, il est en fonction. Je ne l’ai pas entendu mais à la tête de la jeune femme, j’ai compris que l’appel passait. Distraite une seconde. Cela a suffit pour que Maikeli se place en dehors de la ligne de mire et la plaque violemment contre la porte. Il saisit son bras et lui tord le poignet. Elle lâche l’arme. Laisenia lui, est trop surpris pour faire quoique ce soit. Il ne réalise vraiment ce qui viens de se passer que quand sa mère se laisse tomber sur le sol, se tenant le poignet foulé. Il ne lui accorde qu’un regard, et il rentre. Je pense que c’est à ce moment que Francine a compris qu’elle avait perdu son fils, sans doute pour toujours. Il lui aurait pardonné beaucoup, mais là, c’était trop.
J’ai profité alors d’une accalmie de circulation pour passer du bon coté de la rue. Maikeli tenait l’arme, tout en regardant sa belle-soeur.
C’est là que je suis intervenu une dernière fois auprès de lui. Je lui ai demandé l’arme et il me l’a donnée. C’était un petit RPG14, une merde américaine de série. Elle aurait tué Maikeli à cette distance mais elle aurait tout aussi bien pu se faire éclater le poignet en même temps, tant ces armes sont de mauvaise qualité. J’ai caché l’arme dans ma poche et j’ai relevé Francine. Elle se laissait faire sans protester. Elle avait enfin compris je pense le dernier message de son fils. Elle marchait mécaniquement. J’ai fini par trouver un taxi et nous sommes repartis pour la gare. De tout le voyage en train, elle n’a pas prononcé un mot. Ce n’est que la nuit venue, de retour au petit château, qu’elle a recommencé à parler. Enfin à pleurer pour commencer... Et elle ne s’est arrêtée qu’au matin.”